Mercredi 30 mai 2007
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Avec la fin du mois de mai s'achève aussi le mois de Marie. Les santons représentant la Vierge sont différents bien sûr des
statuettes religieuses qui s'apparentent davantage au style Saint Sulpice. Alors que la Vierge de la Nativité exprime l'amour d'une mère pour son enfant, celle de l'imagerie populaire ou de la
statuaire d'église à laquelle on voue un culte, est la mère de Dieu. Dès lors son expression n'est plus celle d'une mère venant de mettre au monde son fils mais celle d'une mère universelle qu'on
vénère et prie. Mais certains santonniers s'efforcent de traduire dans leur création une vision de la Vierge appartenant autant au monde du ciel qu'à celui de la terre. Cette nativité de Roger
Jouve, pièce unique exposée au salon d'Arles 2005, exprime bien cette appartenance à deux mondes.
De même cette scène de la Nativité (salon d'Arles 2006) réalisée avec des santons en plâtre de
style saint sulpicien, prend une dimension spirituelle forte dans ce décor de simplicité naturelle où la neige sur le sol a quelque chose qui évoque le ciel, une ambiance éthérée, propice à la
méditation.
Cette scène réalisée par Robert Canut ( exposition chapelle Ste Thècle, Séguret 2006) évoque davantage l'aspect
humain de la Vierge. Elle rappelle par sa simplicité la mère telle que nous la rencontrons dans la vie de tous les jours. Certes elle est admirative, mais elle apparaît davantage comme une mère
attentive à son nouveau-né. Elle incarne bien l'image populaire, charnelle, de l'amour maternel. Nous sommes bien sur la terre.
A Aubagne, au "Petit monde de Marcel Pagnol", on peut voir pendant la période calendale une très belle crèche avec cette Vierge de Thérèse Neveu.
Recouverte d'un grand manteau bleu, les mains jointes, en prière, cette Vierge est conforme à l'imagerie populaire de
l'époque. Il s'agit bien de la Sainte Vierge et non d'une figure universelle de la mère. Nous revoilà au ciel !

Christiane Devouassoux, Vierge et Enfant. La robe rehaussée de doré apporte comme un rayonnement lumineux à la scène et forme comme une auréole autour de l'Enfant-Jésus. Le mouvement des bras de
la Vierge est certes protecteur, mais il manifeste aussi l'admiration de la Vierge pour son fils qu'elle présente au regard des bergers et du monde. Ici, elle évoque davantage me semble-t'il la
figure de la Mère du fils de Dieu rayonnant de gloire. Nous sommes toujours au ciel !
Cliquer sur les images pour les agrandir. Reproduction interdite des photos sans autorisation.
Vendredi 25 mai 2007
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Je profite de ces derniers jours de mai pour présenter divers visages et attitudes de la Vierge telle que la
voit les santonniers. Chacun a sa propre approche et cherche à exprimer les sentiments qu'elle lui inspire. Regardez.
Robert Canut, Vierge à l'Enfant. Santon de grande taille, environ 30cm, exposé dans son atelier de Tulette.
Crèche de Robert Canut, Vierge à l'Enfant, santon de 20cm environ, exposée dans son atelier de Tulette.
Robert Canut, Vierge déposant l'Enfant-Jésus dans la crèche, exposée dans son atelier de Tulette.
Roger Jouve, pièce unique, exposition de crèches et santons Séguret 2006, Vierge déposant l'Enfant-Jésus dans la
crèche.
Paul Fouque, Vierge à la robe rouge, tenant l'Enfant-Jésus dans ses bras, santon de taille 20cm.
Cliquer sur les images pour les agrandir. Photos Daniel, reproduction interdite.
Mardi 22 mai 2007
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C'était le cantique à la Vierge que l'on chantait en mai. Tous les soirs du mois de mai, à 18 heures, à la sortie de l'école, il
fallait laisser le cartable à la maison, renoncer à jouer avec les amis ou à faire du vélo dans les rues pour courir vite s'enfermer dans l'église et réciter le chapelet alors que le beau
soleil de printemps nous invitait plutôt à aller gambader par les champs ou la campagne, histoire de voir s'il n'y avait pas un cerisier à dépouiller. Pas une paroissienne ne manquait à l'appel de
la cloche, les bancs étaient presque aussi bien garnis qu'à la messe du dimanche. Seuls absents, les hommes qui travaillaient aux vignes ou dans les champs. Le mois de Marie se pratiquait à
l'église mais aussi à la maison. Notre mère installait dans un coin du buffet au fond de la cuisine, une boîte en métal vidée de son contenu premier, à savoir des gateaux secs. Elle la
recouvrait d'un naperon blanc bordé de dentelle que notre grand'mère avait au préalable repassé à l'amidon. Puis elle disposait au centre de ce petit autel improvisé une statue de la Vierge en
porcelaine blanche et dorée. A ses pieds, un petit bouquet de roses provenant du jardin d'une amie ou d'une parente, car nous n'avions pas de rosiers dans les massifs de fleurs de la
cour. Le soir après le repas, c'est à dire après souper et avant d'aller au lit, on récitait la prière du soir en famille devant ce petit oratoire. Une dizaine de "je vous
salue" supplémentaires venait compléter le chapelet de la fin d'après-midi à l'église.
J'aimais bien "le mois de Marie" avec dans chaque maison ses autels garnis et ses bouquets de rose parfumées, mais je trouvais bien longues ces dizaines de chapelet qui n'en finissaient pas. Un "je
vous salue" en appelait sans cesse un autre et le ton monocorde de cette prière répétée indéfiniment prenait un air d'incantation qui me faisait penser à une sorte de formule
magique.
Toutes ces pratiques religieuses ont en fait ouvert à l'enfant que j'étais les portes du rêve et de l'imaginaire. Sorti du monde réel, celui de la religion faisait osciller mes sentiments
d'alors entre la peur de l'enfer et la félicité du ciel. Je me rassurais en admirant le décor, l'apparat et le spectacle de ces cérémonies et de ces rites qui étaient censés nous
faire accéder à la vraie réalité cachée des choses, au mystère divin que l'on percevait à travers les mises en scène propres à chaque événement religieux. Ainsi avec les
mois de Marie tout comme avec les crèches à Noël, c'était un peu une façon de faire descendre le ciel sur terre, c'est à dire plus prosaïquement, sur le buffet de la cuisine.
En effet ces petits oratoires à la Vierge de mai font penser aux scènes de la Nativité de Noël installées jadis dans des niches. La démarche est un peu la-même. Il s'agit de mettre en bonne
place dans sa maison une scène évoquant une fête ou une célébration religieuse. La Sainte Famille autour de l'Enfant-Jésus à Noël, la Vierge au mois de mai. Dans les deux cas la pratique religieuse
déborde du cadre de l'église pour prendre place dans la sphère familiale, apporter au foyer une chaleur supplémentaire, une autre raison de rassembler la famille pour partager le sentiment
éprouvé par la célébration d'une fête, d'un culte. Les premières crèches ne comportaient que les personnages bibliques. La crèche provençale viendra plus tard. Elle sacralisera autour de la Vierge
et de la Sainte famille les gens de tous les jours sous forme de santons. Certes oui, la crèche aujourd'hui sacralise davantage l'art de vivre autrefois en Provence plutôt que la naissance de
Jésus, reléguée bien souvent au fond à gauche. On peut le déplorer, mais pourtant elle sacralise quand même en donnant du sens aux choses du pays, elle instaure un ordre des valeurs qui prend
sa source dans le terroir, la terre et la vie des ancêtres. Au mois de mai, on n'est pas si éloigné que ça de la crèche et des santons.
Vierge en plâtre. Figurine biblique de style saint Sulpice, telle que les réalisait la fabrique de Nantes de
façon courante. Ce modèle malgré une large diffusion garde tout son pouvoir évocateur. Voile blanc, robe bleue correspondent davantage à l'imagerie populaire de la Vierge.
Sylvie de Marans. Nativité sous un porche qui rappelle les chapelles des crèches du XIXème. La Vierge est vêtue
de rouge, couleur de l'esprit, du sang, de la vie.
Cliquer sur les images pour les agrandir.
Photos Daniel, reproduction interdite
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