lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog raconte: des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du
village,  et autres radotages sur le passé et  la vie d'aujourd'hui.
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Mercredi 6 juin 2007
Les plantes et les arbres du jardin  tout comme les santons font partie de mon univers, celui où j'aime me retrouver, où je me sens en parfait accord avec  les êtres qui le  constituent, loin  de tous les soucis et tracas ordinaires du quotidien.  J'éprouve devant la beauté d'une plante la même émotion que devant celle d'un santon. Ces deux mondes ne sont pas si différents qu'ils ne paraissent. La nature est certes omniprésente au jardin. On la retrouve dans le paysage de la crèche provençale. La tradition veut qu'il soit réalisé uniquement avec des éléments trouvés dans la nature: souches d'olivier, de cep de vigne, pierres, mousse, lichen, branchages, terre, gravier sont assemblés pour former le décor dans lequel vont vivre les santons, moulés dans l'argile, cette matière qui évoque la création, la vie. 
Et le jardin est aussi une vaste scène qui pourrait héberger les santons, tout au moins ceux décorés à la peinture à l'huile qui résiste à l'humidité et aux intempéries. C'est ce qu'avait fait Paul Fouque à Aix où un crèche accueillait le visiteur à l'entrée du jardin, entre rocailles et plantes vivaces.

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Vendredi 6 avril 2007

Nous sommes bien loin en ces jours de la joie qui entoure la naissance de Jésus dans la nuit du 24 décembre. Au moment où partout dans le monde on célèbre la Passion du Christ, on comprend mieux pourquoi dans certaines crèches d'église notamment, une croix est déjà présente au loin dans le paysage, placée en haut d'une colline pour évoquer déjà ce que sera le sacrifice de Jésus. Certains enfants-Jésus en cire sont parfois représentés avec une petite croix dorée attachée en pendantif autour du cou ou sur la poitrine.

Enfant, je n'aimais pas ces situations qui venaient assombrir soudain la joie de Noël. la joie éprouvée à entendre les cloches sonnant à la volée au matin de Pâques n'a pas la même puissance émotive. Elle évoque le retour de la vie au printemps, les fleurs du printemps qui s'épanouissent dans une nature renaissante.

Plus tard, devenu pensionnaire d'une école religieuse, au matin du Vendredi Saint nous allions faire les visites des reposoirs dans les églises proches. Je me souviens de ces autels richement décorés de tentures, de grands bouquets de fleurs, de ces nappes bordées de grands motifs en dentelle, de ces parures d'autel aux motifs brodés de fil d'or. Toutes ces scènes, illuminées par de grand candélabres, étaient aussi impressionnantes qu'un décor d'opéra ou qu'un tableau de maître.

Au musée départemental d'art sacré de Pont-Saint-Esprit on peut voir sous un globe de verre protecteur, un Enfant-Jésus en cire, couché dans un lit décoré de fleurs d'oranger avec une croix à son cou. Une photo est présente dans le livre de Régis Bertrand, déjà cité, "Crèches et santons de Provence", éditions A. Barthélemy, page 20. L'historien explique comment s'est développé le culte de l'Enfant-Jésus au XVIIème siècle, sous l'influence du mouvement des Oratoriens et de la Contre-Réforme. L'auteur cite le cardinal Pierre de Bérulle, fondateur de la congrégation de l'Oratoire : "Il y a deux états de singulier abaissement à adorer, à admirer et à imiter au fils de Dieu; l'un en sa Naissance, l'autre en sa Mort; l'un en l'Enfance,l'autre en la Passion...".

Voici en photo, l'Enfant-Jésus exposé l'hiver dernier à Séguret qui appartient à l'église de Séguret. Il n'y a pas de croix attachée à son cou, mais un ruban blanc accroché à sa ceinture est disposé, volontairement ou pour une raison esthétique, en forme de croix.

 

Mardi 13 mars 2007

En ce moment il n'y a guère que les santonniers et quelques amateurs qui se préoccupent de crèches et de santons. Le printemps qui est déjà là. Il a une bonne longueur d'avance. Ce qui ne manque pas de nous inquiéter car si la nature avec ses fleurs et ses tendres couleurs nous invite à contempler sa beauté et à sortir de nos maisons, il n'en reste pas moins vrai que tout cela nous inspire l'idée qu'il y a du dérèglement dans l'air du temps, que les choses devraient aller autrement. Et nous voilà repartis dans nos bons vieux radotages sur les choses qui allaient mieux avant. Le progrès est en marche et rien ne semble pouvoir l'arrêter. Pas même les dégâts qu'il ne manque pas de produire. Mais si le progrès fait des dégâts, peut-on alors encore parler de progrès ? En tout cas l'heure est aux promesses de lendemains qui à défaut d'être meilleurs seraient moins pires que nos jours d'aujourd'hui.

Le monde des santons ne croit guère au progrès. Ou alors si progrès il y a, il s'est arrêté à l'aube du XIXème siècle, au moment justement où commençait la révolution l'industrielle. Il n'y a pas d'usine dans les crèches, il n'y a que des fermes, des bergeries, des étables, des masures en ruine. Il y a la nature comme elle était quand les paysans et aussi les citadins vivaient sans polluer la planète. Derrière les cerisiers en fleur les apprentis-sorciers que nous sommes devenus ne peuvent pas inverser l'ordre de choses. Le progrès vaincra peut-être en s'accomodant de la perte des richesses naturelles. Mais à quel prix? Les enfants de nos petits-enfants verront-ils fleurir les cerisiers au printemps ?

Dans le monde des santons les cerisiers sont toujours en fleur. Comme les mimosas du santonnier Didier...

 

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