lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.
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Encore une scène de Robert Canut.
Derrière Margarido qui traverse fièrement la rue principale du village, sur une place, pas loin de l'école, il y a la forge et devant, dans la rue, le maréchal ferrant et son apprenti fixent un fer sur le sabot du cheval. 
Je me souviens très bien de l'activité importante qui régnait autour de la forge. Quand les fenêtres de l'école étaient ouvertes on entendait les coups rythmés et musicaux du marteau sur l'enclume. Et aussi l'odeur de la corne brûlée qui nous faisait racler la gorge. La forge était obscure et noircie par la fumée. Elle avait quelque chose d'effrayant. Sa cheminée et son grand soufflet faisaient un peu peur aux enfants qui venaient regarder faire le forgeron. En fait tout le monde l'appelait le maréchal et manifestait par là le respect dû à une activité indispensable à la vie agricole. Sa fonction lui conférait une autorité morale comparable à celle du maire, de l'instituteur et du du curé qui incarnaient les différentes facettes du pouvoir. Il criait après nous, voulait qu'on ne tourne pas autour de lui de peur de nous blesser ou nous brûler. Les vieux du village venaient s'asseoir sur un banc devant l'entrée et commentaient les évènements du jour, les travaux agricoles du moment. Robert Canut fait revivre tous ces métiers d'antan avec une tendresse pour tous ces personnages. Le cheval de trait est particulièrement représenté dans ses compositions. Chez nous, mon père avait une mule. On l'appelait la grise. Je la revois encore. Elle faisait partie de la famille. Le jour où il a fallu s'en séparer j'ai pleuré et toute la famille était triste.
Encore un santon de Carbonel. Un grand classique, présent dans toute crèche provençale digne de ce nom. Il s'agit de la belle Margarido assise sur son âne.

Elle tient dans sa main gauche un grand panier plein de provisions qu'elle va offrir au nouveau-né. Un beau sourire éclaire son visage. Elle regarde vers le ciel, elle a mis une belle coiffe blanche autour de ses cheveux et porte un chapeau à large rebord pour se protéger du soleil. Un ample fichu provençal enveloppe ses épaules, noué à la ceinture de son tablier. Assise en amazone, les jambes balantes, elle guide sa monture de la main droite. Mais l'âne semble bien connaître le chemin. Elle est confiante et va tranquille vers un avenir qui semble tout joyeux pour elle.
Triste anniversaire, celui de la gelée de 1956, c'était le 2 février, il y a tout juste 50 ans. Elle a fait fuir de nombreux agriculteurs vers la ville pour y travailler. Mes parents ont été pris dans cette tourmente. Ma vie d'enfant insouciant a basculé d'un seul coup dans l'univers incompréhensible des adultes. Seuls les gros propriétaires ont survécu et les jeunes qui ont repris le flambeau en produisant des vins d’appellation contrôlée. L’arrachage des vignes transformées en jachères a fait des dégâts sur le paysage, sans parler des sols pollués de plus en plus par le recours systématique aux produits chimiques. Difficile de mettre une photo de ma crèche pour illustrer cela. Pourtant, pour faire les rochers et les montagnes qui forment l'ossature du paysage de ma crèche, j'utilise des souches d'olivier qui avaient gelé en 56, qui se trouvaient encore au fond d'un roncier et que des amis m'ont données.

En 1956, même les oliviers ont gelé. Depuis ils ont repoussé et d'autres ont été plantés. A Sommières, pas loin du village il y a un moulin où on porte les olives pour en faire de l'huile. Roger Jouve, installé à Luynes à côté d'Aix, a fait en santons des ramasseurs d'olives, (la femme sur son échelle et celle à côté avec une corbeille d’olives). Pour reconstituer la scène des olives, j'utilise des branches de thym qui ressemblent un peu à des oliviers. Ma crèche c'est du rêve, du rêve construit sur des larmes.



