la main du santonnier, le remord du savant.
Publié le 24 Mai 2006
Pas de quoi pourtant faire chuter la fierté humaine de son piédestal.
Ce qui caractérise l’humain en le distinguant de l’animal résiderait, selon cete même revue, dans la capacité de l’homme à dominer la nature, à exercer sur elle son pouvoir jusqu’à finir par la détruire. L’homme se distingue de l'animal par son pouvoir de détruire la nature qu’il domine. La connaissance des choses va de pair avec la main mise sur elles. La science est la mère de la technique, de toutes les techniques, des meilleures comme des pires. Derrière la découverte du feu planait déjà le spectre de la bombe atomique.
Que nous soyons des animaux évolués voilà qui ne me surprend guère. J’ai trop de complicité avec mon chat pour ne pas éprouver comme évident un lien véritable de parenté avec lui. Pourtant une barrière infranchissable nous sépare. Comme le dit Michel Serres on n’a pas encore vu une vache danser dans un pré, ni à plus forte raison se mettre à mouler de l’argile pour faire un santon. Je crois que la différence en question se situe dans la main plus que dans tout autre organe ou toute autre faculté. La main prolonge la pensée.
Il n’est pas rare de trouver sur l’étagère d’un santonnier une main sculptée dans l’argile. Et ce n’est pas la main du santonnier qui met la planète en danger de survie. Un peu d’argile puisée dans la nature lui suffit et suffit à nous donner un immense bonheur, à faire renaître notre espoir d'un monde un peu meilleur. Rien à voir avec la main mise du savant sur le monde, sorte de main basse sur lui. Certes, internet, le téléphone cellulaire et autres techniques de pointe c'est bien, mais n'oublions pas Oppenheimer, le père de la bombe atomique, qui, réalisant la portée de son travail, aurait dit «Maintenant, je suis devenu un compagnon de la mort, un destructeur de mondes.».
Le chroniqueur de France Inter me donne une raison de plus de m’émerveiller un peu plus encore devant ce berger et ce mouton que le santonnier Agniel a créés avec ses mains, avec son coeur. ( merci à Alysiane pour la photo prise à Ramatuelle)
correctif :
Alysiane me signale que le nom du santonnier est en fait Barbara Clapié, donc une santonnière, installée à Lorgues (et non à
Toulon).