lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Triste anniversaire, celui de la gelée de 1956, c'était le 2 février, il y a tout juste 50 ans. Elle a fait fuir de nombreux agriculteurs vers la ville pour y travailler. Mes parents ont été pris dans cette tourmente. Ma vie d'enfant insouciant a basculé d'un seul coup dans l'univers incompréhensible des adultes. Seuls les gros propriétaires ont survécu et les jeunes qui ont repris le flambeau en produisant des vins d’appellation contrôlée. L’arrachage des vignes transformées en jachères a fait des dégâts sur le paysage, sans parler des sols pollués de plus en plus par le recours systématique aux produits chimiques. Difficile de mettre une photo de ma crèche pour illustrer cela. Pourtant, pour faire les rochers et les montagnes qui forment l'ossature du paysage de ma crèche, j'utilise des souches d'olivier qui avaient gelé en 56, qui se trouvaient encore au fond d'un roncier et que des amis m'ont données.

En 1956, même les oliviers ont gelé. Depuis ils ont repoussé et d'autres ont été plantés. A Sommières, pas loin du village il y a un moulin où on porte les olives pour en faire de l'huile. Roger Jouve, installé à Luynes à côté d'Aix, a fait en santons des ramasseurs d'olives, (la femme sur son échelle et celle à côté avec une corbeille d’olives). Pour reconstituer la scène des olives, j'utilise des branches de thym qui ressemblent un peu à des oliviers. Ma crèche c'est du rêve, du rêve construit sur des larmes.
Cette gardienne d'oie, c'est encore un santon de Robert Canut. Pour un peu on croirait une photo prise à la campagne avec pour sujet une vraie fermière. Mais non, c'est bien d'un santon qu'il s'agit, humble figurine en terre cuite de 8 cm, tel qu'on pouvait le voir dans ma crèche.

Assise sur un rocher, elle tricote tandis que les oies s'approchent d'elle. Son regard est droit mais lointain, comme si elle pensait à autre chose qu' à ses oies. A son amoureux peut-être, ou bien à rien d'autre que savourer ce moment de vie simple partagé avec ses bêtes. Encore une scène de la vie rurale d'autrefois que Robert Canut nous offre pour nous faire imaginer le bonheur du paradis perdu de notre enfance.
Robert Canut est un des rares santonniers capables de réaliser une scène aussi élaborée que celle de ce paysan labourant son champ à la charrue que tire le cheval. Cette composition témoigne de l'attachement véritable du santonnier à ce qu'était jadis la vie simple du laboureur travaillant la terre pour en vivre.
Quand je regarde de près cette évocation du labourage, je retrouve tout de suite le monde rural de mon enfance et je sens l'odeur de la terre fraichement labourée sur laquelle on n'ose pas poser ses pas de peur de laisser des traces sur le sillon immaculé. Je vois les insectes attirés par les nourritures que libère la terre retournée. J'imagine le laboureur marquer un temps d'arrêt pour boire à la gargoulette en approchant de ses lèvres la gourde enveloppée d'un chiffon de feutre humide pour garder au vin coupé d'eau toute sa fraicheur. Les santons de Robert Canut ouvrent grandes les portes de notre monde imaginaire.



