lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Dans la plupart des crèches la scène de la nativité représente l'enfant Jésus couché dans une mangeoire sur un lit de paille. Cela est surtout vrai pour les santons de taille petite ou moyenne allant de 5 à 12 centimètres. Dans les plus grandes tailles, les santonniers disposent de davantage de matière pour exprimer avec plus de précision leur imagination créative. Ainsi la Vierge Marie est parfois représentée avec l'enfant Jésus dans ses bras. La Vierge à l'enfant est un thème classique largement développé dans la statuaire et l'art sacré en général.
Parmi les personnage de la crèche la gitane est souvent représentée portant un bébé ou un enfant dans ses bras ou dans son dos. La Gitane de Robert Canut porte son enfant en le présentant un peu comme le fait la vierge. Même si la Gitane est debout et non assise comme la vierge, là voilà du coup promue au rang de Vierge à l'enfant. Le sentiment d'amour maternel pour leur enfant est partagé par toutes les mères et celui qu'éprouve la Gitane a non seulement la même valeur que celui de la Vierge mais il fait d'elle une madone, un peu comme la Vierge des gitans.
Il y a quelques années, Robert Canut était installé à Cazan. J'ai trouvé au hasard de mes recherches sur la "toile" un santon de 9 cm signé Canut Cazan Bouches du Rhône, représentant une jeune comtadine portant un panier de provisions, vêtue d'un corsage à manches larges avec de la dentelle au cou, un fichu croisé sur la poitrine et noué à la taille, avec un long tablier noir sur une jupe bleue, un bleu dont Canut a le secret et qui me fait penser au bleu du turban de ce jeune nomade touareg qui dédicaçait le récit de son histoire samedi dernier à la comédie du livre à Montpellier. Mais la coiffe de la comtadine est blanche et sa tenue n'est pas celle des jours de fête. Son visage respire la jeunesse, elle est belle comme l'étaient nos grands-mères quand elles avaient vingt ans et qu'elles rêvaient au jeune et charmant amoureux qui les séduirait. De lui ne nous reste souvent dans nos familles que le souvenir de ce grand'père aux traits tirés et à la démarche alourdie par le poids des ans et des soucis. Cette comtadine retrouvée n'a pas vieilli, elle est restée jeune et belle. Tel est le destin des santons, celui d'être figé à jamais dans la réalité que le geste créateur du santonnier leur donne. Ronsard n'aurait pas pu écrire pour elle son célèbre sonnet pour Hélène :
Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »
Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom, de louange immortelle.
Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Le Comtat Venaissin est une partie du département de Vaucluse, entre le Rhône, le Mont Ventoux et la Durance. Il comprend les villes de Cavaillon, Carpentras, Vaison la Romaine et ces noms de village qui sentent bon le vin des Côtes du Rhône : Gigondas, Vacqueyras, Beaumes de Venise... C'est là que se trouve le petit village de Séguret ( un vrai village de crèche avec ses traditions, j'en reparlerai longuement un autre jour) au pied des dentelles de Montmirail. Pas loin de là et plus haut à Tulettes se trouve Robert Canut dont j'ai déjà présenté quelques santons. En voici un autre, une acquisition récente de 15 cm, la comtadine avec son costume traditionnel portant une cruche d'eau. Ce santon reflète bien le charme unique de cette région au pied du Ventoux, la Drôme provençale qui est le coin de Provence le plus évocateur pour moi, avec ses collines, ses vignobles s'étendant dans la plaîne caillouteuse dont la terre donne au vin un goût si fameux. Ses villages sont encore préservés d'une urbanisation sauvage, on voit défiler de vrais paysages de crèche, un pays où j'aurais aimé naître et vivre et qui heureusement n'est pas bien loin de chez moi.



