lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog raconte: des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du
village,  et autres radotages sur le passé et  la vie d'aujourd'hui.
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Mardi 20 mars 2007

Gérard, passionné comme l'ami Claude par l'aéromodélisme, a équipé un avion, modèle réduit, d'un appareil photos. Il a survolé le village un peu comme un avion espion. En fait d'espionnage, il a fait de très belles images du village comme seuls peuvent le voir les oiseaux du ciel. L'espace d'un moment virevoltez, tournoyez, planez, prenez-vous pour un martinet, un pinson, une mésangege ou un rouge-gorge, ou qui sais-je encore. Regardez. Bon voyage dans le ciel de Beaulieu. Au centre de la photo : l'église, la mairie, reconnaissables par leur clocher respectif. Mais il n'y a qu'une horloge. Heureusement car elle fait un bruit d'enfer en sonnant les heures. Dieu merci, ou plus exactement, merci la mairie,  on ne l'entend plus entre 11 heures du soir et 7 heures du matin.

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photo: Gérard. Reproduction interdite sans autorisation.

 

Lundi 2 octobre 2006
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Vincent et Mireille, les amoureux
Marius Chave

Dans les années 50, la fête du village c'était vraiment la fête. Il n'y avait pas alors d'abrivado ni d'enciero. Le taureau à la corde sortait deux fois par jour. Il n'y avait pas d'arène non plus, ou plutôt si, il y en avait une, mais très provisoire, improvisée. Les viticulteurs conduisaient leurs charrettes à la cave. Installées en cercle, elles formaient un plan. Elles servaient pour la course de nuit, qu'on appelait alors une charlotade, avec au milieu une piscine faite d'une bâche posée sur des ballots de paille. Lire la suite...

Il n'y avait pas non plus de journée à l'ancienne ni de manifestation particulière dite de tradition. Et pour cause, la fête alors était entièrement traditionnelle avec les pins plantés comme des poteaux auxquels les jeunes accrochaient des guirlandes de buis colorées par des fleurs en papier crépon. Pas de gardians à cheval ni d'arlésiennes, ce n'était pas la tradition d'alors. La tradition d'alors c'était tout simplement  la fête comme on la faisait à ce moment-là. Elle ressemblait aux fêtes d'avant-guerre, et certainement à celles d'autres temps plus anciens encore. La fête était alors patronale et avait lieu début août pour la Saint Pierre aux liens, mais le curé ne risquait pas comme aujourd'hui de dire une messe en provençal avec tout le décorum. Le curé désertait le village, car en ce temps là pour les gens d'église, si Satan ne menait pas le bal il n'en était pas loin et les mères et belles-mères formaient un cercle autour de la place avec leurs chaises où elles s'installaient pour surveiller leur progéniture et les couples de danseurs qui se formaient. Il flottait sur le bal un air qui sentait déjà des noces futures. Les amoureux se fréquentaient avant de se fiancer. Dès qu'un garçon fréquentait une fille, les langues allaient bon train, et les imaginations aussi. D'aucuns pensaient déjà aux arrangements possibles, aux vignes qui se retrouveraient ou non dans la corbeille des mariés selon que l'un ou l'autre était riche ou pauvre.

 En fait, n'en déplaise aux gens d'église, faute de Satan, c'était bel et bien  l'orchestre de Raoul Remolino qui menait le bal. Avec l'entracte avant minuit que précédait la danse d'invitation, celle après laquelle le cavalier offrait à boire à sa cavalière une orangeade ou une limonade au café d'en face tenu par Juliette et Edouard. Puis c'était la dernière danse à 1 heure du matin. Il n'ya avait pas de fête sans la soirée dite de concert. Un soir de la fête, le concert tenait lieu de première partie à la place du bal. Chacun venait avec sa chaise pour entendre des chansons célèbres ou des airs de cabaret joués par les musiciens. Un présentateur racontait entre deux chansons des histoires légères que l'on disait salées et que nos parents ne voulaient pas qu'on écoute. Heureusement pour nous il y avait Tonton Blaise, un marchand de bonbons qui venait exprès pour la fête. On l'attendait comme le Messie. Il y avait aussi un stand de jeu de roulette pour les aventuriers d'un soir qui  frimaient comme s'ils étaient au casino. Je plaignais ceux qui perdaient car je croyais sincèrement qu'ils se ruinaient au jeu. Et quand certains chanceux gagnaient je craignais qu'ils perdent leurs gains en étant tentés de les remettre en jeu. Le spectacle de ce que je ressentais profondément comme de l'immoralité me fascinait sans que je puisse pourtant le formuler.  

 

 

Jeudi 28 septembre 2006

Fichier hébergé par Archive-Host.com J'aimais les vendanges. C'était la dernière période d'intense activité qui marquait la fin des vacances. La rentrée des classes se faisait alors le 1er octobre. L'été était long, les grandes vacances portaient bien leur nom. Si grandes qu'on finissait par languir l'école. Lire la suite...

Les vendanges c'était comme une grande fête. Les vendangeurs, espagnols ou aveyronnais aimaient rire et chanter le soir après souper. Ils donnaient au village un air nouveau. Ils créaient une atmosphère joyeuse et chaleureuse. Ils parlaient fort, s'apostrophaient, chantaient. Toutes ces choses débordaient de la réserve habituelle des villageois. Chaque famille d'exploitant agricole avait sa "colle", ses vendangeurs payés à la journée ou au forfait. Chevaux, tracteurs avec pastières ou tomberaux envahissaient les rues où flottait dans l'air un parfum de raisin foulé que dégageaient les convois transportant  les grappes qui commençaient à se noyer dans leur jus avant même d'être pressées. Une grande agitation régnait alors dans les maisons et gagnait tout le village. C'était les vendanges, la raison d'être du travail fourni toute l'année pour obtenir la meilleure récolte possible. Elle se comptait en nombre de kilos déposés à la cave et son poids réel était celui des degrés alcoolique que donnait le mustimètre. Instrument magique que manipulait avec précaution le caviste en le  trempant dans une éprouvette de verre pleine du mou prélevé dans la "posée" qui venait d'être foulée par des rouleaux au-dessus de la  bène basculante. Il se penchait, se concentrait pour bien voir le niveau et puis en se relevant, il se retournait et annonçait à voix forte le résultat qu'il inscrivait aussitôt sur un bordereau, un modeste bout de papier à deux chiffres, celui du taux d'alcool et celui de la quantité de raison de la cuvée. Ces deux chiffres suffisaient à mesurer tous les espoirs et toutes les déceptions des aléas de la vendange. Le soir à la maison, notre père commentait les résultats en rangeant soigneusement les bordereaux dans une vieille boîte en métal cabossée qui tenait lieu de cassette au trésor. Enfant, je comprenais la gravité de cette scène où se jouait l'avenir et le sort de nos familles quand le gérant de la cave prononçait sa sentence avec l'autorité de celui qui avait en main l'avenir du village. L'inquiétude laissait place au plaisir quand il actionnait la bène basculante qui envoyait le mou vers le cuvier central d'où une pompe le dirigeait vers une cuve. Tout cela se passait dans les années 50, à la cave coopérative qui faisait alors la fierté du village. Tout cela n'est plus. La cave est fermée, elle va devenir salle des fêtes. Le pire encore a été évité, elle a bien failli être démolie.
 
P.S. Juste à côté d'ici, au village de St Genies, de l'autre côté de la nationale 113, l'activité viticole est importante, la cave est en plein activité et produit du bon vin de qualité. voir ici des photos  de vendanges et de la cave.

 

 

 

 

 

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