Crise de civilisation et "décivilisation".

Publié le 10 Janvier 2008

Entendu ce matin sur France Inter le philosophe Alain Finkielkraut s'exprimer à propos de la politique de civilisation sur ce qu'il appelle le processus de "décivilisation" dans lequel nous sommes engagés et qui se caractérise en particulier par une invitation constante à la bassesse, la vulgarité.
Il prend pour exemple une émission de Thierry Ardisson sur Canal Plus, lequel, entouré de sa bande de joyeux lurons, tournait ouvertement en dérision la mort du cardinal Lustiger, qualifiée de mort la moins importante de 2007! 
Dans cet exemple le rire a quelque-chose d'abject, d'autant plus que ce sont des people, des gens connus qui s'amusent de leur goujaterie et l'offrent en spectacle.
C'est tout le contraire de la culture enchaîne alors Finkielkraut, la culture dit-il, c'est la recherche d'un plaisir difficile.
Il en appelle si j'ai bien compris, au risque de déformer sa pensée en tentant de la résumer, à une nouvelle Renaissance fondée sur les acquis de la civilisation.
Un journaliste intervient à son tour et compare la dernière prestation du Chef de l'Etat devant la presse à un numéro de cabaret.
Finkielkraut dénonce ensuite la mainmise du show-biz sur les activités humaines. Il parle de la politique spectacle. Il dénonce ces célébrités qui réclament le droit à l'ignoble.

Tout cela me rend mal à l'aise et a pour effet de m'éloigner de mon temps, de prendre mes distances avec mon mon époque et me conforte dans mon attachement pour ce que j'appelle la tradition, cette nostalgie de l'art de vivre d'autrefois que l'on retrouve aujourd'hui encore à travers nombre d'expressions et de pratiques culturelles qui ont survécu. L'art de la crèche en fait partie. C'est une survivance du passé. Pourtant la crèche et les santons sont eux aussi pris dans la tourmente, la galère du processus de décivilisation. L'art de la crèche et des santons évolue bien sûr. Mais le santon est considéré parfois comme un produit industriel. Il est détourné de sa signification première quand un fabricant distribue sa production dans un réseau de grandes surfaces. Certes il reste encore heureusement une majorité de santonniers artisans  qui respectent leur art et travaillent selon des méthodes héritées du passé. Mais le mal est fait, la tradition  vendue  selon les règles du marketing perd son âme et sa raison d'être, elle se banalise, devient un produit  mis en solde une fois passées les fêtes. Des santons en solde comme de simples chemises que l'on jette une fois que la mode est passée.
Là, c'est un santonnier qui fait un étude de marché avant de  lancer un nouveau type de santon présenté dans son emballage comme une savonnette ou je ne sais quel nouveau gadget.
Ailleurs, c'est un véritable artisan santonnier qui loin de toute préoccupation commerciale a l'heureuse idée de rendre hommage à un personnage au grand coeur et qui à ce titre mérite bien de figurer en bonne place dans la crèche. Mais non, la générosité de cet honnête santonnier est stopppée net. Il se voit interdit de poursuivre son travail au titre du droit à la protection de l'image de la personne en question. Comme s'il avait voulu voler son image ou la vendre, alors qu'il ne voulait que lui rendre un simple hommage mérité.

De plus en plus on voit des amateurs de crèches et santons recréer dans leurs décors l'ambiance d'un village provençal imaginaire qui n'a pas grand chose à voir avec la vraie richesse du mode de vie traditionnel provençal. La scène de la nativité est banalisée au profit de la pétanque, la partie de cartes, la lavande, les étals de marché qui tiennent lieu désormais de référent culturel et semblent suffire à exprimer ce que la Provence offrirait de meilleur. Comme si la culture provençale  se réduisait à ces clichés superficiels, certes spectaculaires mais des plus ordinaires. Finies les valeurs véritables de la vie rurale et pastorale d'autrefois. Oubliés les Mistral, Giono, Mauron et autres auteurs du félibrige, ces mainteneurs de la langue, ces troubadours, poètes, conteurs ou romanciers qui exprimaient la vérité profonde d'un peuple, d'une culture, d'une civilisation.

Ci-dessous: crèche et rois Mages de Marcel Carbonel exposées cette année au salon de  Séguret, bastion de la vraie tradition provençale.

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Rédigé par Daniel

Publié dans #La Vierge - Joseph et Nativités

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Santounette 13/01/2008 15:10

Pour ce qui me concerne, les évolutions ne me dérangent pas tant que l'on reste dans l'harmonie et le respect des traditions. Pagnol et son univers ont inspiré bon nombre de santonniers effectivement là aussi tout est question de nuance. En ce qui concerne le santon de l'abbé Pierre je suis scandalisée de voir l'arrêt de sa production pour les mêmes raisons que toi. J'en protite pour te souhaiter une bonne année.Santounette

finquebecois 11/01/2008 13:37

Bonjour Daniel,Nos meilleurs voeux depuis Antsirabe, où Julie a fait une jolie crèche sur la cheminée du salon ; avec des santons familliaux je suis sûr !J'aime cette réflexion, que les études de marché et le droit à l'image affecte l'originalité, même chez les santonniers. Chez les Dogons, on observe la même sclérose dans la fabrication des masques traditionnels. Certains caractères n'évoluent plus pour répondre à un besoins surprenant : les attentes et les goûts des touristes.Au plaisir de te voir passer aufinfondduquebec et bonne année.

Daniel 11/01/2008 15:06

Merci et melleurs voeux pour vous aussi et pour Julie bien sûr. Entre  Madagascar et Le Québec j'ai hésité un peu avant de te reconnaître, c'est le prénom de Julie qui m' a mis sur la piste. Très heureux de te retrouver ici et de connaître ton blog.  Bises.

alysiane 11/01/2008 12:16

J'ai oublié, au sujet de la partie de cartes, je l'accepte dans la mesure où  elle représente une facette du coté méridional des Provençaux  mais mettre  comme certains un gros plan sur les fesses de Fanny  ajoute une note graveleuse  qui nuit à l'ensemble. j'accepte que certains la placent ,mais alors  SVP un peu de tact  essayez de la placer en retrait!  même chose pour le cagadou. Présents si l'on veut mais trés discrets, pour ne pas rabaisser la crèche!!Voilà cela n'engage que moi et je me trouve quand même assez tolérante !

Daniel 11/01/2008 15:52

Oui bien sûr le côté méridional des provençaux est sympathique et réel, mais ce n'est comme tu le dis si bien qu'une facette. La vie dans les villages d'autrefois était dure et difficile, il y avait des moments de fête bien sûr et le soir après le travail, les hommes allaient au café pour parler, échanger les nouvelles et aussi faire une partie de cartes et le perdant payait l'apéritif. Mais à voir certaines crèches de fadas on pourrait croire qu'ils s'amusaient toute la journée !Oui je te trouve très tolérante,t car pour moi, ni Fanny ni le cagadou ni le cagaire n'ont  leur place dans aucun endroit, même cachés derrière un coin de la crèche !amitiés

alysiane 11/01/2008 12:06

Tout à fait d' accord avec  toi, Mais  j'émets un bémol en ce qui concerne l'ajout de certaines scènes  typiques de la Provence Traditionnelle comme les lavandes, la fenaison ,les vignes  etc... (pourquoi pas la partie de cartes car elle symbolise un grand écrivain Pagnol,) tout est dans le bon ton, l'harmonie, le respect de l'Essentiel : la naissance de Jésus , une montée symbolique de personnes qui apportent des cadeaux (l'Oufferta  en Niçois), et une trés belle mise en valeur de la scène de la Nativité avec respect de la chronologie arrivéee des mages seulement le 6 janvier...Que penser ausi des dérives modernes comme l'arrivée du TGV à côté du lavoir? (creche d'Armand 07 sur MCP) J'ai été tratée d'Intolérante quand j'ai donné mon avis? le suis je?J'espère que beaucoup de Fadas réagiront!

Daniel 11/01/2008 15:41

Bonjour et merci Alysiane.  Oui je suis d'acord avec toi. En fait ce que je déplore c'est la tendance à privilégier dans les crèches l'accessoire au détriment de l'essentiel. Les scènes de vendanges, fenaison, travaux des champs et autres racontent la vérité de la ruralité provençale et permettent de mieux connaître qui sont en fait tous ces porteurs d'offrandes qui cheminent vers la crèche. Mais les joueurs de cartes ou de pétanque que l'on installe trop souvent bien ostensiblement, donnent me semble-t'il une image caricaturale de la Provence et je ne vois pas ce qu'ils viennent faire dans la crèche et à plus forte raison quand l'essentiel comme tu le dis si bien, n'est pas respecté.  Trop de crèches à mon avis ne donnent pas à la nativité la place qui lui revient de droit.Je ne conteste pas le talent de Pagnol mais son oeuvre n'a pas la dimension culturelle de celle des Mistral, Giono et tous les autres.  Je préfère voir figurer la scène de la pastorale où Pistachié est sorti du puits par ses amis tirant la corde sous le regard de Margarido. Nos compères, même s'ils sont un peu ivrognes finissent par arriver à la crèche. Leur histoire a un sens.  Tout à fait d'accord avec toi sur le TGV. La crèche provençale se fait normalement dans un cadre évocateur de la vie rurale au XIXème siècle.