Publié le 28 Février 2006
De Robert Canut, j'ai déjà présenté quelques uns de ses santons, les trois arlésiennes, la cardeuse, le laboureur. J'en ai d'autres en réserve. Je veux dire par là que ses créations figurent en bonne place un peu partout dans ma crèche. La charrette bleue n'est pas un santon, ou plutôt un santon particulier : il s'agit d'une scène où le cheval est attelé à une charette conduite par un paysan. Scène typique et familière de la vie rurale d'antan. Figure vivante et symbolique d'un monde aujourd'hui disparu.
Robert Canut a son atelier du côté de Tulette au pied du Ventoux, dans cette Drôme provençale où coule le bon vin des côtes du Rhône. Robert Canut ne santonèje pas, il fait mieux, il est déjà un santon à lui tout seul avec ses cheveux embrousaillés par le mistral, son inséparable chapeau, son grand tablier et son brin de romarin aux lèvres. Fidèle à la tradition, il est le dernier représentant de la famille des santonniers dignes de ce nom. Il travaille seul, le santon est sa création totale. Un santon Canut ne ressemble à aucun autre tant son style est unique. Chaque santon est presque une pièce unique. Sa fabrication est en nombre limité et il faut passer commande, être patient, savoir attendre un an et parfois plus pour avoir la pièce convoitée, aperçue dans la vitrine ou déjà mise de côté pour un autre heureux acquéreur. Ses santons il faut les mériter. Bien sûr, ils sont bien faits, ils sont réalistes à souhait, mais n'ont rien à voir cependant avec les jolies figurines de certains de ses collègues qui, trop bien faites, ont quelque chose de saint-sulcipien. Les santons de Robert Canut ont quelque chose de plus qui fait qu'ils sont bien vivants, ils sont du pays, on les voit marcher, on les entend parler, vivre au rythme de leur temps, de leur métier. Ses santons bien sûr lui ressemblent, ils sont figés dans une attitude familière où, comme lui dans son travail, ils donnent le meilleur d'eux-mêmes. Là est son secret, le secret de leur beauté. Bien sûr il y a aussi ses couleurs, ses poudres de couleurs qu'il broye lui même. Son bleu notamment est unique et il n'y a guère que chez Carbonel où on retrouve un usage de la couleur aussi abouti. Le bleu traditionnel des charrettes prend chez Canut une dimension quasi-religieuse. Je vous laiise à sa contemplation.




