lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog raconte: des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du
village,  et autres radotages sur le passé et  la vie d'aujourd'hui.
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Vendredi 23 juin 2006

En fait la vraie Margarido est en principe représentée juchée sur son âne qui trotine comme je l'ai déjà montrée. C'est celle que je mets dans ma crèche qui est de Carbonnel.

C'est dans la pastorale de maurel qu 'elle est ainsi définie : "elle va sur son âne, habillée confortablement d'un jupon de drap,d'un grand châle de laine; elle porte une pompe à l'huile et un panier dans lequel, sous un torchon blanc, elle a déposé ses oreillettes, qu'elle cache par avarice..." Dès lors tous les personnages féminins vêtus de la sorte portant paniers et pompes sont appelés Margarido. Il n'ya pas vraiment de règle et chaque santonnier donne à ses santonsle nom qui lui plait.

Alors voici une de ces braves femmes qui évoquent plus ou moins Margarido et aussi la Virginie de Garlaban de Thérèse Neveu. Pour moi ce sont ses cousines. Braves, généreuses, avec la langue bien pendue, ce sont en général d'excellentes cuisinières. Elles emportent dans leur panier des nourritures dont elles ont sinon le secret du moins l'art de les réussir parfaitement. Rien qu'à voir ce santon de Marius Chave mais non signé, on sent ces odeurs de cuisine qui réveillent notre faim.

 

Mardi 20 juin 2006

Elle aussi  porte un panier sous un bras et tient une pompe dans son autre main. Elle n'a pas de chapeau sur sa coiffe, elle pourrait s'appeler Margarido, mais une Margarido jeune, son visage n'est pas celui d'une vieille même s'il s'agit d'un vieux santon, très vieux même, non signé, comme c'était le cas avant les années 1920. Il est léger car très mince, bien creux à l'intérieur, avec à peine une couche fine d'argile. Le moule qui a servi à le faire était usé, les traits du visage sont comme flous, ils se sont estompés peu à peu. Les couleurs sont patinés à souhait, leur matière est lisse, les doigts glissent dessus comme une caresse. Dessous l'argile est restée vivante. Femme de la campagne, elle fait partie des santons qui vont offrir ce qu'on appelle aujourd'hui les produits de la ferme ou du terroir. En bonne maîtresse de maison, avant de partir pour la crèche elle a rempli son panier en puisant dans les provisions qui garnissent les placards de l'arrière cuisine. Charcuterie, confitures, fromages, oeufs, figues sèches et pâte de coing. Difficile de savoir, ici un torchon étalé sur le panier protège les victuailles.

 A la campagne il y a toujours à manger à la maison sans aller courir à l'épicerie. Au village notre mère n'était jamais prise au dépourvu, elle avait un malin plaisir à improviser tout un repas de fête pour des visiteurs de passage qu'on n'attendait pas mais qu'on gardait à table pour le repas. Les paysans se privaient de tout sauf de bien boire et bien manger. A la maison il y avait  toujours quelque chose de prêt à l'avance pour le cas où, comme cette pompe, un genre de fougasse d'Aigues-Mortes comme on l'appelle chez nous.

 Nombreux sont les santons qui comme Margarido s'en vont d'un pas joyeux vers la crèche en emportant de la nourriture pleins les bras. On les appelle des offrants, sauf André François qui dans son livre "Santouns" préfère le vocable gentiment désuet de donatrice ou donateur. Normalement dans un crèche à part les figures de la sainte famille, les personnages bibliques, tous les autres sont soit des offrants, soit des orants qui prient à genoux ou s'émerveillent debout les bras en l'air comme le ravi. Par extension on suppose que les autres santons qui ont un métier et sont représentés occupés à leurs affaires ou à leur travail comme le forgeron, le laboureur ou le vannier iront plus tard offrir quelque chose qu'ils ont fait eux même.

 Dans une crèche il faut faire en sorte que chaque santon, chaque scène ait un lien, un rapport avec l'évènement qui est sa raison d'être : la naissance de l'enfant Jésus. Ce n'est pas forcément avant tout une histoire de religion, on peut croire ou pas, mais la crèche c'est la crèche, c'est une très vieille histoire que l'on met en scène en respectant ses origines et les traditions qui l'entourent. Une crèche c'est bien autre chose qu'une scène de nativité posée au fond d'un village provençal avec ses figures et ses métiers. Une crèche doit avoir un sens, celui que l’évènement de la nativité vient apporter à ce village provençal qu’elle investit. Comme les santons la crèche que l’on fait chez soi est un peu comme une œuvre d’art, et j’en connais de très belles qui ont leur place dans les musées. Mais pas ces soi-disant villages provençaux, ces évocations d’une Provence à paillettes, véritables usines à touristes pressés, installées dans des hangars avec grand parking devant. J’arrête là car j’angoisse, on se croirait dans des supermarchés du santon.

 santon ancien, non signé.

 

Lundi 19 juin 2006

Cela faisait longtemps que je rêvais d'avoir un santon signé Thérèse Neveu, la célèbre santonnière d'Aubagne. Il y a maintenant deux ans de cela en fouillant sur l'internet j'ai fini par en trouver un, assez grand, de 25 cm représentant un de ces personnages familiers d'Aubagne qui ont fait la gloire de la santonnière. Marchant d'un bon pas avec son large chapeau noir à bords plats, sa coiffe, son panier et sa canne, c'est Margarido ou Virginie de Garlaban dont parle dans leurs livres Arnaud d'Agnel, Marie Mauron et tous les autres auteurs d'histoire des santons. Le visage de mon aubaganaise est fin avec des traits doux, pas de rides. Rien à voir avec le visage buriné que Paul Fouque a réservé à son modèle présenté ici hier. Pourtant, à les regarder de près ils ont un peu la même allure. Tous les deux sont en marche même si le mouvement est plus visible chez Fouque, davantage suggéré chez Neveu. Et même si le tablier est chez Neveu dans les tons de jaune, il n'est pas criard et les motifs des vêtements ne sont pas fleuris comme des reposoirs. Les couleurs restent discrètes et plutôt sombres comme celles des habits d'avant.

J'aime ces santons simples mais bien faits sans excès de détails qui évoquent avec réalisme un épisode concret de leur vie. Quand ils sont trop jolis avec des finitions au moindre détail près ce ne sont plus que des magnifiques sculptures à exposer en vitrines. Une beauté avec quelque chose d'irréel, coupé du concret de la vie ordinaire des jours banals. La beauté du santon c'est la vérité du personnage dans sa simplicité.  C'est dans le décor de la crèche qu'il a sa palce naturelle, que son mouvement, son allure prennent un sens et qu'il devient beau car il raconte une histoire. Voilà, un santon est beau quand il livre un peu de son histoire, quand rien qu'à le voir il raconte un peu sa vie.

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