lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.

Mon blog raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.

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Vendredi 17 mars 2006

photo Yves. 
Au milieu, au fond l'instituteur de Paul Fouque
devant à droite la mère aux deuxs enfants de Robert Canut

 

Je suis resté à l’école primaire de mon village de mon village jusqu’à l’âge de 11 ans. J’étais souvent classé dans les premiers, mais je n’avais guère de mérite, nous ne dépassions pas la dizaine d’élèves inscrits au même cours. J’aimais apprendre, j’avais bonne mémoire. Tous les soirs je révisais mes leçons que ma grand’mère me faisait réciter dès la sortie de classe afin de pouvoir jouer ensuite sans ce souci. J’avais alors l’impression que l’enseignement de l’instituteur englobait tout le savoir du monde. Je n’imaginais pas un seul instant qu’il puisse y avoir d’autres connaissances que celles qu’il nous apprenait. C’est dire le respect que nous lui portions.

Il n’allait pas à l’église, sauf pour les enterrements. Mais tous les gens, d’église ou pas, s’accordaient pour mettre à son crédit de grandes valeurs morales. J’avais sous mes yeux l’exemple même de ce qu’était l’opposition entre la foi et le savoir, la croyance et la raison. Je le plaignais en pensant qu’il risquait tout droit l’enfer réservé aux mécréants de son espèce. J’ai même dû prier pour le salut de son âme lors d’une mission. Chaque soir pendant la semaine que durait la mission, un moine venait prêcher pour raviver la foi des ouailles à grand renfort de sermons qui venaient troubler la vie paisible des paroissiens. Simples pécheurs ordinaires le lundi, ils se découvraient pécheurs mortels le samedi à la sortie du prêche. J’ai gardé un souvenir terrifiant de ce père prédicateur aux allures de grand inquisiteur.

Il arrivait souvent de désigner notre maître d’école du seul nom de « Monsieur ». Il avait le privilège d’une sorte de titre de noblesse que l’énoncé de ce seul qualificatif lui conférait. Il représentait pour moi l’incarnation du savoir encyclopédique, surtout quand il sortait du placard des tubes, des éprouvettes et divers instruments de mesure, pour faire des expériences de physique ou chimie qui nous laissaient ébahis.

Je le revois encore verser du vinaigre sur un bloc de calcaire ou nous expliquer les secrets de la vie végétale en décortiquant les jeunes pousses de blé, de pois-chiche ou autres lentilles qu’il nous avait demandés de faire germer quinze jours avant dans du coton humide disposé sur le fond d’un couvercle usagé de boîte à cirage. Un sourire incrédule traversait son regard quand en leçon d’histoire il évoquait avec une pointe d’ironie les voix entendues par Jeanne d’Arc. Il n’osait pas les contester de front par respect pour la liberté d’opinion. Avec lui, la république et le goupillon faisaient bon ménage.

 Si je ne mets pas de curé dans ma crèche, c’est parce que, comme le disent si bien les provençaux de ma pastorale imaginaire, « le petit niston qui vient de naître ne les a pas encore inventés » !

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