Le dernier des grands santonniers

Publié le 1 Avril 2006

 

 

Nous voilà arrivés chez Robert Canut. Je connais bien son atelier et sa boutique. comme à l'accoutumé, ses étagères sont très peu garnies. Il travaille sur commande et a pas grand chose à proposer aux visiteurs. Parmi quelques rares santons de 16 cm une très belle contadine ( nous sommes à Tulette dans le Comtat venessain) et un gitan avec sa cape rouge et noire, son foulard, son poignard à la main. Je ne résisterai pas longtemps. Chez Canut, il faut prendre sans hésiter ce que l'on trouve.

Je lui fais voir des photos de ma crèche avec ses santons. Cela lui fait plaisir de voir ce que deviennent ses créatures et dans quel monde elles revivent une fois sorties de son atelier. Je lui offre des photos noir et blanc de quelques uns de ses santons que j'ai imprimés sur ordinateur au format A3, notamment la charrette, le laboureur, le maréchal ferrant, la cardeuse, un berger 16 cm avec à côté l'homme à la poule de Carbonel en 16 cm lui aussi. Cette proximité ne lui déplait pas. Il a bien connu Carbonel et a travaillé chez lui avant de se mettre à son compte.

Il aime évoquer son passé, son métier qui est tout pour lui. La retraite il en parle mais il ne l'envisage pas tant qu'il pourra modeler, sculpter, mouler, assembler, peindre, inlassablement malgré les tracas de tout un chacun. Avec ses cheveux gris en broussaille, son éternel brin de romarin à la bouche ou à l'oreille, son grand tablier, son chapeau à larges bords, il est à lui tout seul tous les santons de sa création.  Il est pour moi le dernier des grands santonniers du siècle écoulé. Gardien d'une vraie tradition, travaillant tout seul, faisant tout lui-même, ne sous-traitant rien à personne qu'à lui-même...

Chez lui, pas de partie de cartes ni de joueurs de pétanque ni même de de coupeur ou coupeuse de lavande, que des santons traditionnels, des bergers, des offrants, les métiers des villages d'autrefois. Des santons rares qu'on ne voit que chez lui comme la femme allaitant son bébé. Des couleurs qu'il fait lui-même en les broyant au pilon. 

Je viens régulièrement chez lui depuis 5 ou 6 années. Cette ancienneté relative me donne suffisamment d'assurance pour m'autoriser à le prendre en photo à sa table de travail sans avoir l'impression fâcheuse de jouer aux intrus voleurs d'images. La photo, si elle est bonne, je la publierai ici, mais il faudra attendre un peu car je me sers encore de mon appareil que l'on qualifie désormais d'argentique, en référence à un passé technologique révolu. Mais rassurez-vous, je sais m'adapter aux choses nouvelles. Je ne les boude pas si elles sont avantageuses et je compte bien passer d'ici peu au numérique.

 voir ici de belles photos et une carte des villages de la Drôme provençale;

Rédigé par Daniel

Publié dans #Santons Robert Canut

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Moâ 03/04/2006 18:24

Bsr Daniel  :-)Une petite visite à tes santons, et un amical bonsoir!@ Bientôt, byeeeee

knoum 02/04/2006 13:45

Merci pour cette belle évocation de R. Canut, qui donne envie de découvrir ce santonnier si on ne le connait pas déjà. On savait ce qu'il avait d'âme dans la fabrication de ces petits personnages en argile, mais là, avec cet article, "lou santonejaïre" devient poète ! J'attends avec impatience les photos de l'atelier Canut.