lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
...
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Adieu Yannick on t'aimait bien !
Dimanche 15 juillet, dernier jour de la fête. La tradition est à l'honneur avec la messe en provençal célébrée dans le cadre champêtre de la chapelle Notre Dame de Pitié située à
l'écart du village. Avec son ancienne nef romane du XIème siècle, elle est un des plus anciens sanctuaires de la région voué au culte marial. C'était dans mon enfance le lieu de
promenade préféré des habitants quand la garrigue qui la séparait du village n'était pas colonisée par l'implantation des villas individuelles qui mitent aujourd'hui le
paysage. L'espace d'une messe nous voilà revenus aux temps anciens. Ce jour-là certains n'hésitent pas à sortir des armoires ou du grenier les habits et robes d'avant tandis que d'autres
endossent le costume traditionnel des provençaux ou des arlésiennes. Tout ce petit monde avait pris place qui sur une grande charrette attelée à un magnifique cheval de trait, qui
sur le plateau d'un tracteur, avec des ballots de paille servant de siège à tout ce beau monde.
En fait la messe était une des dernières que célébrait le prêtre de la paroisse, appelé par son évèque, après 12 ans de présence à aller servir dans une autre communauté du département. Moment
d'émotion donc car notre curé avait su tisser des liens d'amitié très forts avec tous les gens du village qu'ils soient dévots ou mécréants. A l'heure des discours, des sanglots retenus
étranglaient un peu les voix. Ce n'était pourtant pas la dernière messe, celle des adieux au village a eu lieu le 8 septembre, jour de fête de la chapelle pour célébrer la naissance de la Vierge
Marie. J'y reviendrai. Mais en ce 15 juillet se retrouvaient sur les bancs, côte à côte, les paroissiens fidèles et les autres, qui sans être infidèles ne sont pas pour autant des piliers
d'église. Notre curé profitait de cette rencontre festive pour vivre ensemble une dernière fois un de ces moments où tout le monde se retrouve et se rassemble autour de valeurs communes
faites d'amitié , d'échange et de respect mutuel sinon fraternel. Alors la bénédiction des chevaux dans la pinède avec la prière du gardian et à la fin la Coupo Santo, c'était aussi la
bénédiction de cette terre, de ce pays et de tous les gens qui y vivent. C'est bien de bénir les chevaux mais on ne bénira jamais assez la terre que nous habitons ne serait-ce que pour nous
donner envie de la respecter un peu mieux, d'arrêter de la piller, de penser un peu à l'état dans lequel nous allons la laisser à nos enfants. Mais je reviens à la fête que je ne veux
pas gacher, non, faisons la fête, oui, mais restons lucide. Adieu Yannick on t'aimait bien.





la chorale, regroupant des amateurs de chant provençal, s'installe dans la vieille nef romane.




Le président du comité des fêtes offre en cadeau au prêtre le maillot de la fête. L'office est terminé. Après la bénédiction finale, l'assistance applaudit longuement. Une façon de dire
adieu et merci. L'émotion est forte. Les participants vivent un de ces moments fusionnels, où oubliant querelles et divisions ils se retrouvent unis et solidaires pour manifester leur
attachement à celui qui a été proche d'eux, leur a parlé en ami sans jamais les juger. Je me souviens que dans son homélie, le prêtre a commenté le récit évangélique du bon samaritain portant secours à son prochain dans la souffrance. C'est le récit d'un homme blessé, d'une victime abandonnée par ses agresseurs au bord de la
route dont le sort laissent indifférents un Sacrificateur et un Lévite ( pourtant très religieux). C'est un samaritain, homme de mauvaise réputation qui lui porte secours
! Quand le curé explique aussi clairement que les gens d'église ne sont pas forcément des gens de bien, on ne peut qu'applaudir ! Et les brebis galeuses si facilement montrées du doigt par
certains bien pensants ont soudain chaud au coeur. Merci pour elles curé !



Après la messe, avant la bénédiction des chevaux, un gardian, représentant de "La Nacioun Gardiano" dit la prière du gardian. tout autour les gens écoutent et font silence, les gardians lèvent
leur trident vers le ciel en signe d'hommage.
A suivre..
La nuit du 14 juillet.
A la nuit tombée nouvel encierro sur la place du village. Encore une occasion d'applaudir les exploits de nos jeunes raseteurs tandis que
leurs amis trouvent refuge dans une carcasse de voiture relookée.
Puis bien sûr le traditionnel feu d'artifice, offert par la municipalité. Les badauds au rang desquels se trouvent aussi des contribuables locaux, voient pour une fois partir directement
leur argent en fumée ! Mais tout le monde applaudit et trouve le feu plus beau que celui de l'année d'avant. La fête foraine bat son plein et le bal de la fête est aussi celui du 14 juillet.
De mémoire de beaulieurois on ne vit pas tel déploiement de fastes pour un 14 juillet depuis des lustres. Il est loin le temps des fusées palichonnes et des montgolfières en
papier qui s'enflammaient avant même de s'élever dans le ciel. Les temps ont changé, désormais c'est une part importante du budget communal qui est affectée à la fête sans que cela pose le
moindre problème à quiconque. Dans nos villages la fête communale annuelle a toujours existé. C'est une tradition, mieux encore, une institution. Il s'agit avant tout de se retrouver ensemble.
Chaque groupe d'âge forme une bande avec ses couleurs, sa tenue sponsorisée par les commerçants et artisans locaux. Signe des temps, elle est devenue un rite avec ses codes précis. Un
rite païen certes autour du dieu taureau. Mais si la tradition camarguaise et provençale s'affirme de plus en plus en force, il n'en reste pas moins vrai que c'est l'alcool qui est au centre de
la fête. Les libations ont fait place à l'apéro qui prend des airs de bacchanale. La musique a un rôle important, en apparence au moins. En fait elle accompagne l'événement bien plus qu'elle
ne le crée. Elle fait un peu figure de décor sonore avec renfort de projecteurs et de technique. On regarde et on écoute l'orchestre bien plus qu'on ne danse. Tout cela offre un terrain favorable
à l'expression de la violence avec parfois des querelles qui dégénèrent en bagarres. L'équipe du comité qui organise la fête le sait et fait tout pour éviter cela. Les
gendarmes le savent aussi et leur présence plus ou moins discrète empêche souvent les conflits latents d'exploser. Mais la fête demeure ce moment d'exception où les gens de tous âge descendent
dans la rue pour voir passer les taureaux, voir comment les jeunes s'amusent et participer aux activités proposées. La convivialité est réelle et se manifeste notamment le premier soir autour
d'un repas collectif où tous les habitants qui le souhaitent peuvent se retrouver. Les autres soirs, des repas de quartiers sont parfois organisés. C'est l'occasion aussi d'inviter la
famille ou de se regrouper entre amis. La fête est inhérente à la vie du village, à son âme. Elle donne une identité, comme un certificat de citoyenneté locale. Elle offre un signe fort de
reconnaissance et d'intégration à ceux qui y participent. Jeunes ou vieux, anciens ou récents habitants, nous avons tous participé activement à la fête un jour ou l'autre. Les photos
présentées ici ne sont pas forcément représentatives de la réalité profonde des choses. Peu importe, il s'agit de ma vision des choses. Je privilégie ce que je préfère, les taureaux et la
tradition provençale bien sûr, mais aussi et surtout le simple plaisir de rencontrer plus facilement des habitants du village, surtout ceux qu'on ne voit pas souvent le reste de
l'année.











