lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.

Mon blog raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.

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Vendredi 16 juin 2006

Je ne sais pas si on cueille les olives ou si on les récolte. Chez nous on les ramassait, tout comme pour les cerises et la vendange. On ne connaissait pas le verbe oliver qui s'utilise pas loin d'ici, ni les mots oliveurs, oliveuses, comme expliqué ici sur ce site.

La table de la cuisine servait à tout. Pour cuisiner d'abord, pour manger ensuite. Sauf qu'on ne mangeait pas, on passait à table. Elle servait tout aussi bien de bureau que de planche à repasser ou de plan à couture sur lequel venaient s'étaler les patrons découpés dans le "Mode et Tricots" d'alors pour servir de modèle aux robes que la couturière du village surchargée de travail n'avait pas le temps de faire. En fait c'était la solution la plus économe et notre grand'mère s'installait tous les après-midis devant sa machine à coudre.

La table de la cuisine était à elle seule toute une institution. Tellement sollicitée qu'elle ne pouvait pas servir à tout. Difficile de trouver un espace libre le soir pour étaler livres et cahiers sans courir le risque des taches de graisse et de la punitiion inévitable qui s'en suivrait le lendemain quand l'instituteur exhiberait à la vue de tous les preuves de la salissure infligée au digne défenseur de  l'école laïque. Mes frères et soeur avaient le privilège defaire leurs devoirs d'écoliers sur des petits bureaux rabattables installés à grands frais frâce à la volonté tenace de notre mère contre un mur de la cuisine avec un beau rayonnage dessus pour ranger leurs affaires. Mais il n'y avait que trois planches de travail à partager pour quatre. Nous étions cinq enfants, mais mon frère aîné n'allait plus à l'école. Etant le pequelet,  je dûs renoncer à avoir mon casier. Mes larmes et mon désarroi étaient tels que notre grand'mère qui vivait à l'étage au-dessus m'ouvrit le battant de la table ronde de sa petite cuisine pour venir y faire mes devoirs. C'était un privilège car sa table servait plus à la couture et au repassage qu'à la cuisine. Elle avait un vieux fer électrique qui fonctionnait par miracle en faisant courir de grands risques à l'installation électrique au combien sommaire de la maison. Avec ce petit fer  à la poignée de bois elle faisait par contre de vrais miracles. Sous ses doigts de fée le linge perdait le moindre des ses plis. Elle amidonnait les chemises blanches et preuve suprême de son art, ma marraine, sacristine en chef de l'église lui confiait la veille des grandes fêtes les plus belles nappes de l'église pour leur rendre tout leur éclat. Enfant de choeur, je pouvais admirer avec fierté le trésultat de ses soins le dimanche à la messe. Elle tricotait des pulls pour toute la maison y compris ces grosses chaussettes de laine qui grattaient la peau et boudinaient sur les chevilles. Mais elle avait un secret. Un soir d'hiver, après m'avoir fait réciter je ne sais plus quelle leçon elle me confia non sans regret ni nostalgie dans sa voix que Mademoiselle Cusset, son institutrice aurait voulu la pousser à faire des études pour devenir comme elle. Notre grand'mère avait envie d'étudier puis d'enseigner, mais pour ses parents la question ne se posait même pas. Impensable pour une femme de travailler hors du foyer. Ce soir là j'ai lu de la peine dans ses yeux qui ne pleuraient jamais. Alors elle se rattrappait un peu en mettant tout son coeur à m'aider pour faire mes devoirs et à apprendre mes leçons, avec chaque soir une nouvelle strophe d'une poésie et non d'un poème, mot qui devait désigner dans notre imaginaire de grandes oeuvres poétiques étrangères à notre monde. C'est à ma grand'mère que je dois l'envie de lire et de savoir qui ne m'a jamais quittée depuis.

La table de la cuisine d'en bas, c'est ainsi qu'on l'appelait, était recouverte d'une toile cirée fatiguée qu'on ne changeait pas souvent car telle un oeuvre d'art, elle était solidement encadrée par des baguettes afin de l'empêcher de bouger quand on passait l'éponge dessus pour la nettoyer. Donc, à l'époque du ramassage des olives, le soir après le repas pris en famille, une fois la table débarrassée, notre père clouait deux planchettes de chaque côté de la table sur sa longueur, par-dessus les baguettes qui retenaient la toile cirée. Il pouvait alors vider sur la table un sac d'olives qui s'étalaient sans tomber, car retenues par les planchettes. Alors le tri pouvait commencer. J'aimais faire glisser ensuite les olives dans le sac disposé en tête de la table. La table prenait alors la dimension d'une véritable machine à trier les olives qui m'émerveillait. Cette table avait des pouvoirs magnifiques que révélait le génie bricoleur de notre père. Du coup j'avais encore plus de respect pour les déchirures et les traces d'usure que de nombreux passages d'olives avaient infligé à la toile cirée.

J'ai fait cette photo de mes ramasseurs d'olive avec au centre les 3 santons de Roger Jouve. Celuis d e la femme aux deux paniers est  particulièrement magnifique.
Celui de droite, à genoux au fond est d'Escoffier.
Celui de derrière la femme est de Richard à Aix, il a un très beau visage.

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