Les cousines de Margarido

Publié le 27 Juin 2006

Margarido, c'est Marguerite en provençal, enfin je veux dire en français. Voilà un prénom qui a inspiré diversementles santonniers comme nous le verrons plus loin. Dans nos familles il n'était pas rare d'entendre parler de la cousine Marguerite, une cousine éloignée qu'on ne voyait que pour les grandes occasions, enterrements et mariages. Chez nous il y en avait deux ou trois. J'ai oublié leur nom mais pas leurs mauvaises manières. Elles savaient tout sur tout le monde, au courant du moindre fait et geste, sachant tout sur le curé et les paroissiens, mais elles ignoraient hélas l'existence et l'usage de la pince à épiler. Avec mes frères on se moquait d'elles mais on les redoutait quand, enfants, on devait subir la corvée de leurs embrassades. Les poils de leur visage nous piquaient et leurs lèvres humides mouillaient nos joues qu'on essuyait aussitôt d'une revers de manche. En plus elles nous dévisageaient de la tête aux pieds et je n'aimais pas subir cet examen minutieux qu'elles nous faisaient subir de leur regard perçant avec les  commentaires savants qui ne manquaient pas de suivre sur nos airs de ressemblance avec l'oncle Emile ou la tante Margot auxquels je ne voulais surtout pas être comparés. A chaque fois elles nous trouvaient plus grands, plus ceci et plus cela. Elles se plaignaient toujours de leurs rhumatismes, de la gelée ou du mildiou dans les vignes et il fallait que nos parents commentent devant elles nos résultats scolaires pour achever d'assouvir leur curiosité. je les voyais bien dans le rôle des mauvaises fées des contes d'alors. Je préfère les Margarido comme les santonniers les représentent en génral. Elles n'ont pas de compte à régler avec la famille ni avec personne, affairées qu'elles sont. Elles se donnent à leur occupation du moment ou au travail qu'elles accomplissent, elles ont toujours quelque chose à faire. Elles sont attachantes dans la simplicité de leur geste et me rappellent un peu ma grand'mère.

Voici ces quatre santons, quatre vieilles femmes dans le feu de l'action qui n'ont pas le temps de blaguer. Elles portent sur elle ce qu'elles vont aller offrir à la crèche, ce qu'elles savent faire de mieux ou qu'elles peuvent donner, comme ce fagot, ce tonnelet de vin, cette cruche d'eau, ce panier de fruits. Elles font partie des santons dits offrants. Anonymes, non signés, non datés, ces santons venus je ne sais d'où via internet revivent sur mon étagère. les vieilles au fagot,  y a belle lurette qu'on ne les voit plus dans les rues du village, depuis qu'on ne fait plus de flambée les jours de lessive. Il n'y a même plus plus de jour de lessive. Les machines s'en chargent, et en plus de laver le linge elles le sèchent aussi. Bientôt elles le repasseront ou alors on ne mettra plus que des vêtements jetables à usage unque comme les mouchoirs. Et dire que je garde dans mon armoire des roupilles que je ne mets plus depuis des lustres mais auxquelles je porte une grande vénération en raison des souvenirs qu'elles me racontent quand je les retrouve enfouies au fond d'un tiroir ou pendues à un cintre. Jeter ses vieux habits, quelle idée,  comme si on pouvait jeter ses souvenirs à la poubelle. Et puis j'aime bien les remettre mes vieux habits de temps en temps, histoire de faire revivre ce qu'ils me rappellent, de rester fidèle à moi, de me retrouver un peu plus neuf, et surtout de ne pas trahir son passé. Allez, va, bonne nuit quand même à Margarido et à ses cousines. c'étaient de braves femmes.

 

santons anonymes, anciens mais non datés, le second a été repeind (mal). Les deux derniers à droite pourraient à mon avis être beaucoup plus anciens, mais c'est leur histoire, je ne la connais pas, c'est leur secret et c'est bien ainsi...

Rédigé par Daniel

Publié dans #crèches et santons

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Tartine 30/09/2006 21:48

Très sympa ce site et vos santons.
Ravie d'avoir fait un tour dans votre monde, très agréable.
Bonne continuation
Tartine