lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.
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Voilà un santon qui n'a pas de nom. Il n'est pas signé, comme beaucoup de santons anciens. Il n'est pas daté, mais sa facture est ancienne. La patine du temps a atténué l'éclat de son vernis. Sa forme est travaillée,les vêtements se détachent bien du corps et donnent du mouvement à la silhouette. Autant de raisons de penser qu'il s'agit là d'un santon ancien, antérieur aux années 1950 et peut-être davantage.
Il représente une gitane conforme aux clichés de l'imaginaire populaire d'alors, coiffée d'un foulard, habillée pauvrement mais avec des couleurs vives, un tambourin dans une main, le baluchon dans l'autre, portant son enfant en bandouillère sur son dos. Parfois elle le tient par la main. Ou alors un singe sur son épaule vient compléter la scène.
Ici elle est fière, droite, arrogante mais la simple présence attachante de l'enfant a pourtant un pouvoir émotionnel très fort. La gitane et son enfant prouvent bien qu'au delà des préjugés et des apparences l'amour maternel est un sentiment commun à tous les individus sans distinction des communautés d'origine ethnique ou sociale.

Les santonniers peignent en général les robes et jupes à volants des gitanes avec des couleurs vives, souvent rouge. La robe de cette gitane de C. Devouassoux n'échappe pas à la règle. Réalisée il y a déjà dix ou quinze ans elle mérite cependant une attention particulière. Admirons la finesse de la sculpture d'abord, du mouvement donné au santon. La gitane danse vraiment. La finesse du détail ensuite dans la peinture de chaque motif.
J'ai connu cette santonnière quand elle était installée à Pertuis, pas très loin d'Aix. Edmond Prados que j'ai bien connu par la suite avait aussi un atelier à Pertuis. Je n'ai malheureusement plus aucune nouvelle de lui. J'avais à l'époque découvert tous ces santonniers à la foire de Garons, près de Nîmes. Il s'agit d'un des plus anciennes manifestations du genre dans la région. C'est là que j'ai acheté également mes premiers santons de Paul Fouque. J'ai appris avec plaisir que Christiane Devouassoux était présente à l'exposition de Ramatuelle pour Pâques. Ces santons sont toujours aussi séduisants et son style recherché fait penser aux santons baroques italiens. J'ai d'autres santons signés d'elle que je ne manquerai pas de présenter ici.

Décidément, je n'arrive pas à laisser le monde des gitans. Et le souvenir de la caraque blonde se promène encore dans mes rêveries. Alors en attendant de présenter la gitane que j'ai bien sûr commandée à Robert Canut, je ne résiste pas au plaisir de présenter encore son gitan sur cette photo particulièrement expressive et vivante. Et à force de m'entrainer avec mon appareil numérique, je commence à faire quelques clichés pas trop mal. En fait c'est l'appareil qui est très bon, je ne fais qu'appliquer scrupuleusement les indications de la notice !
Pour celles et ceux qui douteraient encore du grand art de Canut, voilà non pas une preuve irréfutable mais un argument de choc. Voilà qui permet de comprendre pourquoi il a été honoré il y a de ça pas mal de temps, du titre de Meilleur ouvrier de France.

Robert Canut, le gitan, 15 cm.



