lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
...
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En ce dimanche 7 octobre, sur les bords du Vidourle on fêtait la St Michel. Certes avec quelques jours de retard sur le calendrier officiel qui fixe
cette commémoration au 29 septembre. Sommières est dans le Gard. Nous traversons la frontière de l'Hérault pour y aller depuis Beaulieu, notre village. Mais Sommières n'est pas loin : 12
km séparent les deux localités. Les mêmes traditions nous réunissent, notamment cette passion pour les taureaux de Camargue que l'on trouve dans un périmètre situé tout autour du delta
du Rhônr, à cheval sur deux régions : le Languedoc et la Provence. Les arènes de Sommières ont en plus l'avantage d'être ombragées par des platanes tout autour. Leur dimension moyenne, à
taille humaine fait que le public a du plaisir à suivre les courses de taureaux. Mais pour la St Michel il n'y avait pas de taureaux. Pour une fois ce sont les moutons qui avaient la
vedette. Spectacle étonnant que celui du troupeau traversant le pont romain, puis la vieille ville jusqu'au Bourguet pour rejoindre la vaste esplanade ombragée qui n'en finit pas de s'étaler
devant les arènes. Il y avait dans l'air une ambiance de crèche vivante. En voyant défiler les bergers et leur troupeau, je croyais voir l'image vivante des santons qui peuplent ma
crèche


Dans nos villages, la journée à l'ancienne fait désormais partie du programme de toute fête qui se respecte. A l'ancienne, c'està dire, comme
autrefois. On ressort des greniers et débarras habits d'antan et vieilles dentelles. On essaie de retrouver l'espace d'une journée le charme perdu d'un passé qu'on imagine simple, joyeux, sans
histoires. On croit revivre ce qui faisait tout le charme de la vie à la campagne au temps des attelages, des charrettes et des chevaux de trait. Ah ce bon vieux temps où l'on savait rire et
danser sans sono ni projos, ni dj, ni pétards. Parfois même un accordéon suffisait pour endiabler le bal. La tradition du déjeuner au pré chez le manadier
voisin a gardé tout son charme . Là, les gardians vont trier les taureaux pour les mener au bouaou, enclos sommaire fait de planches brutes fixées sur des piquets, en forme
d'arène, où les plus intrépides iront s'essayer à faire des rasets après avoir partagé la saucisse grillée arrosée de quelques bouteilles de vin rosé du pays. Puis le joyeux cortège repart au
village pour l'abrivado et l'incontournable apéritif sans lequel il n'y a pas de fête possible.
Je fais vite et résume mal le déroulement des choses, mais les images qui suivent les racontent bien mieux que moi.
Le tri des taureaux à la manade Vitou :
Départ des attelages de la manade vers le village de St Geniès situé tout à côté :
Abrivado à St geniès.
Et un grand merci à Claude pour ces videos réalisées par un de ses amis.
Il faisait beau ce dimanche 23 septembre et c'était la fête partout en ville, sur les quais, sur le canal où se croisaient les barques des jouteurs et bien sûr dans les arènes. Sabri Allouani a fait exploser le compteur de la course en raflant 43 points pour le trophée des As. Mais il a fait aussi exploser l'applaudimètre pour sa bravoure quand Michou après une course poursuite aux planches s'est dressé contre la barrière et lui a déchiré le pantalon d'un coup de corne vengeur. On n'était plus au pays des merveilles mais à celui de tous les dangers.
Du courage et un immense talent mais des bricolages à la Dubout en coulisse.
La course dans son ensemble a été réussie. Elle paraissait bien quand même un peu cousue main pour assurer le triomphe de Sabri Allouani. Palavas est son fief et ici, en coulisse, les bricolages à la Dubout ne sont jamais bien loin. Dommage, car ces arrangements n'entament en rien son mérite. Il a encore une fois fait la démonstration éclatante de tout son immense talent et de son courage. Et Dieu sait qu'il en faut pour aller chercher les attributs accrochés entre les cornes des taureaux.
Des spectateurs tout droit sortis d'un dessin de Dubout.
Mais voilà, j'ai eu bien du mal à suivre ses exploits. Les spectateurs qui se trouvaient pas loin de moi à force de ressembler à des personnages à la Dubout ont fini par me gacher tout le plaisir de la course. Notamment ces deux grandes dames portant ostensiblement pantalon et chemise blanches avec logo d'une manade connue qui n'arrêtaient pas de fumer. Qui plus est, placé là où j'étais, j'avais la vue sur les arènes bouchée par leurs chapeaux de paille en forme de soucoupe volante. En plus elles affichaient cette mine crispée de ces gens entendus qui semblent être au courant de tout. Elles attendaient la sortie de leur taureau fétiche pour l'ovationner comme des midinettes à un concert de je ne sais quel artiste à la mode. Cette frénésie m'agaçait d'autant plus que les charmes de la jeunesse avaient déserté leur visage depuis belle lurette. Et les couches de crème et autres coups de crayon ou de rouge qui venaient renforcer le contour de leurs traits ne faisaient qu'amplifier le désastre. A leurs côtés un sexagénaire débraillé à la bedaine généreuse, les joues flasques et le poil mal taillé fumait cigarillo sur cigarillo. A trois places de là une autre sexagénaire visiblement éméchée semblait sortie tout droit d'un film de Fellini. Elle ricanait pour un oui ou un non, la clope collée aux lèvres, prononçant des sortes de borborigmes que seuls ses voisins et amis semblaient comprendre en opinant du chef à coups de rigolades.
Les temps sont durs pour Mickael Matray qui affronte l'adversité seul contre tous, il mérite bien un hommage.
Alors quand Michou est sorti, malgré sa prestance et sa vaillance, malgré tout le remarquable travail réalisé par Allouani j'ai eu beaucoup de mal à me concenter sur ses prouesses. J'en suis finalement resté à celles de Mickael Matray dont certains disent pourtant qu'il manque d'élégance dans ses rasets. Il est vrai que dimanche les taureaux mais surtout ses concurrents, qu'ils soient raseteurs ou tourneurs ne lui ont laissé guère le temps ni l'occasion de s'appliquer à faire de beaux rasets. Il cherchait lui aussi à engranger des points. Mais lui était vraiment seul contre tous et il est encore plus seul aujourd'hui face à son destin de raseteur. Les temps sont durs pour lui, il affronte l'adversité avec courage. Il mérite bien un hommage. Salut l'artiste, et à bientôt j'espère.

Mickael Matray rasetant Grillon de la manade Lautier avec beaucoup d'élégance non?
Mickael Matray allant avec assurance et détermination vers Grillon de la manade Lautier.
La concurrence est rude au sein des raseteurs.


Voici Vidourlen de la manade Mermoux.
Les photos qui suivent le font voir raseté par Mickael Matray


Après Vidourlen, voici, ci-dessous, Michou de la manade des Baumelles;
Michou et Mickael Matray.
Et pour finir, des photos de Pluton de la manade Nicollin et Mickael Matray.
Pluton de la manade Nicollin qui semble avoir l'oeil attendri par la main de Mickael Matray posée sur son frontal.
Ce qui n'empêche pas Pluton de poursuivre Mickael Matray en passant son mourre sur les planches.
Salut l'artiste, j'espère, et je ne pense pas être le seul à te le souhaiter, qu'on te reverra bientôt dans les arènes !



