lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Vous avez dû vous en rendre compte, depuis que je fais des photos avec un appareil reflex numérique, leur qualité sans être géniale s'est franchement améliorée. En utilisant la position réglage automatique, il faudrait être plus que nul pour louper ses clichés. Sur une table du jardin ou de la terrasse je me suis bricolé un studio mobile de plein air. Deux vieilles tuiles romaines envahies par les mousses et le lichen et deux parefeuilles sentant bon la terre cuite servent de décor quand ce n'est pas une nappe blanche usagée. J'ai ajouté depuis peu sur le côté un miroir cassé incliné pour renvoyer de la lumière et enlever l'ombre sur le visage, surtout celle des chapeaux. Je fais défiler mes santons sur cet assemblage et hop les voilà qui posent pour une série de photos. Mes santons deviennent de vrais stars en attendant l'hiver et la crèche.
Les voir en gros plan, souvent bien plus grands que nature, ça les rend plus attachants, j'ai l'impression de les redécouvrir, d'entrer un peu dans leur intimité, je les sens qui me parlent presque, je les sens vivre comme s'ils venaient juste de sortir des mains du santonnier. C'est en voyant les photos de ma crèche faites par Yves que j'ai compris que je pouvais par de telles images pénétrer un peu plus dans leur monde secret et m'initier peu à peu à ce qui les rend si vivants et si vrais, comprendre l'importance de tout ce qui se cache sous cette couche d'argile peinte
A tout seigneur, tout honneur, voici la star du jour, ma dernière acquisition dénichée grâce à l'internet, signée Paul Fouque, un santon de 20 cm représentant une femme de la campagne allant d'un pas décidé offrir à la nouvelle accouchée une poule vivante. En général la poule est portée pendue par les pattes serrées dans une main, ce qui laisse supposer que la bête a été tuée avant et servira pour faire du bouillon destiné à remettre d'applomb la jeune mère. Ici la poule est bien vivante dans un panier passé autour de son bras. Dans son autre main elle tient un parapluie rouge. Elle est habillée d'une coiffe mais ne porte pas de chapeau comme le santon de Thérèse Neveu, Marie de Garlaban, à laquelle elle ressemble. A noter les couleurs sobres des vêtements conformes au goût de l'époque. On est à mille lieues de certains santons d'aujourd'hui barbouillés de couleurs pétardes comme des quatorze juillet et plus fleuris qu'un jardin entier ne saurait en contenir, bref des santons qui n'ont pour moi de provençaux que le nom.


Gros plan sur ce santon de Jouve particulèrement évocateur. Elle est belle cette olivarelle, souriante, toute affairée à son travail avec ses paniers pleins d'olives à ras bord. Son visage est fin, son port élégant dans ses habits simples qu'elle porte bien . Visiblement ce n'est pas une femme des champs. C'est une femme de maison, plus habituée à travailler chez elle qu'aux champs. Elle est venue donner la main. Au village les femmes ne participaient qu'à la vendange pour aider à rentrer la récolte au plus vite avant les pluies. Le reste du temps seuls les hommes allaient aux champs. Un jour, le maire d'alors, voyant notre mère dans les vignes lui dit ce proverbe en patois de chez nous : "quand les femmes du capélan vont aux champs, méchante année".

Voici une autre scène de ramassage des olives telle qu'elle figurait je crois pour Noël dernier dans la crèche d'Alysiane et qu'elle a bien voulu m'envoyer. Les branches de thym font des troncs d'oliviers bien charnus et marqués par les rides des ans. les olives noires sont faites si je me souviens biens avec des petites perles fines ovales. Un sens du détail qui donne encore plus de vie aux santons ( d'Escoffier il me semble) absorbés par leur travail.

photo Alysiane.
Je ne sais pas si on cueille les olives ou si on les récolte. Chez nous on les ramassait, tout comme pour les cerises et la vendange. On ne connaissait pas le verbe oliver qui s'utilise pas loin d'ici, ni les mots oliveurs, oliveuses, comme expliqué ici sur ce site.
La table de la cuisine servait à tout. Pour cuisiner d'abord, pour manger ensuite. Sauf qu'on ne mangeait pas, on passait à table. Elle servait tout aussi bien de bureau que de planche à repasser ou de plan à couture sur lequel venaient s'étaler les patrons découpés dans le "Mode et Tricots" d'alors pour servir de modèle aux robes que la couturière du village surchargée de travail n'avait pas le temps de faire. En fait c'était la solution la plus économe et notre grand'mère s'installait tous les après-midis devant sa machine à coudre.
La table de la cuisine était à elle seule toute une institution. Tellement sollicitée qu'elle ne pouvait pas servir à tout. Difficile de trouver un espace libre le soir pour étaler livres et cahiers sans courir le risque des taches de graisse et de la punitiion inévitable qui s'en suivrait le lendemain quand l'instituteur exhiberait à la vue de tous les preuves de la salissure infligée au digne défenseur de l'école laïque. Mes frères et soeur avaient le privilège defaire leurs devoirs d'écoliers sur des petits bureaux rabattables installés à grands frais frâce à la volonté tenace de notre mère contre un mur de la cuisine avec un beau rayonnage dessus pour ranger leurs affaires. Mais il n'y avait que trois planches de travail à partager pour quatre. Nous étions cinq enfants, mais mon frère aîné n'allait plus à l'école. Etant le pequelet, je dûs renoncer à avoir mon casier. Mes larmes et mon désarroi étaient tels que notre grand'mère qui vivait à l'étage au-dessus m'ouvrit le battant de la table ronde de sa petite cuisine pour venir y faire mes devoirs. C'était un privilège car sa table servait plus à la couture et au repassage qu'à la cuisine. Elle avait un vieux fer électrique qui fonctionnait par miracle en faisant courir de grands risques à l'installation électrique au combien sommaire de la maison. Avec ce petit fer à la poignée de bois elle faisait par contre de vrais miracles. Sous ses doigts de fée le linge perdait le moindre des ses plis. Elle amidonnait les chemises blanches et preuve suprême de son art, ma marraine, sacristine en chef de l'église lui confiait la veille des grandes fêtes les plus belles nappes de l'église pour leur rendre tout leur éclat. Enfant de choeur, je pouvais admirer avec fierté le trésultat de ses soins le dimanche à la messe. Elle tricotait des pulls pour toute la maison y compris ces grosses chaussettes de laine qui grattaient la peau et boudinaient sur les chevilles. Mais elle avait un secret. Un soir d'hiver, après m'avoir fait réciter je ne sais plus quelle leçon elle me confia non sans regret ni nostalgie dans sa voix que Mademoiselle Cusset, son institutrice aurait voulu la pousser à faire des études pour devenir comme elle. Notre grand'mère avait envie d'étudier puis d'enseigner, mais pour ses parents la question ne se posait même pas. Impensable pour une femme de travailler hors du foyer. Ce soir là j'ai lu de la peine dans ses yeux qui ne pleuraient jamais. Alors elle se rattrappait un peu en mettant tout son coeur à m'aider pour faire mes devoirs et à apprendre mes leçons, avec chaque soir une nouvelle strophe d'une poésie et non d'un poème, mot qui devait désigner dans notre imaginaire de grandes oeuvres poétiques étrangères à notre monde. C'est à ma grand'mère que je dois l'envie de lire et de savoir qui ne m'a jamais quittée depuis.
La table de la cuisine d'en bas, c'est ainsi qu'on l'appelait, était recouverte d'une toile cirée fatiguée qu'on ne changeait pas souvent car telle un oeuvre d'art, elle était solidement encadrée par des baguettes afin de l'empêcher de bouger quand on passait l'éponge dessus pour la nettoyer. Donc, à l'époque du ramassage des olives, le soir après le repas pris en famille, une fois la table débarrassée, notre père clouait deux planchettes de chaque côté de la table sur sa longueur, par-dessus les baguettes qui retenaient la toile cirée. Il pouvait alors vider sur la table un sac d'olives qui s'étalaient sans tomber, car retenues par les planchettes. Alors le tri pouvait commencer. J'aimais faire glisser ensuite les olives dans le sac disposé en tête de la table. La table prenait alors la dimension d'une véritable machine à trier les olives qui m'émerveillait. Cette table avait des pouvoirs magnifiques que révélait le génie bricoleur de notre père. Du coup j'avais encore plus de respect pour les déchirures et les traces d'usure que de nombreux passages d'olives avaient infligé à la toile cirée.

J'ai fait cette photo de mes ramasseurs d'olive avec au centre les 3 santons de Roger Jouve. Celuis d e la femme aux deux paniers est particulièrement magnifique.
Celui de droite, à genoux au fond est d'Escoffier.
Celui de derrière la femme est de Richard à Aix, il a un très beau visage.



