La nuit du 31 décembre est déjà tombée tout doucement. Demain le jour va se lever sur l'an neuf. Au moment où un peu partout le réveillon se prépare, à l'intention de
celles et ceux dont le chemin va passer ce soir sur mon blog à la recherche de je ne sais quel message, je publie cette photo pour qu'elle réchauffe un peu leur coeur si besoin est. Que la lumière
de la crèche éclaire le jour nouveau de l'année qui va commencer et que sa chaleur réchauffe tous nos coeurs!
Quand je fais ma crèche je ne prépare rien à l'avance, en fait je veux dire que je n'ai pas de plan précis. Je me laisse guider par mon inspiration. Je recrée un paysage avec les matériaux divers
que je trouve tout au long de l'année au hasard de mes promenades au bord des étangs, dans la garrigue ou la campagne. J'installe ensuite dans ce décor les maisons du village et je compose des
scènes en choisissant sur les étagères les santons qui vont donner vie à l'ensemble. Mon choix pour des raisons obscures va presque toujours vers certains santons plutôt que d'autres qui seront
condamnés à faire de la figuration sur les étagères de la pièce d'à côté.
Les bergers et leurs troupeaux prennent tant de place que je j'ai du mal à placer tout le petit peuple des autres santons. Alors je préfère évoquer plutôt que représenter vraiment. Je n'ai pas la
prétention de reproduire par exemple une école avec tous ses détails. Je me contente d'installer maîtres et enfants qui s'éparpillent sur la place transformée en cour de récréation. Mais je les
place sous le regard vigilant des vieux ou des femmes du village, un peu comme cela se passait autrefois dans mon enfance.
J'ai gardé le souvenir de ces vieux et de ces femmes qui ne manquaient pas de nous faire réflexions et commentaires quand, étant enfants, nos cris, nos jeux et nos
amusements les dérangeaient. On les craignait, on se moquait d'eux mais on filait droit. Aujourd'hui personne n'ose plus faire la moindre réflexion. Les jeunes à moto peuvent déranger tout
le village à grand coup d'échappement libre, personne ne dit rien, de peur des réactions à commencer par celles des parents. Et à l'école l'instituteur nous apprenait déjà que la liberté des
uns s'arrête là ou commence celle des autres. C'était le temps où les parents, l'instituteur, le curé, le maire, les vieux incarnaient l'autorité qui présidait à la vie de famille et au train train
quotidien du village.
Tout cela n'est plus que souvenirs ringards et démodés. Pourtant s'il n'est pas question de pleurnicher sur le bon vieux temps (qui n'était pas si bon que ça en fait) on doit s'inquiéter de la
perte des valeurs, des repères sociaux qui formaient un certain savoir-vivre ensemble, comme le repos dominical. Il est vrai qu'au niveau planétaire la barbarie semble gagner du terrain. Je crains
fort que ce ne soit pas demain que les chinois, les russes, les africains et autres habitants du monde vont pouvoir élire librement en toute sérénité démocratique leurs dirigeants. Chez nous aussi
nos institutions garantes de nos libertés ne sont pas à l'abri des tempêtes, et la chute des grands empires financiers n'annonce rien de bon. Le XXIème siècle décidément a mal commencé. Espérons
qu'il finisse mieux!
Santons de Paul Fouque, Robert Canut, atelier Rampal, Karine Fraisse
Voilà enfin les photos de ma crèche dans sa présentation du jour de Noël. Joseph, Marie et
l'Enfant sont bien à leur place et leur présence donne soudain tout son sens à cette scène où chaque personnage joue son propre rôle pour commémorer cet événement vieux de 2008 ans que notre
culture s'est appropriée en peuplant la crèche de santons. L'histoire de la Nativité racontée par nos Pastorales n'est plus tout à fait conforme au récit des Evangiles. Bethléem se déplace dans nos
villages. Aux bergers éveillés par l'Ange viennent s'ajouter nos villageois. Ensemble ils se dirigent vers l'étable pour aller adorer le Nouveau-Né. La scène de l'adoration des bergers a inspiré
les plus grands peintres et dans de nombreuses églises le soir de Noël a lieu le pastrage, l'offrande de l'agneau porté sur une petite charrette attelée à un bélier. Ailleurs ce sont les produits
du terroir que viennent offrir les gens du pays en costume traditionnel. A Séguret c'est le Mystère des Bergers dont les paroles transmises oralement depuis des générations ont été consignées par
écrit il y a peu popur ne pas les perdre.
Toutes ces traditions sont vivantes, ancrées au coeur des gens attachés à leur pays. Elles sont fortes, ont un sens profond, mais elles sont fragiles et sont souvent dévoyées par un tourisme de
pacotille qui les ravale au rang de simple marchandise. La démarche culturelle est remplacée trop souvent par l'acte touristique consistant à acheter un objet, un séjour, un repas, une visite,
autant d'actes porteurs d'une émotion furtive tintée de couleur locale. Le santon est devenu une industrie, il a son marché, ses techniques de vente en grande surface qui n'ont rien à voir avec nos
boutiques des marchés de Noël. Désormais, pauvre de nous, on n'hésite pas à faire une étude de marché avant de lancer un nouveau modèle qui sera bien sûr accompagné de son emballage pour mieux le
vendre. On appelle ça la technique du packaging. Le drame c'est que dans cette affaire, les traditions, dévoyées au rang de marchandises de luxe pour bobos en manque d'authenticité ou de
produits populaires banalisés pour touristes pressés, perdent tout leur sens, leur vraie raison d'être et à ce jeu les vrais santonniers, les petits artisans gardiens fidèles de nos
traditions tirent de plus en plus le diable par la queue. Tout cela je l'ai déjà dit cent fois. Je le sais, je me répète et je rabache mais il faut rester vigilant, défendre nos traditions contre
une certaine exploitation commerciale qui a des allures barbares inquiétantes. Le sens profond des choses, de certains gestes, rites et arts de vivre, se perd dans la nuit des temps et ne peut pas
se vendre sans se dénaturer. Non, nos traditions comme nos âmes ne sont pas à vendre.
Leituro dóu Sant Evangèli segound Sant Lu 2: 15 à 20
Quand lis ange lis aguèron leissa, li pastre se disien entre éli:
—Anen à Betelèn pèr vèire ço que s'es passa e que lou Segnour nous a fa
saupre.
Se despachèron de i'ana e troubèron Marìo e Jóusè e l'Enfantoun coucha dins la
grùpi.
Quand aguèron vist, faguèron saupre ço que i'èro esta di d'aquel Enfant, e tóutis aquéli
que lis ausissien èron dins l'amiracioun de ço que ié disien li pastre.
Marìo recatavo tóutis aquéli causo e li remenavo dins soun cor.
Li pastre s'entournèron en glourificant e lausant Diéu pèr tout ço qu'avien ausi e
vist:
tout èro bèn coume i'èro esta
anouncia.
Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux
autres:
-"Allons jusqu'à Bethlehem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait
connaître." Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche.
Après l'avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant.
Tous ceux qui les entendirent furent dans l'étonnement de ce que leur disaient les bergers.
Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son coeur.
Et les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient
entendu et vu, et qui était conforme à ce qui leur avait été annoncé.
:
La crèche et les santons.
la vie rurale de jadis à maintenant.
nos traditions.
Ma fenêtre ouverte sur la planète, depuis Beaulieu, ce village perdu dans l'univers.
Selon les statistiques d'Over-blog, au 14 octobre 2009: 146783 visiteurs uniques sont venus sur mon blog et ont consulté 546428 pages.
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