lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Pour les languedociens, passer le Rhône c'est pénétrer en Provence officielle, dans le département
des Bouches du Rhône. Il s'agit certes d'une frontière mais le pont qui s’étire en
longueur offre à la vue une arrivée grandiose, de plein pied au pays des grandes figures légendaires. Tarascon, c'est bien sûr Tartarin. Mais bien avant lui, Sainte Marthe est la grande
figure historique à laquelle les tarasconnais sont redevables d'avoir vaincu la tarasque, ce dragon qui hantait les bords du Rhône et semait la terreur. Il s'agit bien de la Marthe des évangiles, la sœur de Lazare et de Marie Madeleine. Selon la légende, victime de
persécutions elle a été livrée au fil des eaux sur une embarcation de fortune avec Sara, Marie Jacobé, Marie Salomé, Lazare, Maximin et Marie Madeleine. Emporté au gré des courants,
l'équipage a échoué sur nos rivages, aux Saintes Marie de la Mer où sont vénérées lors de différents pèlerinages
annuels les reliques de Marie Salomé et Jacobé et la statue de Ste Sara patronne des gitans.
L'église collégiale de Tarascon, une des plus anciennes de Provence est édifiée sur la crypte du tombeau de la sainte morte vers l'an 81, au tout début de l'ère chrétienne. C'est une
pure merveille d'architecture, un livre d'histoire vivante où la
civilisation et la culture de Provence sont sculptées dans les pierres.
Quel pays béni des dieux ! Déjà, quand venant de Nîmes, on arrive à Beaucaire, on est accueilli par le monument érigé à la gloire de Goya, taureau légendaire du manadier Henri Laurent aux Marquises. Beaucaire est un haut lieu de la course
camarguaise et à la sortie de la ville, en surplomb du canal, juste avant le pont du Rhône qui sépare les deux villes, s'élève le mémorial à la course camarguaise, avec une autre statue de taureau
célèbre, Clairon.
Nous voilà bien loin des santons me direz-vous ! Hé bien non, pas du tout, nous sommes en plein
dedans. Les taureaux de Camargue font certes partie de nos traditions. Mais pas simplement cela. Au delà, ils représentent ce que notre culture a de plus vrai et de plus authentique. Nous
voilà bien loin des images à touriste pressé que véhiculent la partie de pétanque ou de cartes et autres lavandes en tout genre qui - oui je sais que je rabâche et excusez-moi si je me
répète - relèvent à mes yeux d'une sous-culture et propagent une idée édulcorée, superficielle de ce qui fait l'art de vivre dans ce pays. Alors oui les taureaux et les raseteurs,
véritables seigneurs de Provence et du Languedoc, méritent d'être santonnifiés même s'ils n'ont pas grand chose à voir avec l'évènement que représente la scène de la nativité de Jésus. Leur
présence dans une crèche provençale est le signe de cet attachement à la fé di biou que seuls les afeciounas peuvent comprendre. Nous autres, enfants de ce terroir, nous nous
reconnaissons bien là dans ce culte du taureau sauvage, que l'on fait courir dans nos rues et nos arènes (rien à voir avec la corrida) et que l'on vénère comme un don exceptionnel fait par
la nature. Oui, il y a quelque chose de païen dans ce culte du taureau. Alors raison de plus pour l'intégrer dans la crèche où il trouve sa place aux côtés du divin
enfant.
Sylvie de Marans, je l’ai déjà écrit, fait des taureaux surprenants de réalisme. Elle s’est encore surpassée en présentant une nouvelle gase, cette scène des taureaux traversant une
roubine ou une étendue d’eau. A côté un cheval harnaché dans tout son éclat pour fêter la St Eloi. Puis le même cheval mais attelé cette fois à un rouleau. Une pure merveille ! Presque pas
le temps de lui parler, tant elle est affairée avec son ami à répondre aux sollicitations des curieux et habitués qui prennent d’assaut son stand ! On sent à travers ses réalisations le
travail du geste sûr du sculpteur qui va droit à l’essentiel sans s’encombrer de détails inutiles.
Isoline Fontanille est là elle aussi bien sûr avec ses taureaux, son gardian qui n’est autre que le Marquis de Baroncelli à cheval et bien sûr ses nouveautés. Parmi elles, un étameur, l’estamaire, très évocateur, saisi en plein travail. Un nouvel aiguiseur tout aussi attachant, l’amoulaire, et le déjà fameux berger violoniste avec les autres figures de bergers et les scènes pastorales qui occupent une place de choix dans sa collection. Elle a la riche idée de faire des moutons isolés, posés sur leurs seules quatre pattes, sans socle, ce qui permet de composer soi-même le troupeau que l’on veut avec beaucoup de réalisme avec la possibilité de serrer les bêtes les unes contre les autres. Du grand art, un style personnel, très expressif et des couleurs douces, naturelles qui sont bien celles de la terre de Provence. Images. A l’image des moutons de ses troupeaux, la foule des admirateurs se presse autour de ses créations.
Sous les arcades d’en face, Lou Christou, souriante, accueillante, est aussi affairée que ses
santons. Spécialisée dans les métiers avec leurs accessoires, l’aspect naïf de ses sujets toujours en mouvement leur donne encore plus de vérité, d’authenticité. J’ai déjà fait voir ses œuvres
récentes qui étaient exposées à Villevieille ; Garons, Calvisson.
A côté, la famille Rampal n’arrête pas de déballer maisons et constructions qui envahissent leur baraque foraine. Originales, faites en matériaux traditionnels, véritables pièces uniques, vendues à des prix raisonnables, j’exagère en peine en disant qu’elles s’arrachent comme des petits pains. Taureaux et gardians sont aussi présents à côté de santons grands et petits, dont la série des enfants jouant à la sortie de l’école.
Sylvie de Marans, la gase.
Sylvie de Marans, cheval de la St Eloi.
Sylvie de Marans, cheval attelé tirant un rouleau.
taureaux d'Isoline Fontanille.
taureaux de l'atelier Rampal.
Scène de Camargue par Isoline Fontanille.
chanteur de rue, Sylvie de Marans.

Scène du puits de la pastorale Maurel. A l'aide d'une corde, la bande de joyeux lurons retire Pistachié du puits où le Bohémien l'a
jeté.
Moutons. Isoline fontanille.
Berger jouant de la flûte, Isoline fontanille.
La farandole provençale par Isoline Fontanille.
Cueilleur d'olives par Isoline Fontanille.
Rémouleur et rétameur par Isoline Fontanille.
à suivre...
N.B.
J’ai déjà évoqué plusieurs fois ici mes visites à Tarascon dans ces articles :
Les tableaux de l'Adoration des bergers et des rois à Tarascon.
Le mystère du tableau de la tombe de Ste Marthe à Tarascon. (suite 2)
Ste Marthe et Tarascon.
Et l'an dernier j'ai longuement présenté la foire aux santons avec de nombreuses photos.




Didierest le fidèle vendeur des santons Didier mais il est aussi créchiste et réalise de splendides maisons et villages provençaux. Il présente avec passion une des nouveautés du santonnier : la scène des vendanges avec pieds de vigne chargés de lourdes grappes bien mûres, et plusieurs santons vendangeurs dans différentes postures. Hier les vendanges allaient bon train au cloître des Cordeliers et Didier comme toujours accueillait habitués et visiteurs avec son large sourire.







