lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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A peine sortis du bonheur dans lequel nous baignions dans St pierre, nous voilà projetés dans le labyrinthe infernal des voies rapides, tronçons d'autoroute et autres itinéraires qui s'enchevêtrent et se croisent à la sortie d'Avignon, sans qu'on sache pourtant où on est vraiment ni vers où l'on va. A peine le temps de jeter un oeil sur les panneaux indicateurs qui bien sûr indiquent tout sauf ce que l'on cherche ! Après un bon détour qui nous ramène presque à notre point de d"épart, à force de tourner et retourner dans Avignon, nous arrivons quand même à St Saturnin dans les temps, l'église est encore ouverte et notre ami Lou Ravi est là. Il nous accueille avec toujours autant de disponiblité et répond à toutes nos questions. La crèche occupe la totalité d'une grande chapelle de l'église, pas moins de 70 m², peut-être plus ! Quel choc ! Nous revoilà encore plongés dans un autre monde et le charme opère à nouveau. La crèche est toujours en place, mais en ce 3 février, au lendemain de la Chandeleur, Marie, Joseph et l'enfant ont quitté l'étable. L' âne et le boeuf sont toujours là, le village a repris son rythme habituel et là où était la sainte famille, un paysan retourne la paille avec sa fourche. Cette scène est réellement émouvante car elle parle d'elle-même.
La crèche provençale, comme le veut la tradition se passe au XIXème siècle . A St saturnin aussi. Mais, à côté, sur l'autel des fonds baptismaux, le 2 février, l'histoire reprend ses droits, la scène est totalement biblique, elle se déroule au tout début de notre ère, il y a plus de 2000 ans au temple de Jérusalem quand le vieillard Siméon prend l'enfant dans ses bras et prononce des paroles immortalisées depuis sous la forme du cantique chanté le dimanche soir à l'office de "Complies". Que l'on se réfère ou non à la religion, ces personnages sont émouvants, chargés de sens et de symboles, et ils nous obligent à porter un autre regard sur ces événements, même si pour l'heure ils mettent un point final à la crèche en la sublimant en quelque sorte.







Puis dans l'église, c'est le choc de découvrir tour à tour le sublime rétable du choeur et puis plus loin, comme sortie d'un mirage, la crèche blanche majestueuse devant les colonnes et le portique du temple. Un réel sentiment religieux se dégage de ce tableau d'inspiration biblique.
Que l'on soit croyant ou pas, la beauté du lieu, la richesse de sa décoration, des peintures, des boiseries, du maître-autel inspirent un sentiment profond d'admiration, d'émerveillement et donnent encore plus d'éclat aux visages lumineux des santons. Ils ont l'air sereins, emplis de joie, d'assurance. Nous voilà avec eux hors du temps, emportés dans un rêve, une infinie tendresse, dans un monde apaisé et heureux. Plonger notre regard dans le leur, s'y perdre, se laisser emporter rien que pour un moment. Nous regardons leur visage, mais on dirait que c'est eux qui nous regardent. Ils ne disent rien mais on dirait qu'ils nous parlent tout en étant figés dans leur geste présent qui n'en finit pas de durer. Ils nous enseignent l'éternité. On a alors l'impression que tout s'arrête, que l'on est à l'abri du temps, hors d'atteinte. Le passé est tellement présent dans ses murs. Les boiseries, les tableaux et les sculptures de la nef racontent une histoire que nous parcourons trop vite pour en tirer tout le profit moral qu'il faudrait. L'étrangeté du lieu nous envahit, ignorants que nous sommes des événements innombrables qui ont jalonné sa si longue histoire. Etonnement heureux de découvrir qu'ici dans cette église, mais on ne sait sous quelle dalle précisément, repose Nicolas Saboly l'auteur de tous "les noëls provençaux" qui ont inspiré les premiers santonniers.
Puis nous voilà dehors, à nouveau dans le quotidien des choses. Dehors il fait froid, le vent s'est levé. Mais nous repartons apaisés par cette rencontre joyeuse, comme si nous avions trouvé un secret ineffable, emporté dans nos coeurs avec sa part de mystère.

















