lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Quand j'entends, comme ce matin aux infos à la radio, un chef d'entreprise pour qui travailler en temps réel sur son ordinateur et son portable via internet et compagnie est la chose la plus importante au monde pour être en mesure, dit-il d'après ce que j'ai compris, de veiller à la progression constante du taux d'expansion de ses affaires et patati et patata... je me demande la tête qu'il fera quand il arrivera à la fin de sa vie.
Que deviendra alors son taux d'expansion quand les atomes de son corps seront sur le point d'aller se promener ailleurs dans l'univers?... Reste à savoir si la bonne tenue des marchés et le niveau d'expansion suffisent à justifier qu'on leur consacre la majeure part de sa vie au point d'en oublier tout le reste.
Le passage sur la planète est bref, il ne dure que quelques décennies ce qui est presque rien au regard de l'ensemble des choses qui ont commencé à se manifester disent les astrophysiciens il y a quelques 13,5 milliards d'année.
C'est Michel Serres, homme de science et philosophe qui aime à raconter dans son "grand récit" comment la science nous permet désormais de remonter le fil des choses depuis la réalité de cette maison où je me trouve en ce moment jusqu'à retrouver couche après couche son origine véritable qui est celle des choses, celles des atomes et des particules les plus élémentaires possibles, des poussières de quelque chose qui se perdent dans la nuit des temps c'est à dire jusqu'au big-bang. Prendre conscience de ça revient à se sentir vieux de 13,5 milliards d'année. De quoi relativer !
Il ne s'agit pas de cracher dans la soupe et de refuser le système, non, il s'agit de se demander si tout compte fait le berger des Alpes de Haute Provence n'était pas plus en phase avec la réalité des choses, leur histoire, leur durée véritable que ne l'est notre petit Marquis de l'Expansion du Portable d'Internet et d'autres lieux. Le berger le sait, la terre ne ment pas et vivre c'est apprendre à vivre avec elle. Nous habitons la terre. Vouloir se l'approprier, la dominer, la contraindre à produire toujours plus, c'est de la folie pure.
Hubert Reeves raconte que si l'on compare les 4, 5 milliards d'année d'existence de notre planète à une journée de 24 heures, la terre apparaît à 0 heure, la vie à 5 heures, les dinosaures à 23 heures ( ils disparaissent à 23h.40), les hominidés ( c'est à dire nos lointains ancêtres) apparaissent à 23h.55, soit 5 minutes avant la fin dela journée ! L'homo sapiens sapiens, c'est à dire nous, apparait seulement à la dernière minute ! ( voir ici plus de précisions et plus encore là ou là).
Vous comprenez maintenant pourquoi j'aime tant les santons de Patrick Volpes. Leur naïveté, leur simplicité exprime une force qui les habite et les dépasse. C'est la vie dans son ensemble qui s'exprime à travers l'argile du santon pour venir jusqu'à nous. Ses santons sont comme figés dans une réalité si vraie qu'elle semble bien remonter le cours des choses jusqu'à la nuit des temps. Il me semble qu'il ya plus de vérité dans les santons de P. Volpes que dans la passion pour l'expansion du chef d'entreprise.

Après avoir découvert "l'iris de Suse" de Giono, je viens de relire "le grand troupeau" et je me suis aussi replongé dans "Un de Baumugnes", pour enchaîner sur "les âmes fortes"... Bref je baigne dans l'univers de Giono et à chaque description de ces paysages de Provence, même si le roman ne met pas en scène des bergers ni des troupeaux, j'ai du mal à les oublier, à ne pas les imaginer dans ces décors qui défilent tout au long des pages.
Voici donc une autre photo des bergers de ma crèche avec leurs troupeaux descendant de la montagne. Ils ne quittent pas les alpages, ils vont vers la crèche. Cette grande marche des bergers et de leurs troupeaux représente pour moi un moment exceptionnel, un de ces rares moments où l'on se sent vibrer en unisson avec toute la terre, où l'on se réconcilie avec la réalité toute entière. C'est le moment où on adhère aux choses, où on accepte tout le réel sans réserve car on sent qu'on ne fait plus qu'un avec la nature, on se fond en elle tout en restant soi-même. Les croyants appellent cela des moments de grâce. Les philosophes parlent d'un sentiment de plénitude de l'être.
Moi quand je vois cela, je deviens un peu le ravi de la crèche, je n'arrête pas comme lui de trouver le monde beau malgré toutes ses laideurs et toutes ses horreurs, malgré les guerres et les enfants qui souffrent. Toute la beauté de la terre est là, dans ce spectacle des bergers et des moutons qui descendent des montagnes depuis des millénaires, depuis l'aube de la civilisation. Nous sommes tous plus ou moins des descendants de ces bergers qui de tous temps ont peuplé les terres proches de cette Méditerranée, notre berceau.

les bergers de nos montagnes...

gros plan sur le berger de M. Rampal
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Je viens de relire ce roman où Giono raconte sa vision de la grande guerre, cette boucherie de 14-18 où gicle de partout le sang de la viande humaine comme celui du troupeau de bêtes qui forme une immense transhumance de sang et de mort, qui fuit l'alpage à l'annonce de la guerre, en laissant sur les bas-côtés de la route quantité de brebis et de moutons épuisés par une marche forcée qui les tue.
Un bélier ensanglanté réveillera la pitié du berger. Il le confie aux soins du papé d'une ferme et viendra le chercher à la fin de la guerre au moment où renaît la vie et l'espérance dans cette famille avec la naissance d'un enfant que bénit le berger en le présentant au bélier.
Je résume très mal, bien sûr. Difficile de résumer du Giono. Un roman hors normes, fait d'allusions, de choses suggérées, jamais racontées vraiment. Ce qui les rend encore plus vraies. Vous trouverez ici un extrait du début du livre, quand l'immense troupeau commence sa longue traversée du village.
Du coup, je n'ose pas aujourd'hui parler de mes santons qui pourtant, comme le bélier guéri, comme le nouveau-né sont porteurs de l'espérance, malgré l'horreur. Et puis, ce nouveau-né, ce petit niston, il fait penser à un autre, celui de la crèche. Le récit de St Luc rapporte les paroles de l'ange annonçant lors de cet évènement la "paix sur terre pour les hommes de bonne volonté". Préchi précha, mais de la bonne volonté, pas la peine de sortir de l'E.NA. pour se rendre compte qu'on en a un cruel et urgent besoin.
Rien qu'à voir d'un peu près l'état de la planète avec ses problèmes de surpopulation, de pollution, d'épuisement des richesses naturelles, de disparition des espèces, de manque d'eau, sans parler des guerres, des tortures, des massacres d'enfants, y a pas de quoi être fier, mais de quoi s'alarmer sérieusement.
On peut se demander s'il y aura un XXIIème siècle pour l'humanité, comme le prophétisent certains avec de plus en plus d'assurance mais non sans humour parfois (comme Yves Paccalet dans son livre : "l'humanité disparaitra, bon débarras !" - éditions Arthaud-). L'humour, cette politesse du désespoir...
Du coup, pas de photos de santons aujourd'hui, mais des liens intéressants.
Cliquer ici pour voir une belle photo d'un bélier,
etcliquer aussi ici , puis là et encore là pour en savoir plus sur la guerre et le Grand troupeau de Giono.



