lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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photo Yves.
Au milieu, au fond l'instituteur de Paul Fouque
devant à droite la mère aux deuxs enfants de Robert Canut
Je suis resté à l’école primaire de mon village de mon village jusqu’à l’âge de 11 ans. J’étais souvent classé dans les premiers, mais je n’avais guère de mérite, nous ne dépassions pas la dizaine d’élèves inscrits au même cours. J’aimais apprendre, j’avais bonne mémoire. Tous les soirs je révisais mes leçons que ma grand’mère me faisait réciter dès la sortie de classe afin de pouvoir jouer ensuite sans ce souci. J’avais alors l’impression que l’enseignement de l’instituteur englobait tout le savoir du monde. Je n’imaginais pas un seul instant qu’il puisse y avoir d’autres connaissances que celles qu’il nous apprenait. C’est dire le respect que nous lui portions.
Il n’allait pas à l’église, sauf pour les enterrements. Mais tous les gens, d’église ou pas, s’accordaient pour mettre à son crédit de grandes valeurs morales. J’avais sous mes yeux l’exemple même de ce qu’était l’opposition entre la foi et le savoir, la croyance et la raison. Je le plaignais en pensant qu’il risquait tout droit l’enfer réservé aux mécréants de son espèce. J’ai même dû prier pour le salut de son âme lors d’une mission. Chaque soir pendant la semaine que durait la mission, un moine venait prêcher pour raviver la foi des ouailles à grand renfort de sermons qui venaient troubler la vie paisible des paroissiens. Simples pécheurs ordinaires le lundi, ils se découvraient pécheurs mortels le samedi à la sortie du prêche. J’ai gardé un souvenir terrifiant de ce père prédicateur aux allures de grand inquisiteur.
Il arrivait souvent de désigner notre maître d’école du seul nom de « Monsieur ». Il avait le privilège d’une sorte de titre de noblesse que l’énoncé de ce seul qualificatif lui conférait. Il représentait pour moi l’incarnation du savoir encyclopédique, surtout quand il sortait du placard des tubes, des éprouvettes et divers instruments de mesure, pour faire des expériences de physique ou chimie qui nous laissaient ébahis. Je le revois encore verser du vinaigre sur un bloc de calcaire ou nous expliquer les secrets de la vie végétale en décortiquant les jeunes pousses de blé, de pois-chiche ou autres lentilles qu’il nous avait demandés de faire germer quinze jours avant dans du coton humide disposé sur le fond d’un couvercle usagé de boîte à cirage. Un sourire incrédule traversait son regard quand en leçon d’histoire il évoquait avec une pointe d’ironie les voix entendues par Jeanne d’Arc. Il n’osait pas les contester de front par respect pour la liberté d’opinion. Avec lui, la république et le goupillon faisaient bon ménage.
Si je ne mets pas de curé dans ma crèche, c’est parce que, comme le disent si bien les provençaux de ma pastorale imaginaire, « le petit niston qui vient de naître ne les a pas encore inventés » !

Cette crèche que m'avait offerte ma mère, je l'installais sur le buffet, dans la cuisine de ma grand’mère, à l’étage de la maison familiale. Je vivais en bas, dans une ancienne cave, avec mes parents, mes frères et sœur. Mes frères faisaient une grande crèche, avec peu de santons, perdus dans une montagne de papier-rocher et beaucoup de mousse.
C’était dans les années cinquante. C’était le temps du bonheur de l’enfance insouciante, de la joie de vivre au village, avec les chevaux, les mules et les moutons. Le temps était rythmé par les vacances, la moisson, les vendanges, le carnaval, la fête votive.
Nous vivions de peu, mais nous n’avions besoin de rien d’autre que deux bouts de bois et trois ficelles pour être les plus heureux du monde. La vie du village nous suffisait avec nos promenades dans la garrigue, le patronage du curé le jeudi et celui de la sacristine, ma marraine, le dimanche.
Je lisais « Fripounet et Marisette » auquel le curé avait abonné les enfants du catéchisme, c'est-à-dire tous les enfants, même ceux dont les parents n’étaient pas, comme on le disait alors, des gens d’église. Chaque nouveau numéro était attendu avec la promesse d’aventures nouvelles, mais aussi avec l’inquiétude de savoir comment nos jeunes héros parviendraient à vaincre les pièges que le renard et le loup passaient leur temps à inventer.
Le monde, le nôtre, celui de nos parents, nous appartenait. Je n’avais pas l’idée ni l’envie d’aller voir ailleurs. Nous avions avec mes cousines et les autres enfants de mon âge trop de choses à faire, trop de jeux à inventer pour imaginer une autre vie que celle-là. Pourtant nous avions peu de jouets, trop chers pour la plupart des familles d’entre nous. Nous étions savants de tout ce que nous transmettait avec passion le couple d’instituteurs de l’école laïque. Apprendre exigeait certes des efforts, mais c’était une joie.
Le soir, je faisais mes devoirs dans la cuisine du haut, aidé par ma grand’mère. Je me souviens du jour où sortant de l’école, après avoir vaincu avec succès l’épreuve de la dernière leçon du manuel justement intitulée « je sais lire », j’ai vécu mot à mot le texte de cette lecture dont je n’ai rien oublié, qui disait : « …brandissant son premier livre de lecture il arriva tout fier à la maison en disant fou de joie, maman, ça y est, je sais lire » ! Je m’étais contenté en arrivant ensuite à la maison de vivre le récit de ce texte en ajoutant "mamée" à "maman, ça y est, je sais lire" ! C’était quelques années avant la terrible gelée de février 1956.
J’ai la chance aujourd’hui d’habiter cette maison, l’hiver à l’étage, l’été en bas où les pièces voutées sont plus fraîches. C’est là que début novembre je commence le chantier de la crèche qui monopolise pas mal d’heures de mon temps jusqu’au 20 décembre.
photo Marie-France
Voici un gros plan sur les deux tambourinaïres de Paul Fouque et la belle arlésienne de Christiane Devouassoux.
J'ai rarement vu une robe peinte avec autant de détails aussi fins que précis, avec une touche artistique personnelle telle qu'il s'agit bien d'un santon et non de la reproduction fidèle d'un modèle.
Les deux tambourinaïres de Paul Fouque ont leur histoire. A vrai dire, je l'ai un peu oubliée. Je crois sans être bien sûr que l'un d'eux est le portrait d'un proche de Paul Fouque et l'autre représente un tambourinaïre célèbre, André Gabriel.
Les visages des personnages et leur gestuelle sont tellement vrais qu'on les croirait vivants. Le fait est qu'ils ont été créés en nombre limité et j'ai eu la chance de les découvrir au cours d'une de mes visites à la maison Fouque où je vanais régulièrement.
Le tambourinaïre selon moi, partage avec l'arlésienne le rare privilège d'être un des personnages les plus représentatifs de la crèche provençale. Ils symbolisent toute la Provence à eux deux.
photo Yves
Quand j'étais enfant, un des rares cadeaux que ma mère a tenu à m'offrir pour Noël, était une petite crèche, mais je la voyais bien plus grande, composée d'une étable avec les personnages de la sainte famille, les rois mages, un berger avec son mouton sur le dos.
Habillés comme au temps du récit biblique, moulés dans du plâtre peint. Je reconnaissais cette matière par la couleur blanche du dessous de leur socle, tandis que les deux seuls vrais santons de Provence, étaient en argile. Je les identifiais par la couleur rouge terre sous leur socle. Je voyais à leur allure qu'ils avaient quelque chose de plus noble que je ressentais malgré mon jeune âge. Il s'agissait du tambourinaïre et de l'arlésienne.
Le tambourinaïre tient d'une main une baguette pour rythmer sur son tambour la musique qu'il joue avec le galoubet, petite flûte, qu'il tient de l'autre main.
Voir ici et là pour plus d'explications.
Je n'ai malheureusement plus ces santons, mais je ne regrette pas leur départ. Ils sont partis sous d'autres cieux fêter la joie de Noêl dans le foyer d'un de mes frères après la naissance de mon jeune neveu.



