Isoline, Gaston, bergers et moutons

Publié le 31 Mars 2006

 

 

J'arrive d'une journée de visite chez deux santonniers. Cela faisait longtemps que je voulais découvrir l'atelier d'Isoline Fontanille. A moins d'une heure de chez moi, dans le Gard, entre Roquemaure et Avignon nous voilà dans la Provence gardoise. Découvrir l'atelier d'Isoline, quel bonheur ! Voilà un lieu qui a une âme, une maison sur trois niveaux consacrée aux santons. Sa maman occupe un étage où elle crée de purs chefs d'oeuvre, des santons habillés qui n'ont rien à voir avec ceux que l'on voit d'habitude. Elle n'utilise que des tissus anciens, à petits motifs, coud les vêtements à la main, avec des plissés épousant les mouvements du corps des personnages. Elle réalise en terre cuite visages et les mains avec une finesse incroyable. On coirait des sculptures habillées. J'en croyais pas mes yeux, moi qui n'aime pas les santons habillés car ils ressemblent trop souvent, à mon goût, à des poupées folkloriques plus ou moins bien finies.

Les santons d'Isoline lui ressemblent. Ils racontent une belle histoire de famille. Sa maman lui a transmis l'amour du travail bien fait, un art qui dit la vérité des choses. Avec un père, santonnier lui aussi, et un compagnon qui partage sa passion, les santons d'Isoline puisent leur force à la source même de la vie.

Bref, après deux heures passées à admirer ses bergers et ses troupeaux de moutons, ses chèvres, ses ânes, ses taureaux de Camargue, ses gardians à cheval, ses arlésiennes, avec les deux personnes qui m'accompagnaient nous n'arrêtions pas de dévorer des yeux tout ce petit monde, de tomber sous le charme, de nous émouvoir, de discuter avec elle, sa maman, son mari. Deux heures ont passé. Tant de disponibilité que je n'ai pas osé gacher ce pur plaisir en jouant les touristes japonais. Mille excuses, mais je n'ai pas fait de photos, ça aurait été déplacé. Je reviendrais exprès pour cela.

Je suis reparti avec deux bergers et une option pour une scène de transhumance. Dans ma crèche bergers et troupeaux de moutons occupent une place importante. A mes yeux ils représentent les personnages et les animaux les plus importants de la crèche. Ils sont présents en nombre, sous toutes les formes et toutes les tailles.

Quand j'étais enfant il y avait un berger dans la maison d'en face la nôtre. C'était Gaston et son troupeau de moutons. Je le revois encore comme je revois son épouse Emilie et ses deux soeurs qui vivaient là. Au jeune couple qui a racheté cette maison qui a changé souvent de main depuis lors, je dis quand j'évoque avec eux le village d'antan, qu'ils habitent la maison d'Emilie. Elle aimait les fleurs. Elle disposait des pots de géranium et autres tout le long du porche qui menait jusque chez elle. Elle aimait sa maison et nous donnait par ses fleurs envie de l'aimer. Tout a changé, les maisons voisines sont en chantier de rénovation. Tout change, mais rien n'y fait, cette maison reste à jamais pour moi celle d'Emilie. Les gens ne meurent vraiment que lorsqu'on les oublie.

Il y avait alors au village au moins 3 bergers avec chacun son troupeau. A Paques, il arrivait que l'un d'entr'eux offre à notre père un gigot d'agneau pour le remercier de l'avoir autorisé à faire paître le troupeau sur une terre où poussait le thym et la sarriette, où aujourd'hui je "fais venir" fleurs et légumes.

En quittant la maison d'Isoline, après un rapide repas pique-nique au bord d'une vigne (au coeur du vignoble des côtes du Rhône) nous avons poussé notre périple jusqu' à Tulette, chez Robert Canut. Nous voilà vite en Drôme provençale, pas loin d'Orange, avec le Ventoux en fond de décor, les dentelles de Montmirail, et toujours le célèbre vignoble. Quelle chance pour les habitants de ce pays béni des dieux où coule le vin mais aussi le miel et lait des chèvres et des brebis! Quelle chance aussi de l'avoir à notre portée, pas loin de chez nous. Cela ne veut pas dire que les choses se passent mieux ici qu'ailleurs, mais tant qu'à être malheureux sur cette terre, autant l'être ici plutôt qu'ailleurs. Les gens d'ici, somme toute, doivent être un peu comme "mieux malheureux". Je ne crois pas au bonheur, mais à tout ce qui nous permet de rendre heureux nos malheurs. Mes yeux se ferment, il est tard, une journée d'émotions fortes, même joyeuses, ça fatigue, notre visite chez Canut, je la raconterai demain.

Deux photos de santons d'Isoline à voir en bas de page du site. Cliquer ici pour y accéder.

dentelles de Montmirail à voir ici et ici.

Rédigé par Daniel

Publié dans #santonniers

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