lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.

Mon blog raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.

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Dimanche 27 août 2006

Voici encore l'encierro du 14 juillet sur le plan formé par la place de la mairie avec les rues autour de l'église. Les spectateurs s'installent sur le parvis haut de la mairie ou derrière les grilles de protection aux barreaux assez larges pour laisser passer les personnes de taille normale. Ca veut dire que les obèses sont de la revue, leur taille leur interdit de passer entre les barreaux, et s'ils se risquent à forcer le passage, c'est l'hilarité assurée avec les commentaires narquois qui amusent la galerie. Personne ne s'en offusque, l'ambiance de la fête permet ce genre de liberté de ton.

Devant l'église, des grilles entourent le massif de terre du monument aux morts érigé au centre. Dans le temps, comme on dit ici, au printemps fleurissaient des jacinthes bleues. Naturalisées au cours des ans, elles disparaissent après leur floraison. Nul, hormis l'employé municipal qui vient enlever les mauvaises herbes et accrocher des drapeaux tout autour la veille des cérémonies commémoratives des guerres, n'oserait en temps normal occuper cet espace à d'autres fins que celle d'honorer ceux dont le nom est gravé dans la pierre. Ils avaient  autour de 20 ans, parfois mariés avec de jeunes enfants, ils sont partis à la guerre entre 14 et 18, ils ne sont jamais revenus vivants. Deux à trois douzaines pour un village qui comptait alors autour de 300 habitants, c'est énorme. L'heure n'était pas à la fête alors. Des familles ont parfois perdu et un mari et leur père, leur oncle, un parent proche ou un ami. Avec le temps qui passe le souvenir s'estompe et plus personne n'est là pour nous raconter comment le village, ses familles, ses jeunes appelés pour mourir au combat ont vécu ces années dramatiques. Seules les gerbes de fleurs du 8 mai et du 11 novembre témoignent encore. Mais l'heure est aujourd'hui à la fête même si les bombes, les attentats, les guerillas ont pris la place des guerres d'avant. Et encore et toujours, mêmesi c'est loin de chez nous ça ne change rien à l'horreur, des enfants perdent leurs parents, se retrouvent orphelins quand ils ne sont pas massacrés.

Je me trouvais sans y penser en ce 14 juillet derrière les grilles du monument aux morts. Je n'ai pas eu le temps de lire sur la pierre le nom de mon grand oncle mort quand il venait d'avoir 20 ans. Je ne sais pas s'il aimait la fête, mais je sais qu'il n'a pas eu le temps d'en faire beaucoup. Autour de moi s'égayait une bande joyeuse de jeunes qui n'avaient pas encore 20 ans pour la plupart. Sans le savoir, sans y penser, en venant profiter de la vue imprenble ou se protéger du passage des taureaux derrière les grilles de ce monument, ils rendaient un lointain hommage à ceux qui sont morts pour protéger le pays des ennemis d'alors. Leur présence vive et agitée donnait de la vie souriante et heureuse à ce monument dédié à la mort. Et c'est tant mieux, tant pis pour les rabats-joie s'il y en a, que le monument aux morts puisse servir autrement aux jeunes de la fête. C'est parmi eux, depuis cet abri que j'ai pu faire ces photos. C'était la fête, ainsi va la vie, ainsi vont les choses et comme le dit le poète Holderlin, "là où est la rose il faut danser, là où est le rocher il faut sauter", ce qui veut dire qu'il y a un temps pour tout, pour chanter, rire et danser et aussi pour travailler, peiner et pleurer. Rions et buvons quand il en est temps, et les jeunes de la fête, croyez-moi, ne s'en sont pas privés...

 

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