Publié le 13 Avril 2006

Les santons, c'est avant tout Noël et la crèche, les fêtes du solstice d'hiver. Nous voici en ce jour du Jeudi Saint tout près de Pâques. Avec la nouvelle lune de printemps, la nature renaît. Les paysages de Provence ont alors des couleurs éclatantes de pureté et de vie qui tranchent avec les habituels champs de lavande et autres clichés du genre.

Voir ici de belles photos sur la Provence au printemps.

Jeudi Saint, jour de fête. Jadis quand j'étais pensionnaire chez les bons pères, après l'office nous avions droit à un bon repas avec du saucisson en entrée, du vin rosé, un plat de viande amélioré, une crème ou un flan pour dessert. Nous fêtions l'institution de l'eucharastie. Puis après nous allions religieusement nous recueillir devant le reposoir en fleurs, illuminé de quantités de cierges, pour une longue veillée de prière pour accompagner Jésus dans sa Passion, son agonie qui débutait dans la nuit avec la trahison de Judas au jardin de Gethsémani... Le lendemain matin nous allions en ville visiter les reposoirs des églises.

Je me suis éloigné de la foi de mon enfance et ce sentiment résiste mal aux assauts de la raison et du temps, surtout quand la réflexion vient s'attarder en tournoyant sur la question du mal. Ce mal présent partout dans le monde, avec pour seul exemple, le spectacle insupportable du massacre des enfants. Comment croire encore en un Dieu bon  disent certains philosophes après l'horreur de la shoah? Vaste débat. Certains expliquent le mal par la liberté que nous avons de choisir entre lui et le bien. Encore faut-il être vraiment libre de son choix. Débat plus vaste encore. Qui dépasse  le cadre de ma modeste pensée et nous éloigne du ton de ces chroniques pastorales.

En attendant, le monde a bien besoin de la lumière que le berger tient à bout de bras pour éclairer ses pas et celui de son troupeau. C'est pourquoi, ce berger, un vieux berger de Fontanille, je le place inlassablement chaque année au devant de ma crèche sur une hauteur, comme porteur d'espoir pour le monde.
Désolé si ce soir la nostalgie m'égare vers de tels horizons, mais je crois l'avoir déjà dit, les santons, la crèche, c'est pas du pur bonheur, c'est juste une façon d'être mieux malheureux. De mieux supporter les malheurs de l'existence qui nous entourent et de garder quelque part un espoir malgré tout.

le berger lanterne de Fontanille

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Rédigé par Daniel

Publié dans #santonniers

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Publié le 12 Avril 2006

Les bergers, à force de les voir dans la crèche, on finit par les idéaliser, en faire des personnages à part, des êtres de la nature, qui ont trouvé ce que nous cherchons, le secret de la vraie vie, avec cette façon de vivre simple, paisible, harmonieuse. Un bonheur authentique malgré les efforts et la peine qu'exige ce métier. Pourtant, ils vivent dans le même monde que nous, même si leur univers est différent. En témoigne cette photo du berger de Luceram (merci à Alysiane !). C'est lui qui à Noël, défile avec avec d'autres bergers, frappe trois coups à la porte de l'égklise et vient offrir un agneau lors de la messe de minuit. C'est la cérémonie du pastrage, avec des variantes selon les traditions particulières propres à certains endroits de Provence.

Luceram est près de Nice. Les habitants du village réalisent chaque année des crèches devant leur maison, derrière une fenêtre, pourque les visiteurs puissent les voir de la rue. Des milliers de visiteurs se pressent chaque année. (Voir ici des photos.)

Je me souviens, enfant, avoir vu  quelques fois la transhumance traverser le village. Quel bruit ! Il me semble entendre encore le troupeau arriver au loin, un bruit sourd, de plus en plus fort, celui des sonnailles. Les bergers passaient devant nous sans un mot, sans un regard, absorbés par leur tâche, occupant tout l'espace d'un bout à l'autre du village, fiers de voir sortir les gens devant leur porte pour contempler le spectacle de cette marée de moutons chargée de  mystère, porteuse d'une vérité cachée qui venait anoblir cette terre, ces paysages de garrigue. J'éprouvais alors de la fierté, malgré mon jeune âge, je ressentais le lien vivant qui m'attachait à cette terre.

 

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Rédigé par Daniel

Publié dans #Bergers et troupeaux

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Publié le 10 Avril 2006

Le "Coup de Mistral" est créé en 1952 par Paul Fouque. Ce santon va le rendre célèbre dans le monde entier. Pour la première fois les formes d'un santon épousent le mouvement qui l'anime, lui donne vie. On entend presque le souffle puissant du vent qui soulève la cape du berger, l'empêche d'avancer, tout occupé qu'il est à tenir son chapeau et à résister contre la tempête.

Reproduit à des milliers d'exemplaires dans toutes les tailles, depuis 2cm jusqu'au santon de 50 cm. Il faut d'abord mouler à part 15 pièces différentes puis les assembler pour créer le santon. Cinquante après, en 2002, pour fêter le jubilé une édition nouvelle du santon a été réalisée par mireille Fouque.

Celui qui est sur cette photo date des années 80. C'est le premier santon de Paul Fouque que j'ai acheté à la foire de Garon près de Nîmes, en 13 cm. Naturellement, il est signé Paul Fouque. La Renaude est le pendant féminin de ce santon. Elle est venue vite compléter mon premier achat. Ainsi a commencé ma collection de santons Paul Fouque.

Je suis allé régulièrement pendant des années visiter son atelier à Aix et son étal installé dans une des baraque en bois qui font le charme de la foire aux santons d'Aix. Jusqu'à sa mort Paul Fouque était présent à la foire. J'ai eu la chance de pouvoir parler plusieurs fois avec lui quand j'allais à son atelier. Je n'ai pas connu son épouse qui était aussi santonnière, mais j'ai vu plusieurs fois une personne âgée qui venait parfois à l'atelier. Je crois que c'était sa belle-mère.

J'ai beaucoup regretté que Paul Fouque, l'âge venant, soit obligé de cesser son activité. La nouvelle de sa mort m'a chagriné. Il faisait partie de ces gens si vivants qu'on ne croit pas possible qu'ils puissent mourir un jour. Son style était unique, reconnaissable entre tous. Certes la relève est assurée par de nouveaux talents, mais je garde la nostalgie de ce qui demeure pour moi un peu comme l'âge d'or du santon.

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Rédigé par Daniel

Publié dans #santonniers

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Publié le 7 Avril 2006


 

 

Avec un peu de retard j'ai fait enfin développer les photos argentiques de la crèche 2005 de l'église du village.
Les santons sont en plâtre, mais anciens, fin XIXème ou début XXème, ils font 45 cm de hauteur.  leur taille est impressionante. Le décor est fait uniquement avec des éléments naturels : pins, cade, romarin, thym, mousse, feuillages, lichens, cailloux, pierres, branchages. La grotte est faite avec des souches d'oliviers arrachés après la gelée de 1956 et jetés dans un fossé envahi de ronces. Depuis 3 ans, grâce à des amis qui me les ont donnés,  ils ont trouvé leur place dans la crèche.
Au second plan au-dessus de la grotte, en terre cuite, le berger coup de Mistral de Paul Fouque, 30 cm, avec quelques moutons en laine. Deux autres santons de Paul Fouque, un de Thérèse Neveu ( tous trouvés aux enchères sur internet à un prix honnête) complètent l'ensemble. Quelques santons habillés de même taille, offerts par des paroissiens trouvent aussi leur place dans le décor.

Au premier plan, à gauche, un berger debout, son chapeau à la main,  et un autre à genoux, au fond, toujours à genoux un autre berger entre le boeuf et l'âne, et un autre encore, sur la droite, à genoux, avec un enfant devant lui, un agneau couché et un autre debout.

Ces santons, c'est comme si je les avais toujours connus. Ils sont encore là, figés dans la même attitude. Ils m'émerveillent encore comme aux premiers jours de ma plus tendre enfance. Ils n'ont pas changé, pas vieilli, ils sont comme hors du temps malgré quelques traces d'égratignures qui sont là pour témoigner du passé et rappeler la réalité de leur condition.

Lorsque je les dispose dans le décor de la crèche, je les manipule avec beaucoup de précaution, comme des reliques véritables. Je les considère, au delà de toute croyance religieuse, comme les  porteurs du sens profond des choses que nous ressentons parfois sans pouvoir l'exprimer par des mots car cela nous dépasse, comme quelque chose situé devant un horizon lointain et insaisissable.

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Rédigé par Daniel

Publié dans #Crèches d'églises

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Publié le 5 Avril 2006

Dans le village, les bergers étaient des personnages à part,  différents des paysans et autres habitants. Conduire un troupeau, en confier la garde à son chien, passer sa journée dans la campagne, voilà qui inspire le respect et la crainte. Enfant, les bergers du village me paraissaient des personnages irréels. J'en avais un peu peur. Ils exerçaient non pas un métier mais une sorte de mission hors du commun, fascinante, presque sacrée.

Dans ma crèche bergers et moutons tiennent les premiers rôles, occupent les premières places, comme ces deux bergers de Paul Fouque protégeant un agneau sous leur bras, pour lesquels j'ai une tendresse particulière. J'aime ces moutons de Paul Fouque, leur robe laineuse, épaisse, leur regard particulièrement émouvant. Je crois que Paul Fouque sera reconnu dans l'histoire provençale comme un très grand santonnier qui savait sculpter de belles figurines avec beaucoup de réalisme et d'élégance mais sans excès ni recherche du "joli". Son style a la fraicheur des choses simples. Il donne parfois un air un peu gauche à ses personnages, avec une touche de naïveté, comme l'exige le santon pour se différencier de la statue académique aux formes trop épurées, trop bien léchées pour être vraies. Voilà je crois un très grand santonnier que j'ai eu la chance de surprendre en plein travail lors de visites à son atelier d'Aix.

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Rédigé par Daniel

Publié dans #Bergers et troupeaux

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Publié le 4 Avril 2006

C'était ce dimanche matin. Une vraie journée de printemps. Comme souvent en cette siason, nous allons au marché de Lunel pour acheter quelques potées fleuries, pour remplacer les plantes que l'hiver a détruites. Géraniums, giroflées, jasmins, paquerettes, pensées, créent un spectacle coloré et joyeux qui s'étale tout au long des allées où sont installés les pépiniéristes.

Devant les arènes on trouve de tout, une sorte de grand bazar avec les marchands de vêtements, de chaussures, de chaussettes, chemises, animé par les camelots soldeurs qui inlassablement débitent les mêmes histoires sur la prétendue qualité premier choix grand luxe des parures de lit sacrifiées à... "tenez donnez moi 50 Euros, non pour vous aujourd'hui c'est 30, même pas, tenez, je vous le laisse à 20, en magasin vous ne le touchez pas à moins de 100 !". Mais les badauds sont sceptiques, ils ne se précipitent pas sur la bonne affaire.

Plus loin, un bouquiniste. Je fouille un peu, et à côté des collections de "polar", parmi autres innombrables publications consacrées aux recettes de cuisine ou aux secrets des plantes, quelques romans de Marcel Plagnol et, surprise, un livre de Marie Mauron où elle raconte son enfance, " Les cigales de mon enfance ". Pour 5 euros le vendeur me dit que je fais une bonne affaire, que ce titre est rare.  Au milieu de l'ouvrage sont insérées des pages de photos anciennes de sa famille où on peut voir provençaux et provençales en habits d'époque, robes ou jupes longues, fichus croisés à la ceinture, tabliers, coiffes, comme si ces personnages se préparaient à défiler pour faire une sorte de crèche vivante. Plus loin en fouillant dans les rayons d'un autre bouquiniste, autre surprise, je tombe sur " L'iris de Suse "  le dernier livre de Jean Giono dans son édition originale, publié en 1970, l'année de sa mort. Je l'achète 5 euros lui aussi.

Le marché aux fleurs, les bouqinistes, les provençaux de Marie Mauron, le dernier livre de Giono, me voilà dans le monde que j'aime, celui où les choses restent simples même si la vie n'est pas plus facile pour autant.

Au marché les gens retrouvent une sorte de savoir vivre ensemble; on se sourit, s'excuse quand on se bouscule, on traine devant les étalages, on blague un peu ici ou là avec. C'est un peu tout cela que l'on retrouve dans les crèches où marché, étalages divers, boutiques, scènes de rue offrent un spectacle vivant et apaisant, avec tout un petit monde de personnages vivant en harmonie, au rythme du village, d'une vie calme et joyeuse malgré les soucis du quotidien.

Liliane Guiomar, salon des santonniers d'Arles 2005. photo Yves.

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Rédigé par Daniel

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Publié le 1 Avril 2006

 

 

Nous voilà arrivés chez Robert Canut. Je connais bien son atelier et sa boutique. comme à l'accoutumé, ses étagères sont très peu garnies. Il travaille sur commande et a pas grand chose à proposer aux visiteurs. Parmi quelques rares santons de 16 cm une très belle contadine ( nous sommes à Tulette dans le Comtat venessain) et un gitan avec sa cape rouge et noire, son foulard, son poignard à la main. Je ne résisterai pas longtemps. Chez Canut, il faut prendre sans hésiter ce que l'on trouve.

Je lui fais voir des photos de ma crèche avec ses santons. Cela lui fait plaisir de voir ce que deviennent ses créatures et dans quel monde elles revivent une fois sorties de son atelier. Je lui offre des photos noir et blanc de quelques uns de ses santons que j'ai imprimés sur ordinateur au format A3, notamment la charrette, le laboureur, le maréchal ferrant, la cardeuse, un berger 16 cm avec à côté l'homme à la poule de Carbonel en 16 cm lui aussi. Cette proximité ne lui déplait pas. Il a bien connu Carbonel et a travaillé chez lui avant de se mettre à son compte.

Il aime évoquer son passé, son métier qui est tout pour lui. La retraite il en parle mais il ne l'envisage pas tant qu'il pourra modeler, sculpter, mouler, assembler, peindre, inlassablement malgré les tracas de tout un chacun. Avec ses cheveux gris en broussaille, son éternel brin de romarin à la bouche ou à l'oreille, son grand tablier, son chapeau à larges bords, il est à lui tout seul tous les santons de sa création.  Il est pour moi le dernier des grands santonniers du siècle écoulé. Gardien d'une vraie tradition, travaillant tout seul, faisant tout lui-même, ne sous-traitant rien à personne qu'à lui-même...

Chez lui, pas de partie de cartes ni de joueurs de pétanque ni même de de coupeur ou coupeuse de lavande, que des santons traditionnels, des bergers, des offrants, les métiers des villages d'autrefois. Des santons rares qu'on ne voit que chez lui comme la femme allaitant son bébé. Des couleurs qu'il fait lui-même en les broyant au pilon. 

Je viens régulièrement chez lui depuis 5 ou 6 années. Cette ancienneté relative me donne suffisamment d'assurance pour m'autoriser à le prendre en photo à sa table de travail sans avoir l'impression fâcheuse de jouer aux intrus voleurs d'images. La photo, si elle est bonne, je la publierai ici, mais il faudra attendre un peu car je me sers encore de mon appareil que l'on qualifie désormais d'argentique, en référence à un passé technologique révolu. Mais rassurez-vous, je sais m'adapter aux choses nouvelles. Je ne les boude pas si elles sont avantageuses et je compte bien passer d'ici peu au numérique.

 voir ici de belles photos et une carte des villages de la Drôme provençale;

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Rédigé par Daniel

Publié dans #Santons Robert Canut

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