Publié le 31 Mars 2006

 

 

J'arrive d'une journée de visite chez deux santonniers. Cela faisait longtemps que je voulais découvrir l'atelier d'Isoline Fontanille. A moins d'une heure de chez moi, dans le Gard, entre Roquemaure et Avignon nous voilà dans la Provence gardoise. Découvrir l'atelier d'Isoline, quel bonheur ! Voilà un lieu qui a une âme, une maison sur trois niveaux consacrée aux santons. Sa maman occupe un étage où elle crée de purs chefs d'oeuvre, des santons habillés qui n'ont rien à voir avec ceux que l'on voit d'habitude. Elle n'utilise que des tissus anciens, à petits motifs, coud les vêtements à la main, avec des plissés épousant les mouvements du corps des personnages. Elle réalise en terre cuite visages et les mains avec une finesse incroyable. On coirait des sculptures habillées. J'en croyais pas mes yeux, moi qui n'aime pas les santons habillés car ils ressemblent trop souvent, à mon goût, à des poupées folkloriques plus ou moins bien finies.

Les santons d'Isoline lui ressemblent. Ils racontent une belle histoire de famille. Sa maman lui a transmis l'amour du travail bien fait, un art qui dit la vérité des choses. Avec un père, santonnier lui aussi, et un compagnon qui partage sa passion, les santons d'Isoline puisent leur force à la source même de la vie.

Bref, après deux heures passées à admirer ses bergers et ses troupeaux de moutons, ses chèvres, ses ânes, ses taureaux de Camargue, ses gardians à cheval, ses arlésiennes, avec les deux personnes qui m'accompagnaient nous n'arrêtions pas de dévorer des yeux tout ce petit monde, de tomber sous le charme, de nous émouvoir, de discuter avec elle, sa maman, son mari. Deux heures ont passé. Tant de disponibilité que je n'ai pas osé gacher ce pur plaisir en jouant les touristes japonais. Mille excuses, mais je n'ai pas fait de photos, ça aurait été déplacé. Je reviendrais exprès pour cela.

Je suis reparti avec deux bergers et une option pour une scène de transhumance. Dans ma crèche bergers et troupeaux de moutons occupent une place importante. A mes yeux ils représentent les personnages et les animaux les plus importants de la crèche. Ils sont présents en nombre, sous toutes les formes et toutes les tailles.

Quand j'étais enfant il y avait un berger dans la maison d'en face la nôtre. C'était Gaston et son troupeau de moutons. Je le revois encore comme je revois son épouse Emilie et ses deux soeurs qui vivaient là. Au jeune couple qui a racheté cette maison qui a changé souvent de main depuis lors, je dis quand j'évoque avec eux le village d'antan, qu'ils habitent la maison d'Emilie. Elle aimait les fleurs. Elle disposait des pots de géranium et autres tout le long du porche qui menait jusque chez elle. Elle aimait sa maison et nous donnait par ses fleurs envie de l'aimer. Tout a changé, les maisons voisines sont en chantier de rénovation. Tout change, mais rien n'y fait, cette maison reste à jamais pour moi celle d'Emilie. Les gens ne meurent vraiment que lorsqu'on les oublie.

Il y avait alors au village au moins 3 bergers avec chacun son troupeau. A Paques, il arrivait que l'un d'entr'eux offre à notre père un gigot d'agneau pour le remercier de l'avoir autorisé à faire paître le troupeau sur une terre où poussait le thym et la sarriette, où aujourd'hui je "fais venir" fleurs et légumes.

En quittant la maison d'Isoline, après un rapide repas pique-nique au bord d'une vigne (au coeur du vignoble des côtes du Rhône) nous avons poussé notre périple jusqu' à Tulette, chez Robert Canut. Nous voilà vite en Drôme provençale, pas loin d'Orange, avec le Ventoux en fond de décor, les dentelles de Montmirail, et toujours le célèbre vignoble. Quelle chance pour les habitants de ce pays béni des dieux où coule le vin mais aussi le miel et lait des chèvres et des brebis! Quelle chance aussi de l'avoir à notre portée, pas loin de chez nous. Cela ne veut pas dire que les choses se passent mieux ici qu'ailleurs, mais tant qu'à être malheureux sur cette terre, autant l'être ici plutôt qu'ailleurs. Les gens d'ici, somme toute, doivent être un peu comme "mieux malheureux". Je ne crois pas au bonheur, mais à tout ce qui nous permet de rendre heureux nos malheurs. Mes yeux se ferment, il est tard, une journée d'émotions fortes, même joyeuses, ça fatigue, notre visite chez Canut, je la raconterai demain.

Deux photos de santons d'Isoline à voir en bas de page du site. Cliquer ici pour y accéder.

dentelles de Montmirail à voir ici et ici.

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #santonniers

Repost0

Publié le 30 Mars 2006

Voilà, tout est revenu dans l’ordre. Tout fonctionne désormais très bien sur Over-Blog, hier j'ai remis à leur place les photos qui avaient disparu. Les santons sont de retour.  Ils le sont même plus que jamais de retour. Ne croyez pas qu’ils attendent tranquillement dans leurs boîtes le retour des longues soirées d’hiver. Non, ils n’arrêtent pas de nous faire part de leur présence. C’est toute l’année et pas seulement à partir de l’automne que les santonniers créent de nouvelles figures et repeuplent leurs étagères où tout ce petit monde vient prendre place en attendant de nouvelles aventures qui vont les conduire dans d’autres lieux, au gré de leurs rencontres avec des visiteurs qui vont les acquérir et les introduire dans leur maison, leur famille.

Demain je dois aller rendre visite à deux santonniers. J'ai déjà présenté des santons de Robert Canut. Pas très loin de chez lui, Isoline Fontanille est installée à Pujaut dans le Gard, près de Roquemaure, pas loin d'Avignon. Son père et son oncle sont santonniers. Je l'ai connue à la foire de Tarascon il y a 3 ou 4 ans et je n'ai pas pu résister quand j'ai vu cette scène d'une vieille femme avec ses chèvres sur un sentier borné de grosses pierres. Voilà un ensemble qui au lieu de regagner sa place dans l'armoire aux santons, s'est retrouvé dans un nouveau décor que j'ai façonné avec des pierres plates trouvées sur la plage.

 

Cet hiver, toujours à Tarascon, en voyant cette femme avec son âne j'ai craqué. J'ai aussi quelques santons de son père, plus anciens, dont un très beau berger lanterne qui a un rôle  important dans ma crèche, mais nous en reparlerons une autre fois.

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #santonniers

Repost0

Publié le 28 Mars 2006

Depuis dimanche un gros problème de coupure électrique chez l'hébergeur d'Over Blog est à l'origine de dysfonctionnements sur tous les blogs et les photos des santons ne sont pas épargnées.

Les responsables d'O.B. ont changé d'hébergeur et font le maximum pour remettre en rout le système au plus vite.

Il nous faut donc tous patienter un peu.

Merci de votre compréhension amis lecteurs, et à très bientôt pour la suite de mes histoires de santons qui sont aussi un peu les miennes.

Amitiés à tou(te)s, Daniel.

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #lou santonejaire

Repost0

Publié le 24 Mars 2006

Le printemps, on le sait, une hirondelle le fait pas, encore faut-il qu'il y en ait une. Dans ma remise, les nids accrochés aux poutres sont encore vides. Le temps est gris, il pluviote.

Mais à défaut d'hirondelles, un livre a fait mon printemps. J'ai reçu par la Poste le livre que j'avais commandé sur internet, et que je n'attendais pas de sitôt en raison des encombrements de trafic annoncés. Devinez lequel? Un livre sur les santons pardi, celui de Françoise Delesty : "Mémoires des Santons de Provence".

A conseiller si vous voulez voyager au pays merveilleux des santons. Vous y  découvrirez les secrets du monde de la crèche et des santons. Même si les nombreuses photos ne sont pas légendées. Pour savoir qui a fait quoi, il faut aller chaque fois à la dernière page. Dommage aussi que ne soient pas mieux précisées les références de tout ce qui est rapporté concernant les faits et gestes, histoires et légendes de la vie provençale ancienne. Ces détails formels n'enlèvent rien à l'importance majeure de ce livre.

La crèche aujourd'hui perd de plus en plus sa vraie signification religieuse ( pour les croyants) et s'éloigne des valeurs traditionelles de la culture provençale (pour les incroyants) au profit d'une image de la Provence, superficielle pour touristes pressés, limitée au pastis, à la pétanque, à la belotte ou la manille, avec une dose de lavande, miel, huile d'oilve et savon de marseille. Croyants ou non, la crèche révèle la dimension spirituelle et les valeurs des gens de Provence et de leurs voisins du bas Languedoc dont je suis. Les crèches d'aujourd'hui représentent de plus en plus la vie d'un village provençal sans lien véritable avec la crèche, souvent reléguée au rôle de simple figurante en bas à gauche, ou perdue dans un coin du paysage.

Le grand mérite de ce livre est de remettre les pendules à l'heure en révélant le sensprofond de la crèche et des santons dans la culture provençale traditionnelle, la vraie, religieuse et profane, celle inspirée des textes sacrés, celle des Mistral, Daudet, Giono, Dellepiane , pour ne citer que les plus célèbres, avec la foule des félibres et autres mainteneurs des traditions.
(cliquer ici pour en savoir plus sur Dellepiane
)

Au chapitre des santonniers, trois grands santonniers s'en sortent avec les honneurs : Marcel Carbonel, Roger jouve et Paul Fouque. Marius Chave n'est pas oublié. René Pesante suit de près et il y a aussi les santons de Robert Canut, souvent en photos. Et Patrick Volpes occupe une bonne place. La photo de son santon l'aveugle et son fils, partage la vedette avec celui de Thérèse Neveu. Bel hommage ! Bref un palmarès avec lequel je me sens en parfaite harmonie.

Parmi les nombreuses citations présentes dans l'ouvrage, je retiens ce mot de Pierre Graille qui vaut à lui seul son pesant de terre cuite : "Il y a ceux qui vivent du santon et il y a ceux qui le font vivre". Vite, à commander avant épuisement des stocks ! 

J'apprends à l'instant que les hirondelles sont de retour. Elles s'affairent autour des nids de ma remise et semblent en peine forme. Comme on le chante dans je ne sais plus quelle opérette que fredonnait ma mère : "tout le monde est heureux, le printemps est dans l'air."

 

 la crèche 2005 de l'église de mon village.

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #lou santonejaire

Repost0

Publié le 24 Mars 2006

 

Le Ravi de Marcel Carbonel en taille 15 cm. Une gestuelle réaliste en parfaite harmonie avec le personnage.

Dans la pastorale des santons, le Ravi s'émerveille de la beauté du monde et des choses. Tant et si bien qu'il finit par agacer les autres en répétant toujours la même chose.

Moi, depuis quelques jours, je suis un peu comme lui, le printemps n'arrête pas de me ravir. Le spectacle de tous ces arbres en fleurs m'émeut et me réconcilie avec la nature qui sait se rendre si belle à la sortie de l'hiver.

Le ravi est un personnage que l'on croit à tort un peu fada , ou simplet. "Es un paou inoucen" comme on dit par chez nous,  en ajoutant :"inoucen d'Aniano", en faisant allusion à une maison d'accueil pour les fous qu'il y aurait eu jadis à Aniane, dans le pays haut.  

En fait avant on n'enfermait que les fous dangereux. Il y avait au village des gens un peu dérangés. On disait qu'ils avaient le tracassin, que quelque chose les tracasssait, leur donnait du souci au point de monopoliser leur pensée sur quelques idées fixes, avec parfois des manies, des comportements un peu bizarres, des paroles insensées. Ils faisaient rire, on se moquait d'eux, mais on ne leur voulait aucun mal.

Dans ma famille, la soeur de mon grand'père a sombré peu à peu dans une espèce de folie. Elle ne s'est jamais mariée, elle avait la phobie des microbes, elle en voyait partout. Elle ne voulait pas qu'on s'approche d'elle, elle avait peur de nous transmettre je ne sais quelle maladie. Mes grands-parents l'ont gardée longtemps avec eux, elle était un peu particulière mais brave femme. Puis quand son état s'est dégradé, qu'ils n'arrivaient plus à la raisonner, ils ont fini par la placer à "Font d'Aurèle", qui était alors hôpital des fous de Montpellier. Ma mère m'amenait la voir de temps en temps. J'avais un peu peur d'elle. Pourtant quand elle était bien lunée, comme on disait, elle demandait des nouvelles de tout le monde, je veux dire de la famille et des gens du village. Ca fait déjà pas mal de monde... Les psychotropes n'existaient pas encore et c'étaient surtout les riches qui faisaient des dépressions nerveuses . Les gens parlaient, se parlaient et ne s'enfermaient pas dans l'individualisme solitaire actuel. A la campagne, il y avait trop à faire avec les soucis que donnaient les travaux des champs, on n'avait guère le temps de tourner la boule, je veux dire de devenir fou.

Mais, revenons au Ravi. Il ne travaille pas. Non qu'il soit fainéant, mais il n'a pas le temps. Il est trop en admiration des choses, ça l'occuppe toute la journée, et la nuit il rêve des étoiles dont il connaît les secrets à force de les contempler. Le Ravi a tout compris du mystère de la la naissance de l'enfant dans la crèche. Il n'a pas eu besoin d'entendre chanter comme les bergers les anges dans nos campagnes. L'hymne des cieux il l'a dans son coeur.

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #crèches et santons

Repost0

Publié le 22 Mars 2006

Voici le printemps. Le matin quand je vais à mon travail, à la sortie du village, en prenant la route de St Christol puis celle de Lunel, je vois dans la campagne le spectacle unique des amandiers en fleurs. Les champs d'arbres fruitiers explosent comme un bouquet de feu d'artifice. Mimosas et forsythias  jaunes illuminent la nature. Il y a de la couleur même par temps de grisaille. Pâques approche à grands pas, Noël est un souvenir lointain. Pourtant si la crèche, je veux dire la scène de la nativité n'est plus de saison, les santons le sont plus que jamais.

Bergers et moutons vont retrouver le chemin des alpages. Et la vie du village reprend de plus belle. les gens sont plus nombreux dans la rue, s'arrêtent plus facilement pour parler et sans le vouloir ressemblent aux santons de ma crèche. Les gens santonèjent sans le savoir. Dimanche à Mauguio, malgré l'absence du soleil, le monde de la bouvino se retrouvait aux arènes pour la première course libre de la saison avec une royale de la manade Rouquette comptant pour le trophée des as. C'est un peu tout cela que racontent les santons de Provence.

Les santonniers se remettent au travail et créent de nouvelles figurines. Les fadas de la crèche provençale s'en donnent à coeur joie. Chacun s'affaire qui sur un pont, une capitelle, ou la création de scènes nouvelles. Bref, les santons ne sont pas tous dans leur boîte en carton...

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #crèches et santons

Repost0

Publié le 21 Mars 2006

photo du film, publiée sur le site cinemovies, à découvrirr ici, avec une très belle critique de J. Claude loiseau de Télérama.

Je ne vais pas souvent au cinéma. Uniquement pour les grandes occasions. Je n'aime pas ces sortes d'usines que sont devenus les nouveaux complexes de cinémas. Ce que l'on gagne en confort on le perd en convivialité. L'immense hall d'accueil ressemble plus à un supermarché qu'à une salle de spectacle. Chacun galope vers sa salle sans jeter un oeil sur son voisin. Pas question d'espérer le moindre début de dialogue avec qui que ce soit. 

Je suis quand même allé  voir "Le temps des porte-plumes"! histoire de retrouver, comme dans le village de ma crèche, ce monde rural des années 50 que j'aime temps à travers l'histoire de cet enfant placé chez un couple de paysans. La reconstitution est magnifique, trop même, en particulier les scènes de l'école primaire où l'instituteur est à mes yeux, plus caricatural que vrai.  La vie des gens à la ferme finit par perdre sa simplicité naturelle dans une montagne de détails, rien ne manque, des poules aux canard, des pots de fleurs aux vieux meubles,  tout est là comme c'était avant, bien présent, tellement que tout ça finit par faire trop, et la crédibilité en prend un coup d'autant que le scénario évoque des situations plus qu'il ne raconte une histoire.

Les personnages parlent peu, ne vont pas au bout de leur pensée, car la caméra s'efforce d'exprimer davantage leurs sentiments, leurs états d'âme que leurs faits et gestes. Le personnage central est cet enfant, Pippo, taciturne, blessé à jamais après avoir été arraché à sa famille. C'est son univers que l'on découvre, sa difficulté à communiquer, à parler, sauf avec une grand'mère qui habite à côté, qui passe pour une sorcière. Rejetée par les autres comme Pippo. Une complicité va se créer entre la vieille et l'enfant qui trouve refuge dans un imaginaire que révèle la scène finale qui nous laisse croire l'espace d'une seconde que le pays heureux où se réalisent les rêves d'enfant existe. Mais non, ce n'est qu'un rêve. 

L'évocation à grand renfort de chevaux du labourage d'antan a quelque chose d'irréel, avec ces quatre charrues tirées chacune par un attelage de deux chevaux. Jamais je n'avais vu pareil spectacle dans mon village où les paysans labouraient seuls, avec leurl cheval et leur charrue. La scène de la moisson déborde aussi de vérité par son aspect hyper-réaliste. Comme si l'enfant revivait tout cela en exagérant, en amplifiant le réel. Sauf le passage de la charrette chargée de foin, criant de vérité.

Vous l'avez compris, j'ai aimé surtout ces scènes des travaux des champs, ces attelages puissants, cette moissonneuse batteuse immense, tenant tout l'écran. Mais j'ai aussi aimé et partagé le rêve de cet enfant perdu dans le monde cruel des adultes. Au final, un très beau film, grave et profond.

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #lou santonejaire

Repost0

Publié le 20 Mars 2006

jardiniere-detail.jpg 

Cette jardinière est du santonnier Robert Dumas que j'avais découvert il y a 4 ans à la foire de Tarascon. Installé à St Peray dans l'Ardèche, il est spécialisé dans le petit santon de 2 cm. Malheureusement il a pris sa retraite l'an dernier. Sur son stand il y avait très peu de santons à la vente car il travaillait essentiellement sur commandes. J'ai donc dû attendre un an avant d'avoir mes premiers santons de sa fabrication. Les roues de cette toute petite jardinière fonctionnent ! Mais ce qui m'a saisi d'émotion en la découvrant la première fois c'est que je croyais voir mon grand'père la conduire. Il avait exactement cette petite charrette que l'on appelait une jardinière, plus facile à utiliser pour se déplacer qu'une grande charrette. Devenu âgé, tant que ses forces le lui ont permis, il attelait son mulet "marquis" et allait voir ses vignes dans la plaine. En période de récolte, il venait se rendre compte de la qualité de la vendange. Il n'y a pas de vigne dans ma crèche, la place me manque, mais il va falloir que je songe sérieusement à son installation.

Robert Dumas a fait de magnifiques petits santons comme la scène de la fenaison que je présenterai une autre fois. Ses bergers, son âne, sa chèvre, son chien et ses moutons sont installés tout en haut de ma crèche sur la colline, juste  en bas du vieux village et devant le moulin et d'E. Prados  qui est fait pour des santons de cette taille. C'est la première scène que j'installe quand je commence mon chantier. Je la présente différemment chaque année en fonction des cailloux, troncs d'olivier que je ne dispose jamais de la même façon. C'est d'elle que dépend le reste de mon installation qui avance en descendant comme un tapis qui se déroule jusqu'à la crèche proprement dite.

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #crèches et santons

Repost0

Publié le 19 Mars 2006

couple de vieux sur un banc de Roger Jouve.

Les vieux sont présents dans la crèche sous les traits de divers personnages. A l’image des vieux de la vie des villages d’autrefois. Ils occupaient une place importante car ils transmettaient leur ’expérience et leur savoir. On les écoutait car on les respectait même si par derrière on se moquait d’eux, de leurs manies, de leurs défauts. On les affublait souvent d’un surnom. Je me souviens de ce vieux qu’on appelait « la liberté », une voisine « pendola » car sa démarche était saccadée de droite à gauche. Un autre, petit et sec « graoutillou » par allusion à ce petit bout de gras qu’on met dans la fougasse et qui en cuisant se rabougrit. Mon grand’père qui était très économe était affublé du nom de « rastel » et son fils, mon oncle « rastelou ».

Ils allaient faire la belotte au café. Ils se rencontraient chaque jour, qui chez le forgeron, qui chez le bourrelier ou le charron. C'était la meilleure façon de commenter et de colporterles nouvelles du village, de raconter les souvenirs du service militaire, de la guerre et de l'occupation allemande.

Les vieux essayaient d’arranger des mariages, mais pas toujours avec succès. Il n’y avait pas de maison de retraites, ils vivaient en famille avec leurs enfants et petits enfants. Ceux qui n’avaient plus de famille habitaient seuls ; c’était souvent les plus pauvres.

Les vieux mouraient à leur maison, dans leur lit. Après l’angelus du midi ou du soir, quand la cloche de l’église sonnait le glas, tout le monde comprenait que quelqu’un était mort. Le son parvenait au loin dans la campagne où travaillaient les paysans. Les suppositions allaient bon train, d’autant plus que le son du glas était différent selon qu’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Tout le village se sentait concerné et chacun allait comme on disait « faire sa visite ». Voisins ou amis veillaient le mort.

Vivant ou mort, chacun avait sa place au village, il n’y avait pas d’exclus. Comme tout le monde vivait le plus possible en autarcie et sans rien gaspiller, la pauvreté ne se montrait pas du doigt et le solidarité était vécue au quotidien. Les vieux avaient la mémoire des choses, ils étaient l’âme du village.

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #crèches et santons

Repost0

Publié le 17 Mars 2006

photo Yves. 
Au milieu, au fond l'instituteur de Paul Fouque
devant à droite la mère aux deuxs enfants de Robert Canut

 

Je suis resté à l’école primaire de mon village de mon village jusqu’à l’âge de 11 ans. J’étais souvent classé dans les premiers, mais je n’avais guère de mérite, nous ne dépassions pas la dizaine d’élèves inscrits au même cours. J’aimais apprendre, j’avais bonne mémoire. Tous les soirs je révisais mes leçons que ma grand’mère me faisait réciter dès la sortie de classe afin de pouvoir jouer ensuite sans ce souci. J’avais alors l’impression que l’enseignement de l’instituteur englobait tout le savoir du monde. Je n’imaginais pas un seul instant qu’il puisse y avoir d’autres connaissances que celles qu’il nous apprenait. C’est dire le respect que nous lui portions.

Il n’allait pas à l’église, sauf pour les enterrements. Mais tous les gens, d’église ou pas, s’accordaient pour mettre à son crédit de grandes valeurs morales. J’avais sous mes yeux l’exemple même de ce qu’était l’opposition entre la foi et le savoir, la croyance et la raison. Je le plaignais en pensant qu’il risquait tout droit l’enfer réservé aux mécréants de son espèce. J’ai même dû prier pour le salut de son âme lors d’une mission. Chaque soir pendant la semaine que durait la mission, un moine venait prêcher pour raviver la foi des ouailles à grand renfort de sermons qui venaient troubler la vie paisible des paroissiens. Simples pécheurs ordinaires le lundi, ils se découvraient pécheurs mortels le samedi à la sortie du prêche. J’ai gardé un souvenir terrifiant de ce père prédicateur aux allures de grand inquisiteur.

Il arrivait souvent de désigner notre maître d’école du seul nom de « Monsieur ». Il avait le privilège d’une sorte de titre de noblesse que l’énoncé de ce seul qualificatif lui conférait. Il représentait pour moi l’incarnation du savoir encyclopédique, surtout quand il sortait du placard des tubes, des éprouvettes et divers instruments de mesure, pour faire des expériences de physique ou chimie qui nous laissaient ébahis.

Je le revois encore verser du vinaigre sur un bloc de calcaire ou nous expliquer les secrets de la vie végétale en décortiquant les jeunes pousses de blé, de pois-chiche ou autres lentilles qu’il nous avait demandés de faire germer quinze jours avant dans du coton humide disposé sur le fond d’un couvercle usagé de boîte à cirage. Un sourire incrédule traversait son regard quand en leçon d’histoire il évoquait avec une pointe d’ironie les voix entendues par Jeanne d’Arc. Il n’osait pas les contester de front par respect pour la liberté d’opinion. Avec lui, la république et le goupillon faisaient bon ménage.

 Si je ne mets pas de curé dans ma crèche, c’est parce que, comme le disent si bien les provençaux de ma pastorale imaginaire, « le petit niston qui vient de naître ne les a pas encore inventés » !

Voir les commentaires

Rédigé par Daniel

Publié dans #crèches et santons

Repost0