lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.
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Voici le printemps. Le matin quand je vais à mon travail, à la sortie du village, en prenant la route de St Christol puis celle de Lunel, je vois dans la campagne le spectacle unique des amandiers en fleurs. Les champs d'arbres fruitiers explosent comme un bouquet de feu d'artifice. Mimosas et forsythias jaunes illuminent la nature. Il y a de la couleur même par temps de grisaille. Pâques approche à grands pas, Noël est un souvenir lointain. Pourtant si la crèche, je veux dire la scène de la nativité n'est plus de saison, les santons le sont plus que jamais.
Bergers et moutons vont retrouver le chemin des alpages. Et la vie du village reprend de plus belle. les gens sont plus nombreux dans la rue, s'arrêtent plus facilement pour parler et sans le vouloir ressemblent aux santons de ma crèche. Les gens santonèjent sans le savoir. Dimanche à Mauguio, malgré l'absence du soleil, le monde de la bouvino se retrouvait aux arènes pour la première course libre de la saison avec une royale de la manade Rouquette comptant pour le trophée des as. C'est un peu tout cela que racontent les santons de Provence.
Les santonniers se remettent au travail et créent de nouvelles figurines. Les fadas de la crèche provençale s'en donnent à coeur joie. Chacun s'affaire qui sur un pont, une capitelle, ou la création de scènes nouvelles. Bref, les santons ne sont pas tous dans leur boîte en carton...
Cette jardinière est du santonnier Robert Dumas que j'avais découvert il y a 4 ans à la foire de Tarascon. Installé à St Peray dans l'Ardèche, il est spécialisé dans le petit santon de 2 cm. Malheureusement il a pris sa retraite l'an dernier. Sur son stand il y avait très peu de santons à la vente car il travaillait essentiellement sur commandes. J'ai donc dû attendre un an avant d'avoir mes premiers santons de sa fabrication. Les roues de cette toute petite jardinière fonctionnent ! Mais ce qui m'a saisi d'émotion en la découvrant la première fois c'est que je croyais voir mon grand'père la conduire. Il avait exactement cette petite charrette que l'on appelait une jardinière, plus facile à utiliser pour se déplacer qu'une grande charrette. Devenu âgé, tant que ses forces le lui ont permis, il attelait son mulet "marquis" et allait voir ses vignes dans la plaine. En période de récolte, il venait se rendre compte de la qualité de la vendange. Il n'y a pas de vigne dans ma crèche, la place me manque, mais il va falloir que je songe sérieusement à son installation.
Robert Dumas a fait de magnifiques petits santons comme la scène de la fenaison que je présenterai une autre fois. Ses bergers, son âne, sa chèvre, son chien et ses moutons sont installés tout en haut de ma crèche sur la colline, juste en bas du vieux village et devant le moulin et d'E. Prados qui est fait pour des santons de cette taille. C'est la première scène que j'installe quand je commence mon chantier. Je la présente différemment chaque année en fonction des cailloux, troncs d'olivier que je ne dispose jamais de la même façon. C'est d'elle que dépend le reste de mon installation qui avance en descendant comme un tapis qui se déroule jusqu'à la crèche proprement dite.

couple de vieux sur un banc de Roger Jouve.
Les vieux sont présents dans la crèche sous les traits de divers personnages. A l’image des vieux de la vie des villages d’autrefois. Ils occupaient une place importante car ils transmettaient leur ’expérience et leur savoir. On les écoutait car on les respectait même si par derrière on se moquait d’eux, de leurs manies, de leurs défauts. On les affublait souvent d’un surnom. Je me souviens de ce vieux qu’on appelait « la liberté », une voisine « pendola » car sa démarche était saccadée de droite à gauche. Un autre, petit et sec « graoutillou » par allusion à ce petit bout de gras qu’on met dans la fougasse et qui en cuisant se rabougrit. Mon grand’père qui était très économe était affublé du nom de « rastel » et son fils, mon oncle « rastelou ».
Ils allaient faire la belotte au café. Ils se rencontraient chaque jour, qui chez le forgeron, qui chez le bourrelier ou le charron. C'était la meilleure façon de commenter et de colporterles nouvelles du village, de raconter les souvenirs du service militaire, de la guerre et de l'occupation allemande.
Les vieux essayaient d’arranger des mariages, mais pas toujours avec succès. Il n’y avait pas de maison de retraites, ils vivaient en famille avec leurs enfants et petits enfants. Ceux qui n’avaient plus de famille habitaient seuls ; c’était souvent les plus pauvres.
Les vieux mouraient à leur maison, dans leur lit. Après l’angelus du midi ou du soir, quand la cloche de l’église sonnait le glas, tout le monde comprenait que quelqu’un était mort. Le son parvenait au loin dans la campagne où travaillaient les paysans. Les suppositions allaient bon train, d’autant plus que le son du glas était différent selon qu’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Tout le village se sentait concerné et chacun allait comme on disait « faire sa visite ». Voisins ou amis veillaient le mort.
Vivant ou mort, chacun avait sa place au village, il n’y avait pas d’exclus. Comme tout le monde vivait le plus possible en autarcie et sans rien gaspiller, la pauvreté ne se montrait pas du doigt et le solidarité était vécue au quotidien. Les vieux avaient la mémoire des choses, ils étaient l’âme du village.



