lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog raconte: des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du
village,  et autres radotages sur le passé et  la vie d'aujourd'hui.
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Lundi 11 juin 2007
Passé le Rhône, nous voilà à Tarascon en terre de Provence. C'est là que commence le pays d'où nous viennent nos traditions. Mistral et sa Coupo Santo ne sont pas loin. J'ai d'abord aimé cette ville pour la Pentecôte au temps où les fleurs envahissaient les rues, maisons anciennes et monuments. Je me souviens des années où la crypte de Ste Marthe était décorée de lys, de roses comme un reposoir de la fête Dieu. Quelques années plus tard, j'ai découvert la foire aux santons qui n'avait pas alors l'importance qu'elle a prise depuis. Je crois bien que cela fait maintenant près de vingt ans que mon ami et moi venons deux fois l'an à Tarascon. Un peu comme un pélerinage, une fois avant Noël pour les santons, et à Pentecôte pour les fleurs, même si je crois que désormais, la fête de sfleurs ayant perdu toute originalité, nous ne viendrons plus que pour les santons. Mais chaque fois que nous venons nous repartons rarement non sans avoir, comme une sorte de rite, rendu visite à la collégiale Ste Marthe. A chaque fois j'ai l'impression de la découvrir pour la première fois. Même effet de surprise face à la noblesse et à la pureté de son architecture et à la richesse de sa décoration faite de tableaux, reliquaires, statues, sculptures, avec au fond le grand orgue avec son imposant buffet du XVIIème siècle. Au fond de l'église, vers le portail d'époque romane, dans une chapelle latérale vouée à Ste Cécile, trois tableaux de Pierre Parrocel (fin du XVIIème, début du XVIIème) dont une adoration des bergers et une adoration des mages. L'accès à la chapelle est fermée par une grille, mais on peut quand même voir ces oeuvres de côté. Je suis heureux de retrouver à chaque visite ces tableaux de la Nativité qui évoquent l'ambiance de la crèche  telle que les artistes d'alors la voyaient, conformément à l'art de leur époque et à l'enseignement que l'Eglise voulait alors diffuser. Une atmosphère sereine et paisible imprègne ces oeuvres. Les personnages principaux semblent surgir de la profonde nuit des temps pour annoncer et faire vivre et revivre indéfiniment la nouvelle de la naissance de l'Enfant porteur de la lumière. Nous sommes loin de ce que nous voyons aujourd'hui dans la crèche et les santons de Provence. Pas si loin que ça cependant.  Ici, dans cette chapelle Ste Cécile, il s'agit de la crèche telle que les artistes la voyaient alors et pour nous maintenant il s'agit encore de cette même crèche telle que les santonniers la voient et telle que nous la faisons en référence à ce village provençal imaginaire de jadis où hommes, femmes, enfants, vieillards et animaux vivaient en harmonie avec la nature. Cette harmonie, cet équilibre, cette nostalgie je les retrouve aussi dans ces deux tableaux, mais cela est exprimé différemment, selon les codes et critères d'une époque. Les temps changent et passent, pas notre désir d'une vie plus sereine, apaisée.


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Pierre Parrocel, adoration des bergers dans la chapelle Ste Cécile.

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Pierre Parrocel, le tableau de l'adoration des bergers.


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Pierre Parrocel, l'adoration des Mages.

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Cliquer sur les images pour les agrandir

Photos Daniel, reproduction interdite sans autorisation.

 
 



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Dimanche 10 juin 2007

A regarder dans son ensemble le tableau de la Vierge  à l'Enfant, on constate que la Vierge entourée d'angelots a pour trône un croissant de lune. Cela porte à croire qu'il s'agit bien d'un portrait de la Vierge et non de Sainte Marthe. On voit sous le tableau une partie de la tombe de ste Marthe encadrée de deux sculptures dont l'une doit certainement sa décapitation aux révolutionnaires locaux qui semble -t'il ont davantage respecté l'évèque placé à gauche. Si un tarasconais par hasard lit ses lignes et veut bien laisser un commentaire mettant fin à notre incertitude... A suivre, d'autres tableaux de la collégiale méritent qu'on les voit...

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Vendredi 8 juin 2007
Pour aller à Tarascon en venant de par chez nous, c'est à dire du côté de Nîmes, il faut traverser le Rhône à la sortie de Baucaire. Même si un pont relie les deux villes que sépare le fleuve, on a l'impresion que c'est la seule chose qu'elles ont en commun car on sent de la rivalité dans l'air. L'une est encore en Languedoc, l'autre, passé le Rhône, frontière véritable, nous accueille en Provence. Tarascon, c'est pour moi avant tout la ville des santons même si leur présence est bien éphémère, limitée au temps de leur grande fête annuelle qui ne dure que deux jours. Naguère, je l'ai déjà présenté ici, j'aimais aussi Tarascon pour son grand marché aux plantes de la Pentecôte qui a hélas perdu beuacoup sinon tout de son éclat. Mais la vraie richesse de Tarascon c'est son histoire qui a rendez-vous avec l'Histoire, la grande,  qui a le privilège d'être encore présente à travers ses murs, ses rues, maisons, se monuments bien sûr, mais aussi sa légende, ses héros, réels ou fictifs. On comprend alors pourquoi la tradition a ici quelque chose de sacré.

Tarascon doit son nom à la tarasque, ce dragon  qui, selon la légende, hantait la ville et le Rhône, vivant dans une caverne au bord du fleuve. Marthe a débarqué en Provence avec les Saintes Marie de la Mer. Chassées de Palestine, livrées au gré des flots, Marthe se sépara de ses compagnes pour venir porter la parole de l'évangile à Tarascon où les habitants acceptèrent de se convertir à sa religion si elle les débarrassait du monstre qui semait la terreur par ses méfaits.  Marthe a une foi si forte qu'elle terrasse la bête immonde et devient ensuite la sante patronne protectrice de la ville. Une première église est construite dans les premiers siècles. La crypte existe toujours avec le tombeau de Marthe au-dessus duquel rayonne ce portrait de la Vierge assise sur un croissant de lune. Au-dessus se dresse la partie romane datant du XIIème siècle, avec son portail qui a perdu ses personnages sculptés à la Révolution. La partie la plus importante de l'église actuelle est gothique (XIVème  et XVème siècles). Elle a le titre de collégiale car elle abritait une communauté  canoniale, c'est à dire un collège de chanoines chargé de diffuser la foi et vraisemblablement le culte de Ste Marthe.

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Dans la crypte, au-dessus de la tombe de Ste Marthe cette Vierge à l'Enfant. A moins qu'il ne s'agisse d'un portrait de Ste Marthe tenant l'Enfant-Jésus dans ses bras. Alors que près des autres tableaux accrochés aux murs des chapelles de la collégiale, une affichette renseigne le visiteur curieux sur l'oeuvre, là, rien. Comme si le secret était réservé aux tarasconais qui eux bien sûr doivent savoir. N'empêche, me revoilà plongé au coeur d'un sujet passionnant : la représentation de la Nativité par les artistes. On n'est pas à la crèche avec ses santons et les santonniers, mais on en n'est pas loin...


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( détail central du tableau qui représente la Vierge _ ou Marthe?_ sur un croissant de lune).

Photo Daniel.
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