Voilà qui paraît évident. Il semble bien que oui, par tolérance, par respect pour les autres ou simple courtoisie, on se plie bon gré mal gré à la
règle qui veut que des goûts et des couleurs il ne faut pas discuter. Chacun aime ou n'aime pas selon ses propres critères sans pouvoir parfois en rendre compte ni l'expliquer
avec les mots qu'il faut. Il n'est qu'à lire les commentaires des livres d'or ou des forums sur internet pour comprendre ce que redondance banale veut dire. Même quand une oeuvre semble
réaliser l'unanimité au vu du nombre important de commentaires flatteurs. On retrouve toujours plus ou moins les mêmes formules du
genre: "c'est extraordinaire, très beau, superbe, merveilleux, magnifique !"
Faire des commentaires plus pertinents passe par une réflexion plus approfondie qui va au delà
du seul sentiment d'admiration spontanée éprouvé quand on se trouve nez à nez avec une oeuvre. La réflexion ensuite, en y regardant de plus près, va soit atténuer notre enthousiasme soit au
contraire l'augmenter en le nourrissant. Encore faut-il vouloir passer au stade de la réflexion, dépasser l'émotion première. Le beau s'enseigne et s'apprend.
Il n'est pas nécessaire d'étre un spécialiste de l'histoire de l'art et de son évolution à travers les époques. C'est dit-on, une affaire de culture générale. Qui s'intéresse à l'Art, aux
différents modes d'expression des civilisations et de leurs cultures trouve là matière à formuler des jugements esthétiques mieux argumentés qui ont plus de poids et d'autorité que
de simples "ça j'aime ou j'aime pas".
L'art obéit à des critères, des règles qui permettent de se prononcer sur ce qui est beau et ce qui ne l'est pas. Le plaisir que j'éprouve en
m'extasiant devant une oeuvre d'art n'est donc pas un simple plaisir d'ordre physique, sensuel. Au plaisir des sens vient s'ajouter celui de l'intelligence, de l'esprit. Et ce plaisir là doit
s'apprendre. C'est ce qu'on appelle la culture: un plaisir difficile.
Pour illustrer cela j'ai choisi des oeuvres d'une grande artiste, Liliane Guiomar (exposées au salon D'Arles). Ses santons sont de véritables sculptures et il est difficile dès qu'on les voit
de ne pas les aimer.
Il n'en va pas de même avec ses santons anonymes, présentés lors de la journéee des collectionneurs à Montpezat, le 23 décembre dernier. Modelés grossièrement sans souci du détail, ils ont
aussi subi les ouvrages du temps. Bref ils n'ont a priori rien qui mérite qu'on leur porte attention. Pourtant quand on y regarde de plus près derrière la maladresse du geste on découvre des
formes simples, compactes d'où se dégage une force et une réelle sensibilité d''expression. Ces santons nous parlent et nous émeuvent car le santonnier oublié a su transmettre tous ces
sentiments, toute le vie de ses personnages à travers ses formes maladroites et ses couleurs simples. Oui mais il faut y regarder de plus près, chercher leur vérité. Comparés aux oeuvres de
Liliane Guiomar, il n'y a pas photo semble t'il. La comparaison semble impossible sinon déplacée, choquante pour certains. Et pourtant ces créatures frustres sont diablement attachantes !