lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog raconte: des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du
village,  et autres radotages sur le passé et  la vie d'aujourd'hui.
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Jeudi 14 juin 2007
Dans cette vaste étendue proche des marais, ces taureaux ne sont pas perdus. Au contraire ils semblent être bien à l'aise dans leur élément naturel. Rois des grands espaces, ils forcent l'admiration du visiteur. A la belle saison je les vois presque tous les jours en passant sur la route et je ne me lasse jamais de ce spectacle que je considère un peu comme une faveur de la nature.

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Les taureaux se dirigent vers moi d'un pas assuré et déterminé. Ils n'ont rien d'agressif, ils croient peut-être, comme je l'ai déjà dit, que je leur apporte de la nourriture. Leur approche  suffit cependant à mettre un terme à mon état de contemplation bucolique.

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Mais non, je n'ai rien à leur donner à manger, je ne fais que des photos. Déçus, ils ne tardent pas à faire demi-tour et s'éloignent de la route vers les prés.

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Je ne sais rien du destin de ces animaux. J'espère en secret sans trop y croire qu'ils ne finiront pas aux abattoirs, qu'à l'exemple des grands cocardiers de Camargue ils passeront paisiblement sans inquiétude leur vie entière dans cette nature sauvage qui leur appartient. La nature est bien moins cruelle pour les bêtes que nombre de comportements des humains à leur égard. 
Mercredi 13 juin 2007
Chaque jour de la semaine, pour aller au bureau, je  passe par la route qui va de Sommières à Lunel.  Ca me permet de traverser  le pays des pescalunes sans avoir à emprunter les rues du centre ville. Ainsi je débouche directement sur la route de la mer, dite de la Petite Camargue, qui longe Marsillargues d'un côyé puis le canal de Lunel de l'autre, avec les marais, les vastes terres cultivées ou réservées au paturage des taureaux. Si on n'est pas officiellement en Camargue on en n'est pas bien loin et ceux des passants qui connaissent mal la géographie locale ne font aucune différence. Certes oui, ce paysage n'a plus rien à voir avec celui de nos garrigues familières. Pourtant, en fond de décor, la ligne d'horizon se ferme encore sur le Pic St Loup, notre toit du monde à nous qui resurgit toujours au moment où on y pense le moins. Tant qu'on ne le perd pas de vue on peut dire qu'on est encore au pays de chez nous. Je ne résiste pas au plaisir de prendre en photo notre montagne vue du canal et des marais par cette belle matinée de juin à la lumière généreuse qui donne des couleurs comme on ne peut les voir qu'en cette saison. Ici, la vie des choses et des gens s'organise qu'on le veuille ou non autour du Pic St Loup car il est le témoin du moindre de nos gestes et même quand on croit se promener en solitaire, il nous observe et semble deviner nos pensées cachées, savoir tout de notre désir brûlant pour cette terre. Je prends aussi en photo les taureaux. Ils sont assez loin dans le prè, mais quand ils aperçoivent ma silhouette, ils s'approchent vers moi au petit trot. Non pas pour me faire fuir;je crois plutôt qu'ils attendent de moi que je leur apporte de quoi manger. D'ailleurs quand ils se rendent compte que j'ai les mains vides, ils font aussitôt demi-tour. Je reste planté là un bon moment à les regarder. J'en oublie presque le bruit incessant des voitures qui à intervalles irréguliers foncent sur la route dans les deux sens. Je contemple encore longuement le Pic St Loup, tout étonné de le voir semblable à lui-même, inchangé depuis mon enfance. Cet état de permanence des choses qui ne changent pas force mon respect et mon admiration. C'est comme si je le voyais pour la première fois, ou plutôt, si vous préférez, c'est comme sur une scène immense de théâtre : les acteurs et les faits qui se déroulent dessus changent avec le temps, mais le décor au fond reste le même. Il est ce grand témoin silencieux qui voit défiler nos vies à ses pieds.

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Le Pic St loup d'un côté, les taureaux de l'autre.

  
Lundi 11 juin 2007
Passé le Rhône, nous voilà à Tarascon en terre de Provence. C'est là que commence le pays d'où nous viennent nos traditions. Mistral et sa Coupo Santo ne sont pas loin. J'ai d'abord aimé cette ville pour la Pentecôte au temps où les fleurs envahissaient les rues, maisons anciennes et monuments. Je me souviens des années où la crypte de Ste Marthe était décorée de lys, de roses comme un reposoir de la fête Dieu. Quelques années plus tard, j'ai découvert la foire aux santons qui n'avait pas alors l'importance qu'elle a prise depuis. Je crois bien que cela fait maintenant près de vingt ans que mon ami et moi venons deux fois l'an à Tarascon. Un peu comme un pélerinage, une fois avant Noël pour les santons, et à Pentecôte pour les fleurs, même si je crois que désormais, la fête de sfleurs ayant perdu toute originalité, nous ne viendrons plus que pour les santons. Mais chaque fois que nous venons nous repartons rarement non sans avoir, comme une sorte de rite, rendu visite à la collégiale Ste Marthe. A chaque fois j'ai l'impression de la découvrir pour la première fois. Même effet de surprise face à la noblesse et à la pureté de son architecture et à la richesse de sa décoration faite de tableaux, reliquaires, statues, sculptures, avec au fond le grand orgue avec son imposant buffet du XVIIème siècle. Au fond de l'église, vers le portail d'époque romane, dans une chapelle latérale vouée à Ste Cécile, trois tableaux de Pierre Parrocel (fin du XVIIème, début du XVIIème) dont une adoration des bergers et une adoration des mages. L'accès à la chapelle est fermée par une grille, mais on peut quand même voir ces oeuvres de côté. Je suis heureux de retrouver à chaque visite ces tableaux de la Nativité qui évoquent l'ambiance de la crèche  telle que les artistes d'alors la voyaient, conformément à l'art de leur époque et à l'enseignement que l'Eglise voulait alors diffuser. Une atmosphère sereine et paisible imprègne ces oeuvres. Les personnages principaux semblent surgir de la profonde nuit des temps pour annoncer et faire vivre et revivre indéfiniment la nouvelle de la naissance de l'Enfant porteur de la lumière. Nous sommes loin de ce que nous voyons aujourd'hui dans la crèche et les santons de Provence. Pas si loin que ça cependant.  Ici, dans cette chapelle Ste Cécile, il s'agit de la crèche telle que les artistes la voyaient alors et pour nous maintenant il s'agit encore de cette même crèche telle que les santonniers la voient et telle que nous la faisons en référence à ce village provençal imaginaire de jadis où hommes, femmes, enfants, vieillards et animaux vivaient en harmonie avec la nature. Cette harmonie, cet équilibre, cette nostalgie je les retrouve aussi dans ces deux tableaux, mais cela est exprimé différemment, selon les codes et critères d'une époque. Les temps changent et passent, pas notre désir d'une vie plus sereine, apaisée.


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Pierre Parrocel, adoration des bergers dans la chapelle Ste Cécile.

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Pierre Parrocel, le tableau de l'adoration des bergers.


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Pierre Parrocel, l'adoration des Mages.

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Photos Daniel, reproduction interdite sans autorisation.

 
 



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