lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Les"bogues", vous pouvez chercher tant que vous voudrez dans vos dictionnaires, vous trouverez pas. J'exagère. Si, quand même. Vous trouverez le bogue comme terme francisé de l'anomalie informatique que désigne le bug. Le bogue c'est aussi l'enveloppe hérissée de piquants qui protège châtaignes et marrons, mais chez nous ça voulait dire autre chose. Je ne sais plus si c'est nous les enfants qui l'avons inventé ou si c'est nos aînés. Mais voilà, pour nous, le bogue c'était un pauvre, un vrai. Il y en avait deux ou trois, mais j'en connaissais au moins deux. Celui-là habitait une toute petite construction, une sorte de remise minuscule perdue là où s'arrêtent les maisons, là où commence la garrigue. C'était vers la route des carrières. Il n'y avait pas de porte. On pouvait entrer chez lui quand il allait traîner sa misère au village. On avait peur bien sûr, mais encore une fois, poussés par la curiosité et notre envie de savoir qui était ce personnage étrange, on allait en son absence inspecter sa masure. Des traces de feu à même le sol, pas de cheminée, peut-être une vague ouverture dans un coin de ce qui n'avait rien à voir avec un toit en tuiles. Une ou deux vieilles casserolles dont le rétameur n'aurait même pas voulu. Quelques vieux quignons de pain, des os par terre, résidus de son dernier festin, sans doute un lapin piégé au collet. Oui tout cela m'effrayait mais m'intéressait au plus haut point. A partir de là, avec les autres enfants, nous imaginions les pires des histoires. Le bogue à coup sûr devait bien être un peu sorcier, il devait connaître des secrets. On ne le voyait presque jamais. C'est qu'il devait parcourir la campagne pour trouver de quoi manger. Il ne venait pas chez les gens faire la mendicité. Un jour il est venu à la maison pour offrir un grand panier de champignons. Grand bruit dans la cuisine. tout le petit monde familial est en émoi. Notre mère ne sait pas comment le remercier. Une assiette de soupe sans doute. Et après un verre de vin. Mais ce n'était pas un ivrogne, c'était un homme de la nature, un des derniers hommes libres du village. Il guérissait le feu, il devait connaître le ciel est les étoiles qui passaient à travers sa toiture la nuit. Chez nous, personne ne savait ramasser les champignons, c'est à dire ne cueillir que les bons, les comestibles. C'était pas dans nos habitudes. On se méfait des empoisonnements. A cette époque le journal faisait ses choux gras avec de tels faits divers. Je n'ai jamais vraiment pardonné à notre mère, à l'issue de nombreuses palabres avec notre grand'mère, d'avoir décidé après le départ du bogue d'aller jeter son cadeau au tas de fumier situé au fond de la cour de derrière. Je ne comprenais pas le monde des adultes. J'ai compris bien plus tard que ce jour-là j'avais perdu la clé de la porte de la liberté, la vraie, celle que l'on trouve dans la nature apprivoisée, pas forcément hostile, quand on sait, en vivant avec elle, prendre le temps d'apprendre ses secrets.

encore le peillarot de Paul Fouque, vu de face, son visage est celui d'un jeune, pas de rides, pourtant son regard semble bien exprimer toute la misère du monde.



