lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Aujourd'hui, passé carnaval, nous plongeons dans les cendres et le carême. Enfant, je veux dire enfant de choeur, j'étais angoissé le matin du mercredi des cendres quand le curé nous marquait le front du sceau des cendres en prononçant ces terribles paroles : " memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris". Souviens-toi homme que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. Fort des explications données au catéchisme j'entrevoyais sinon le sens au moins la portée de cette formule désenchantée. Je ne comprenais pas pourquoi la religion nous terrifiait après nous avoir moins de deux mois avant raconté la plus belle histoire de tous les temps, celle de la nuit de Noël.
Ainsi nos jouets d'enfant, ces cadeaux offerts par le petit Jésus - et non par ce païen de père Noël - étaient voués à disparaître. Comme je n'avais eu pas grand chose sinon rien dans mes pantoufles déposées malgré tout le 24 décembre au soir dans la cheminée, je limitais la casse. Je me disais que si tous mes jouets devaient finir en cendres, au moins je perdrais pas grand chose. Mais cela ne me rassurait pas pour autant même si tout ça me paraissait bien lointain et ne concerner que les adultes pour ne pas dire les vieux.
C'est peut-être le choc produit par des cérémonies aussi sordides qui pousse les enfants à refuser de grandir, pour ne pas vieillir. C'est peut-être là que se trouve la clé expliquant le refus de se projeter dans l'avenir perçu comme le grand destructeur. Il y avait là comme une invite à se réfugier dans le passé joyeux du monde de l'enfance où les choses prennent un tout autre sens dans un univers où l'imaginaire prend le pas sur le réel.
Au carnaval les visages se masquent, se cachent. Peut-être pour cacher sinon refuser cette vérité insoutenable du lendemain. Le carnaval est le règne de l'illusion et des faux-semblants. La vérité se joue à masque découvert. Elle est visible dans le visage qui affronte son avenir les yeux grands ouverts. Comme ce couple de vieux, exposé au salon d'Arles et réalisé par Alice Bertozzi, santonnière à Cagnes-sur-Mer. Ce qui fait la beauté d'un santon, c'est l'histoire qu'il raconte, qu'on lit sur son visage comme à livre ouvert. Et ce santon là a me semble-t'il beaucoup de choses à nous dire.



