chandeleur et creches blanches
Les adieux à la crèche de St Saturnin les Avignon.
Quand nous arrivons à St Saturnin avec une heure d'avance il y a déjà plein de monde dans l'église pour ce concert d'adieux à la crèche. Cette dernière est toujours bien en place mais la voilà
complétée sur l'autel juste à côté, par la scène de la Présentation de Jésus au Temple, qu'on désigne en pays d'Avignon sous le nom de crèche blanche, appelée ainsi dit-on à cause du rideau blanc
qui servait autrefois de fond pour occulter le décor de la nativité toujours en place.
Jean-Félix Perdiguier et son équipe ont vraiment bien fait les choses. Ils ont fait appel à leurs amis tambourinaires de Carpentras qui savent
être aussi bien conteur que santon vivant ou tout simplement mainteneur de nos belles traditions. Chants profanes et noëls de Saboly sont repris en choeur par l'assistance invitée à participer
activement. Mélodies provençales et contes se succèdent rappelant ces veillées d'autrefois au coin du feu réunissant famille, voisins et amis.
Puis à la fin, M. le Curé revêtu d'une grande chape qui lui donne un air de roi mage traverse l'église en procession et va bénir la crèche
blanche après avoir rappelé le sens des paroles du vieillard Siméon et de son chant de reconnaissance : "Nunc dimittis servum tuum Domine...".
Marche des rois et coupo santo pour finir en beauté et voilà achevé dans la joie le cycle calendal ouvert le 2 décembre avec la Ste Barbe.
Eglise St Saturnin, photo wikipedia.
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D'Avignon à St Saturnin, le chemin n'est pas long, à condition de le trouver !
A peine sortis du bonheur dans lequel nous baignions dans St pierre, nous voilà projetés dans le labyrinthe infernal des voies rapides, tronçons d'autoroute et autres itinéraires qui
s'enchevêtrent et se croisent à la sortie d'Avignon, sans qu'on sache pourtant où on est vraiment ni vers où l'on va. A peine le temps de jeter un oeil sur les panneaux indicateurs qui bien
sûr indiquent tout sauf ce que l'on cherche ! Après un bon détour qui nous ramène presque à notre point de d"épart, à force de tourner et retourner dans Avignon, nous arrivons
quand même à St Saturnin dans les temps, l'église est encore ouverte et notre ami Lou Ravi est là. Il nous accueille avec toujours autant de disponiblité et répond à toutes nos questions. La crèche
occupe la totalité d'une grande chapelle de l'église, pas moins de 70 m², peut-être plus ! Quel choc ! Nous revoilà encore plongés dans un autre monde et le charme opère à nouveau. La
crèche est toujours en place, mais en ce 3 février, au lendemain de la Chandeleur, Marie, Joseph et l'enfant ont quitté l'étable. L' âne et le boeuf sont toujours là, le village a repris son rythme
habituel et là où était la sainte famille, un paysan retourne la paille avec sa fourche. Cette scène est réellement émouvante car elle parle d'elle-même.
La crèche provençale, comme le veut la tradition se passe au XIXème siècle . A St saturnin aussi. Mais, à côté, sur l'autel des fonds baptismaux, le 2 février, l'histoire reprend ses droits,
la scène est totalement biblique, elle se déroule au tout début de notre ère, il y a plus de 2000 ans au temple de Jérusalem quand le vieillard Siméon prend l'enfant dans ses bras et prononce des
paroles immortalisées depuis sous la forme du cantique chanté le dimanche soir à l'office de "Complies". Que l'on se réfère ou non à la religion, ces personnages sont émouvants, chargés de
sens et de symboles, et ils nous obligent à porter un autre regard sur ces événements, même si pour l'heure ils mettent un point final à la crèche en la sublimant en quelque sorte.







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Quand on entre dans la sacristie de L'église St Pierre, c'est un peu comme si on remontait le temps.
Mobilier et décoration sont à peu de chose près inchangés depuis 1, 2 ou 3 siècles. Seule l'installation de l'électricité a du modifier un peu le cours des choses. C'est dans cette étrange
atmosphère que nous découvrons les santons de la crèche entreposés sur un meuble en attendant de retrouver leur place à l'abri des regards dans un placard obscur.
Puis dans l'église, c'est le choc de découvrir tour à tour le sublime rétable du choeur et puis plus loin, comme sortie d'un mirage, la crèche blanche majestueuse devant les colonnes et le
portique du temple. Un réel sentiment religieux se dégage de ce tableau d'inspiration biblique.
Que l'on soit croyant ou pas, la beauté du lieu, la richesse de sa décoration, des peintures, des boiseries, du maître-autel inspirent un sentiment profond d'admiration,
d'émerveillement et donnent encore plus d'éclat aux visages lumineux des santons. Ils ont l'air sereins, emplis de joie, d'assurance. Nous voilà avec eux hors du temps, emportés dans un rêve, une
infinie tendresse, dans un monde apaisé et heureux. Plonger notre regard dans le leur, s'y perdre, se laisser emporter rien que pour un moment. Nous regardons leur visage, mais on dirait que c'est
eux qui nous regardent. Ils ne disent rien mais on dirait qu'ils nous parlent tout en étant figés dans leur geste présent qui n'en finit pas de durer. Ils nous enseignent l'éternité. On a alors
l'impression que tout s'arrête, que l'on est à l'abri du temps, hors d'atteinte. Le passé est tellement présent dans ses murs. Les boiseries, les tableaux et les sculptures de la nef racontent une
histoire que nous parcourons trop vite pour en tirer tout le profit moral qu'il faudrait. L'étrangeté du lieu nous envahit, ignorants que nous sommes des événements innombrables qui ont jalonné sa
si longue histoire. Etonnement heureux de découvrir qu'ici dans cette église, mais on ne sait sous quelle dalle précisément, repose Nicolas Saboly l'auteur de tous "les noëls provençaux" qui ont
inspiré les premiers santonniers.
Puis nous voilà dehors, à nouveau dans le quotidien des choses. Dehors il fait froid, le vent s'est levé. Mais nous repartons apaisés par cette rencontre joyeuse, comme si nous avions trouvé un
secret ineffable, emporté dans nos coeurs avec sa part de mystère.
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Dimanche matin 3 février, nous nous trouvons nez à nez avec le sacristain de l'église St Pierre au
moment où il fermait la porte. Rendez-vous est pris pour l'après-midi. En attendant nous le suivons un peu plus loin jusqu'à l'église des Carmes , St Symphorien. Les portes sont grandes ouvertes.
Il est 11h30 et l'office se termine. La chorale continue de chanter et le prêtre vient saluer les fidèles qui sortent. La crèche est encore là , réalisée à même le sol dans une grande
chapelle fermée par une grille ancienne que nous ouvre le sacristain pour pouvoir faire des photos. En face, dans une autre chapelle illuminée par le soleil , la crèche blanche a été
installée au pied de l'autel. Venus en simples visiteurs, comment ne pas être frappés par la solennité du lieu. Face aux dorures de l'autel la seule présence des personnages donne vie au récit de
l'évangile décrivant la scène de la présentation de Jésus au temple. Le sentiment que l'on éprouve à ce moment là est différent de celui que l'on a devant une crèche d'église où la Nativité, scène
religieuse s'il en est, est cependant représentée dans un village provençal peuplé de gens d'ici. Dans la crèche blanche la scène est uniquement d'inspiration biblique, fidèle au récit de l'évangile de Luc. La religion reprend tous ses droits en quelque sorte. L'événement de la naissance de l'enfant Jésus que fêtait la crèche
provençale prend ici un nouveau sens. Létable humble de Béthléem a laissé place à la majesté du temple de Jérusalem. Avec la purification de la Vierge, l'offrande des deux colombes par Joseph
et les paroles du vieillard Siméon sur l'enfant appelé à devenir le Messie prend fin le temps calendal et il est vraiment temps de défaire les crèches. Mercredi, au lendemain du carnaval, avec la
cérémonie des cendres, commence le temps de carème qui conduit vers Pâques.

La crèche de léglise des Carmes. En face, dans une autre chapelle latérale, la crèche blanche.


A gauche, la vieille dame recourbée est la prophétesse Anne.

Le vieillard Siméon tient l'enfant dans ses bras. Joseph porte deux colombes qu'il vient offrir selon la tradition.

Le grand prêtre, somptueusement vêtu.

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