lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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La nuit du 14 juillet.
A la nuit tombée nouvel encierro sur la place du village. Encore une occasion d'applaudir les exploits de nos jeunes raseteurs tandis que
leurs amis trouvent refuge dans une carcasse de voiture relookée.
Puis bien sûr le traditionnel feu d'artifice, offert par la municipalité. Les badauds au rang desquels se trouvent aussi des contribuables locaux, voient pour une fois partir directement
leur argent en fumée ! Mais tout le monde applaudit et trouve le feu plus beau que celui de l'année d'avant. La fête foraine bat son plein et le bal de la fête est aussi celui du 14 juillet.
De mémoire de beaulieurois on ne vit pas tel déploiement de fastes pour un 14 juillet depuis des lustres. Il est loin le temps des fusées palichonnes et des montgolfières en
papier qui s'enflammaient avant même de s'élever dans le ciel. Les temps ont changé, désormais c'est une part importante du budget communal qui est affectée à la fête sans que cela pose le
moindre problème à quiconque. Dans nos villages la fête communale annuelle a toujours existé. C'est une tradition, mieux encore, une institution. Il s'agit avant tout de se retrouver ensemble.
Chaque groupe d'âge forme une bande avec ses couleurs, sa tenue sponsorisée par les commerçants et artisans locaux. Signe des temps, elle est devenue un rite avec ses codes précis. Un
rite païen certes autour du dieu taureau. Mais si la tradition camarguaise et provençale s'affirme de plus en plus en force, il n'en reste pas moins vrai que c'est l'alcool qui est au centre de
la fête. Les libations ont fait place à l'apéro qui prend des airs de bacchanale. La musique a un rôle important, en apparence au moins. En fait elle accompagne l'événement bien plus qu'elle
ne le crée. Elle fait un peu figure de décor sonore avec renfort de projecteurs et de technique. On regarde et on écoute l'orchestre bien plus qu'on ne danse. Tout cela offre un terrain favorable
à l'expression de la violence avec parfois des querelles qui dégénèrent en bagarres. L'équipe du comité qui organise la fête le sait et fait tout pour éviter cela. Les
gendarmes le savent aussi et leur présence plus ou moins discrète empêche souvent les conflits latents d'exploser. Mais la fête demeure ce moment d'exception où les gens de tous âge descendent
dans la rue pour voir passer les taureaux, voir comment les jeunes s'amusent et participer aux activités proposées. La convivialité est réelle et se manifeste notamment le premier soir autour
d'un repas collectif où tous les habitants qui le souhaitent peuvent se retrouver. Les autres soirs, des repas de quartiers sont parfois organisés. C'est l'occasion aussi d'inviter la
famille ou de se regrouper entre amis. La fête est inhérente à la vie du village, à son âme. Elle donne une identité, comme un certificat de citoyenneté locale. Elle offre un signe fort de
reconnaissance et d'intégration à ceux qui y participent. Jeunes ou vieux, anciens ou récents habitants, nous avons tous participé activement à la fête un jour ou l'autre. Les photos
présentées ici ne sont pas forcément représentatives de la réalité profonde des choses. Peu importe, il s'agit de ma vision des choses. Je privilégie ce que je préfère, les taureaux et la
tradition provençale bien sûr, mais aussi et surtout le simple plaisir de rencontrer plus facilement des habitants du village, surtout ceux qu'on ne voit pas souvent le reste de
l'année.








Les manades Lafon et des Coteaux assuraient les prestations du samedi 14 juillet. Abrivado le matin, bandido à 18 heures et encierro le soir. Encore et toujours des taureaux ! Puis à minuit, 14 juillet oblige, le feu d'artifice. Bien sûr la fête c'est aussi chaque soir le bal avec un orchestre différent. Mais là j'ai passé l'âge et je laisse volontiers la place aux plus jeunes que moi. Ceci étant, la sonorisation est désormais moins bruyante que certaines années passées. Et pour ce qui est de la qualité musicale, il me semble que quelques orchestres font de réels efforts. Je me surprends parfois à me laisser convaincre par la musicalité de certains morceaux, surtout quand l'usage du rythme des basses n'envahit pas tout l'espace sonore.
Je revois encore les 14 juillet de mon enfance au village. Il n'y avait ni bal ni taureaux. Il y avait des jeux, notamment le jeu de quille, des bonbons pour les enfants et un concours de boule, et bien sûr un feu d'artifice tiré du haut du clocher de la mairie quand l'orage ne se mêlait pas aux réjouissances en les interrompant brutalement. Des fusées toutes simples, sans grand éclat, étaient tirées depuis le perron de la mairie. Des bombes explosaient depuis un savant agencement, un simple trou contenant l'appareillage, creusé avec beaucoup de précaution à l'angle du puits de la place. Le gérant de la cave coopérative devenait pour un soir artificier en chef. Il faisait durer le plaisir et il fallait attendre entre chaque mise à feu que la préparation de la pièce suivante soit faite dans les règles de l'art. Son pas calme, lent, rythmait le déroulement des opérations. Les engins explosifs étaient soigneusement étalés à l'intérieur sur la table du conseil municipal. Parfois les fusées où les bombes ne produisaient que peu ou pas d'effet pour des raisons demeurées mystérieuses à jamais. Parfois elles refusaient obstinément de s'envoyer en l'air. Aux cris admiratifs habituels ponctués de ho quand le résultat était bon, succédaient alors le dépit qui s'exprimait dans la foule sous forme d'un laconique raté ! Surtout au final, si la mongolfière de papier une fois parvenue non sans peine dans les airs, s'enflamait subitement après avoir malencontreusement heurté un cable électrique. Tout le monde riait et rentrait chez soi en commentant les bonheurs et les malheurs de la soirée. La fête du village avait alors lieu plus tard au mois d'aôut car elle correspondait à la fête vouée au saint de la paroisse, st Pierre aux liens ( le 1er août). On parlait à juste titre de fête votive.
Mais revenons à nos chevaux et taureaux du 14 juillet 2007.















