lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.

Mon blog raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.

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Jeudi 27 avril 2006

Quand j'entends, comme ce matin aux infos à la radio, un chef d'entreprise pour qui travailler en temps réel sur son ordinateur et son portable via internet et compagnie est la chose la plus importante au monde pour être en mesure, dit-il d'après ce que j'ai compris,  de veiller à la progression constante du taux d'expansion de ses affaires et patati et patata... je me demande la tête qu'il fera quand il arrivera à la fin de sa vie.

Que deviendra alors son taux d'expansion quand les atomes de son corps seront sur le point d'aller se promener ailleurs dans l'univers?... Reste à savoir si la bonne tenue des marchés et le niveau d'expansion suffisent à justifier qu'on leur consacre la majeure part de sa vie au point d'en oublier tout le reste. 

Le passage sur la planète est bref, il ne dure que quelques décennies ce qui est presque rien au regard de l'ensemble des choses qui ont commencé à se manifester disent les astrophysiciens il y a quelques 13,5 milliards d'année.

C'est Michel Serres, homme de science et philosophe qui aime à raconter dans son "grand récit" comment la science nous permet désormais de remonter le fil des choses depuis la réalité de cette maison où je me trouve en ce moment jusqu'à retrouver couche après couche son origine véritable qui est celle des choses, celles des atomes et des particules les plus élémentaires possibles, des poussières de quelque chose qui se perdent dans la nuit des temps c'est à dire jusqu'au big-bang. Prendre conscience de ça revient à se sentir vieux de 13,5 milliards d'année. De quoi relativer !

Il ne s'agit pas de cracher dans la soupe et de refuser le système, non, il s'agit de se demander si tout compte fait le berger des Alpes de Haute Provence n'était pas plus en phase avec la réalité des choses, leur histoire, leur durée véritable que ne l'est notre petit Marquis de l'Expansion du Portable d'Internet et d'autres lieux. Le berger le sait, la terre ne ment pas et vivre c'est apprendre à vivre avec elle. Nous habitons la terre. Vouloir se l'approprier, la dominer, la contraindre à produire toujours plus, c'est de la folie pure.

Hubert Reeves raconte que si l'on compare les 4, 5 milliards d'année d'existence de notre planète à une journée de 24 heures, la terre apparaît à 0 heure,  la vie à 5 heures, les dinosaures à 23 heures ( ils disparaissent à 23h.40), les hominidés ( c'est à dire nos lointains ancêtres) apparaissent à 23h.55, soit 5 minutes avant la fin dela journée ! L'homo sapiens sapiens, c'est à dire nous, apparait seulement à la dernière minute ! ( voir ici plus de précisions et plus encore  ou ).

Vous comprenez maintenant pourquoi j'aime tant les santons de Patrick Volpes. Leur naïveté, leur simplicité exprime une force qui les habite et les dépasse. C'est la vie dans son ensemble qui s'exprime à travers l'argile du santon pour venir jusqu'à nous. Ses santons sont comme figés dans une réalité si vraie qu'elle semble bien remonter le cours des choses jusqu'à la nuit des temps. Il me semble qu'il ya plus de vérité dans les santons de P. Volpes que dans la passion pour l'expansion du chef d'entreprise.

 

Mercredi 26 avril 2006

Après avoir découvert "l'iris de Suse" de Giono, je viens de relire "le grand troupeau" et je me suis aussi replongé dans "Un de Baumugnes", pour enchaîner sur "les âmes fortes"... Bref je baigne dans l'univers de Giono et à chaque description de ces paysages de Provence, même si le roman ne met pas en scène des bergers ni des troupeaux, j'ai du mal à les oublier, à ne pas les imaginer dans ces décors qui défilent tout au long des pages.

Voici donc une autre photo des bergers de ma crèche avec leurs troupeaux descendant de la montagne. Ils ne quittent pas les alpages, ils vont  vers la crèche. Cette grande marche des bergers et de leurs troupeaux représente pour moi un moment exceptionnel, un de ces rares moments où l'on se sent vibrer en unisson avec toute la terre, où l'on se réconcilie avec la réalité toute entière. C'est le moment où on adhère aux choses, où on accepte tout le réel sans réserve car on sent qu'on ne fait plus qu'un avec la nature, on se fond en elle tout en restant soi-même. Les croyants appellent cela des moments de grâce. Les philosophes parlent d'un sentiment de plénitude de l'être.

Moi quand je vois cela, je deviens un peu le ravi de la crèche, je n'arrête pas comme lui de trouver le monde beau malgré toutes ses laideurs et toutes ses horreurs, malgré les guerres et les enfants qui souffrent. Toute la beauté de la terre est là, dans ce spectacle  des bergers et des moutons qui descendent des montagnes depuis des millénaires, depuis l'aube de la civilisation. Nous sommes tous plus ou moins des descendants de ces bergers qui de tous temps ont peuplé les terres proches de cette Méditerranée, notre berceau.

les bergers de nos montagnes...

gros plan sur le berger de M. Rampal

Mardi 25 avril 2006

Samedi je suis allé visiter l'atelier d'une santonnière ( mais elle ne fait pas de santons mais de l'architecture miniature). Sa spécialité c'est de réaliser des maisons, des villages à flan de colline. Elle reproduit ou s'inspire de constructions réelles ou recrée à partir de documents anciens. Elle n'est pas santonnière, ces réalisations sont autant de poèmes écrits dans la terre cuite pour chanter et célébrer les belles pierres de ce pays. Florence Begni habite dans le Gard à Lecques, un petit village sur la hauteur du Vidourle, pas loin de Sommières donc et proche de chez moi.

Je lui avais suggéré  de réaliser la reproduction de la mairie de mon village avec un autre ami, passionné lui aussi de santons. S'aidant de photos elle en a fait 5 exemplaires mais celle que j'ai choisie est cuite mais pas encore peinte. Dans son atelier elle expose ses nombreuses réalisations. Un vrai musée d'architecture régionale avec toutesz ses pièces les plus belles et sa production récente en exposition permanente. On a l'impression de faire un beau plongeon dans le passé au fur et à mesure de la découverte de ses fermes, hameaux et autres maisons qui parfois n'existent plus ou ont subi les outrages du temps.Parfois elle anime ses créations avec de tous petits santons de sa fabrication, mais elle en fait très peu, elle préféère construire ses rêves de pierre. 

Toutes ses constructions peuvent accueillir des santons de 2 à 3 cm. Elle expose dans les foires et salons , notamment à Tarascon et Chateaurenard. Vous trouverez des photos de ses oeuvres ici.

Voici deux très belles fermes en terre cuite, peintes à la détrempeavec beaucoup de finesse. On baigne en plein bonheur!

  

 

 

 

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