C'est le mois de Marie, c'est le mois le plus beau...

Publié le 22 Mai 2007

C'était le cantique à la Vierge que l'on chantait en mai. Tous les soirs du mois de mai, à 18 heures, à la sortie de l'école, il fallait laisser le cartable à la maison, renoncer à jouer avec les amis ou à faire du vélo dans les rues pour courir vite s'enfermer dans l'église et réciter le chapelet alors que le beau soleil de printemps nous invitait plutôt à aller gambader par les champs ou la campagne, histoire de voir s'il n'y avait pas un cerisier à dépouiller. Pas une paroissienne ne manquait à l'appel de la cloche, les bancs étaient presque aussi bien garnis qu'à la messe du dimanche. Seuls absents, les hommes qui travaillaient aux vignes ou dans les champs. Le mois de Marie se pratiquait à l'église mais aussi à la maison. Notre mère installait dans un coin du buffet au fond de la cuisine, une boîte en métal vidée de son contenu premier, à savoir des gateaux secs. Elle la recouvrait d'un naperon blanc bordé de dentelle que notre grand'mère avait au préalable repassé à l'amidon. Puis elle disposait au centre de ce petit autel improvisé une statue de la Vierge en porcelaine blanche et dorée. A ses pieds, un petit bouquet de roses provenant du jardin d'une amie ou d'une parente, car nous n'avions pas de rosiers dans les massifs de fleurs de la cour. Le soir après le repas, c'est à dire après souper et avant d'aller au lit, on récitait la prière du soir en famille devant ce petit oratoire. Une dizaine de "je vous salue" supplémentaires venait compléter le chapelet de la fin d'après-midi à l'église. 
J'aimais bien "le mois de Marie" avec dans chaque maison ses autels garnis et ses bouquets de rose parfumées, mais je trouvais bien longues ces dizaines de chapelet qui n'en finissaient pas. Un "je vous salue" en appelait sans cesse un autre et le ton monocorde de cette prière répétée indéfiniment prenait un air d'incantation qui me faisait penser à une sorte de formule magique. 
Toutes ces pratiques religieuses ont en fait ouvert à l'enfant que j'étais les portes du rêve et de l'imaginaire. Sorti du monde réel, celui de la religion faisait osciller mes sentiments d'alors entre la peur de l'enfer et la félicité du ciel. Je me rassurais en admirant le décor, l'apparat et le spectacle de ces cérémonies et de ces rites qui étaient censés nous faire accéder à la vraie réalité cachée des choses, au mystère divin que l'on percevait à travers les mises en scène propres à chaque événement religieux. Ainsi avec les mois de Marie tout comme avec les crèches à Noël, c'était un peu une façon de faire descendre le ciel sur terre, c'est à dire plus prosaïquement, sur le buffet de la cuisine.
En effet ces petits oratoires à la Vierge de mai font penser aux scènes de la Nativité de Noël installées jadis dans des niches. La démarche est un peu la-même. Il s'agit de mettre en bonne place dans sa maison une scène évoquant une fête ou une célébration religieuse. La Sainte Famille autour de l'Enfant-Jésus à Noël, la Vierge au mois de mai. Dans les deux cas la pratique religieuse déborde du cadre de l'église pour prendre place dans la sphère familiale, apporter au foyer une chaleur supplémentaire, une autre raison de rassembler la famille pour partager le sentiment éprouvé par la célébration d'une fête, d'un culte. Les premières crèches ne comportaient que les personnages bibliques. La crèche provençale viendra plus tard. Elle sacralisera autour de la Vierge et de la Sainte famille les gens de tous les jours sous forme de santons. Certes oui, la crèche aujourd'hui sacralise davantage l'art de vivre autrefois en Provence plutôt que la naissance de Jésus, reléguée bien souvent au fond à gauche. On peut le déplorer, mais pourtant elle sacralise quand même en donnant du sens aux choses du pays, elle instaure un ordre des valeurs qui prend sa source dans le terroir, la terre et la vie des ancêtres. Au mois de mai, on n'est pas si éloigné que ça de la crèche et des santons.       


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 Vierge en plâtre. Figurine biblique de style saint Sulpice, telle que les réalisait la fabrique de Nantes de façon courante. Ce modèle malgré une large diffusion garde tout son pouvoir évocateur. Voile blanc, robe bleue correspondent davantage à l'imagerie populaire de la Vierge.

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 Sylvie de Marans. Nativité sous un porche qui rappelle les chapelles des crèches du XIXème. La Vierge est vêtue de rouge, couleur de l'esprit, du sang, de la vie. 

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Photos Daniel, reproduction interdite

Rédigé par Daniel

Publié dans #Variations sur un thème de santon

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