lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Le crâne de Descartes est exposé au musée de l'homme en compagnie de deux autres : celui de Cro-Magnon et celui - un moulage, bien sûr- de Lilian Thuram. L'ancêtre, le philosophe et le sportif réunis pour illustrer ce qu'est l'espèce humaine, découvrir son unité dans l'espace et le temps. L'être humain est le même partout depuis le début.
Je ne sais pas si Descartes apprécierait que son crâne puisse aujourd'hui servir de modèle pour représenter ce qui caractérise l'humain depuis son origine à nos jours, lui qui donnait plus d'importance à la pensée qu'à la chose matérielle, cette réalité extèrieure du monde dont il n'hésitait pas à mettre l'existence en doute dans sa quête d'une certitude fondatrice. Descartes dans son expérience du doute généralisé à toute chose, était bien plus sûr de l'existence de sa pensée que de celle de son corps ou de son crâne. Il en était tellement sûr (philosophiquement parlant) que seul Dieu était capable de lever l'hypothèse du doute planant sur la réalité du monde extérieur. Dieu seul fait que je ne rêve pas, que le monde est bien réel et non une illusion des sens. L'esprit et la matière font ménage séparé et c'est grâce à la glande pinéale que le corps et l'âme marchent ensemble.
Aujourd'hui la science nous enseigne que non seulement nous descendons d'une branche particulière de singes, les primates, mais que nos ancêtres les plus lointains sont les étoiles d'où proviennent la matière et les atomes de notre corps... Nous sommes des poussières d'étoile. Ceci étant l'esprit n'a pas à se sentir honteux de ses origines obscures, surtout quand elles sont aussi lumineuses comme le sont les étoiles. Le Credo évoque lui aussi cette "Lumière née de la lumière". Et reconstituer, comme s'efforce de le faire la science les étapes du passage de la matière à la vie puis aux corps animés ne permet pas pour autant de réduire l'esprit à la matière. Que tout effet ait une cause, personne ne le conteste, mais il n'empêche pas moins qu'il y a quelque-chose de nouveau et de différent dans l'effet qui n'est pas dans la cause.
Tout ceci pour dire qu'un santon est avant tout un objet matériel fait de terre et de couleurs peintes. Il n'a pas une âme, il n'est qu'un assemblage d'atomes, mais il a pourtant ce regard vivant, ce mouvement du corps qui est perceptible alors qu'il est figé, immobile. A vrai dire on n'est pas loin de croire qu'il a une âme. Celle que le santonnier lui a donné bien sûr. De nombreux auteurs ont dit que le santonnier jouait à Dieu le Père. Il pourrait aussi être comparé à dame Nature cette maitresse du libre jeu qui depuis les origines est au coeur des différentes forces qui s'exercent sur les choses pour faire ce qu'elles sont. Bref, mieux que les crânes sans âme de nos trois héros, trois santons les représentant auraient pu à eux seuls exprimer davantage ce qu'est l'humain.
Deux liens intéressants sur le sujet : le Musée de l'Homme et L'Homme exposé.
Dans ma crèche 2006, la scène du lavoir, et au-dessus une vue partielle de la sortie de l'école. Voilà de quoi se persuader que les santons sont bien vivants, qu'ils ont une âme...
Pareil pour cette scène de la récolte des olives.
La fête : les mariés provençaux, les invités, les musiciens, les danseurs et les badauds, la vie quoi...
Aujourd'hui, passé carnaval, nous plongeons dans les cendres et le carême. Enfant, je veux dire enfant de choeur, j'étais angoissé le matin du mercredi des cendres quand le curé nous marquait le front du sceau des cendres en prononçant ces terribles paroles : " memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris". Souviens-toi homme que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. Fort des explications données au catéchisme j'entrevoyais sinon le sens au moins la portée de cette formule désenchantée. Je ne comprenais pas pourquoi la religion nous terrifiait après nous avoir moins de deux mois avant raconté la plus belle histoire de tous les temps, celle de la nuit de Noël.
Ainsi nos jouets d'enfant, ces cadeaux offerts par le petit Jésus - et non par ce païen de père Noël - étaient voués à disparaître. Comme je n'avais eu pas grand chose sinon rien dans mes pantoufles déposées malgré tout le 24 décembre au soir dans la cheminée, je limitais la casse. Je me disais que si tous mes jouets devaient finir en cendres, au moins je perdrais pas grand chose. Mais cela ne me rassurait pas pour autant même si tout ça me paraissait bien lointain et ne concerner que les adultes pour ne pas dire les vieux.
C'est peut-être le choc produit par des cérémonies aussi sordides qui pousse les enfants à refuser de grandir, pour ne pas vieillir. C'est peut-être là que se trouve la clé expliquant le refus de se projeter dans l'avenir perçu comme le grand destructeur. Il y avait là comme une invite à se réfugier dans le passé joyeux du monde de l'enfance où les choses prennent un tout autre sens dans un univers où l'imaginaire prend le pas sur le réel.
Au carnaval les visages se masquent, se cachent. Peut-être pour cacher sinon refuser cette vérité insoutenable du lendemain. Le carnaval est le règne de l'illusion et des faux-semblants. La vérité se joue à masque découvert. Elle est visible dans le visage qui affronte son avenir les yeux grands ouverts. Comme ce couple de vieux, exposé au salon d'Arles et réalisé par Alice Bertozzi, santonnière à Cagnes-sur-Mer. Ce qui fait la beauté d'un santon, c'est l'histoire qu'il raconte, qu'on lit sur son visage comme à livre ouvert. Et ce santon là a me semble-t'il beaucoup de choses à nous dire.
Et voici la suite des santons amoureux. Des couples de vieux surtout. les vieux, Grasset et Grassette et bien d'autres, ont inspiré les santonniers. Les vieux représentent le flambeau vivant de la tradition qu'ils transmettent aux nouvelles générations.
Ce couple assis sur un banc est réalisé par Robert Canut (8cm). Voilà des vieux assis sagement côte à côte qui ne donnent pas l'impression de s'aimer à la folie ! pourtant, ils ne se regardent pas l'un l'autre. Ils regardent ensemble dans la même direction. Mais ils ne marchent pas...
Evelyne Ricord a inscrit beaucoup de tendresse et d'amour dans le visage doux de ces deux vieux qui sourient à la vie. (salon des santonniers d'Arles 2006)

Toujours au salon des santonniers (Arles 2006) ces grands santons de Paul Fouque au beau visage expressif dans une attitude certes un peu figée mais conforme aux moeurs de l'époque. Dans les villages, à la campagne, la pudeur était de règle.






