lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
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raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.
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Il va son train dans les rues du village en criant et chantant d'une seule voix : "peillarot peillarooot, pel de lapin, pel de lapin, y a pas des peilles?". Le peillarot c'est le chiffonnier, il récupère les vieux habits, les chiffons, les peilles. Il porte sur le dos un grand baluchon dans lequel il enfouit tout ce qu'il ramasse. Parfois il promène une vieille poussette d'enfant pour charger sa marchandise. Il fait peur aux enfants qui ne comprennent pas ce qu'il peut bien faire de toutes ces vieilles "roupilles". Une activité aussi mystérieuse ne pouvait être à nos yeux que suspecte, cacher autre chose. De là à le soupçonner de se livrer à je ne sais quel trafic d'enlèvement d'enfants pas sages à l'école... le pas était vite franchi surtout quand certains jours flottait dans l'air des menaces du genre : si tu ne travailles pas bien à l'école, le peillarot t'emportera quand il passera". La réputation d'ivrogne qui collait au personnage n'était pas faite non plus pour nous rassurer bien au contraire elle ne faisait qu'aggraver notre peur. Voilà un personnage des rues pour lequel je n'ai jamais éprouvé la moindre sympathie, rien qu'à l'entendre s'approcher de la maison en vocalisant son "peillaroooot, pel de lapin..." j'étais terrorisé, mais par curiosité ou rien que parce que sa venue était un évènement important de la vie du village, j'observais ces faits et gestes. Quand on n'avait pas de peilles à lui donner il demandait comme en compensation à sa déception si on ne pouvait pas lui donner un peu de vin à boire dans une vieille boîte de conserve qui lui servait de verre. Notre père lui donnait du vin, mais notre mère lui faisait la morale et versait dans sa gamelle improvisée deux ou trois louches de bonne soupe en lui disant que ça lui ferait davantage de bien. Le peillarot faisait partie des pauvres qui passaient auxquels on donnait toujours un morceau de pain et de la soupe.
Le chiffonnier de Paul Fouque ressemble bien au peillarot de mon enfance. A le voir avec son grand sac sur l'épaule je comprends qu'il ait pu m'inspirer autant de terreur que de curiosité. Personnage des rues, montré du doigt par les braves gens, comme le gitan, c'est un exclu de la société. Cela suffit à le rendre attachant et à pardonner son ivrognerie. Il a droit pour cela à une place d'honneur dans la crèche. Mais à part Paul Fouque et quelques autres, je n'ai guère vu de santonniers lui réserver les honneurs de l'argile.

Paul FOUQUE, le chiffonnier, 13cm.
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Merci Daniel pour ce bel article qui m'a beaucoup touchée. Ton "peillarot" est effectivement un eprsonnage clé de la crèche puisqu'il en est une des catégories les plus humbles. Il est décliné de façon différente selon les régions. dans les hauts cantons de l'Hérault, on ne dit pas "peillarot" mais "pelhaïre". Et ici en Provence on dit "estrassaïre" (qui ramasse les "tras") : celui d'Escoffier me semble en être un bel exemple.