lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.

Mon blog raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.

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Vendredi 14 avril 2006

 

 

Vendredi-Saint. Comme jadis dans les églises pendant les derniers jours du carême, les santons en ce jour  de deuil s'effacent à leur tour derrière le voile violet dont les pieuses âmes recouvraient les statues. L'enfant Jésus de la crèche est mort sur la croix en ce jour où, comme le chante Parsifal dans l'opéra de Wagner, la nature refleurit, fécondée par les larmes du repentir et c'est l'enchantement du Vendredi-Saint.... 

Je me souviens avoir lu dans je ne sais plus quel livre que dans certaines crèches un chemin serpente dans le paysage rocheux jusqu'au sommet de la colline où domine un petit calvaire avec le Christ en croix.

La crèche de l'église est installée dans la chapelle des fonds baptismaux, surplombée par une statue de St Pierre qui est voilée par un drap couleur muraille devant lequel sont installés des pins coupés dans la garrigue pour créer un fond végétal.

Le Vendredi-Saint, les autels sont dépouillés, comme la crèche  la veille de la Chandeleur.

Démontage de la crèche de l'église, la veille de la Chandeleur 2006.

Jeudi 13 avril 2006

Les santons, c'est avant tout Noël et la crèche, les fêtes du solstice d'hiver. Nous voici en ce jour du Jeudi Saint tout près de Pâques. Avec la nouvelle lune de printemps, la nature renaît. Les paysages de Provence ont alors des couleurs éclatantes de pureté et de vie qui tranchent avec les habituels champs de lavande et autres clichés du genre.

Voir ici de belles photos sur la Provence au printemps.

Jeudi Saint, jour de fête. Jadis quand j'étais pensionnaire chez les bons pères, après l'office nous avions droit à un bon repas avec du saucisson en entrée, du vin rosé, un plat de viande amélioré, une crème ou un flan pour dessert. Nous fêtions l'institution de l'eucharastie. Puis après nous allions religieusement nous recueillir devant le reposoir en fleurs, illuminé de quantités de cierges, pour une longue veillée de prière pour accompagner Jésus dans sa Passion, son agonie qui débutait dans la nuit avec la trahison de Judas au jardin de Gethsémani... Le lendemain matin nous allions en ville visiter les reposoirs des églises.

Je me suis éloigné de la foi de mon enfance et ce sentiment résiste mal aux assauts de la raison et du temps, surtout quand la réflexion vient s'attarder en tournoyant sur la question du mal. Ce mal présent partout dans le monde, avec pour seul exemple, le spectacle insupportable du massacre des enfants. Comment croire encore en un Dieu bon  disent certains philosophes après l'horreur de la shoah? Vaste débat. Certains expliquent le mal par la liberté que nous avons de choisir entre lui et le bien. Encore faut-il être vraiment libre de son choix. Débat plus vaste encore. Qui dépasse  le cadre de ma modeste pensée et nous éloigne du ton de ces chroniques pastorales.

En attendant, le monde a bien besoin de la lumière que le berger tient à bout de bras pour éclairer ses pas et celui de son troupeau. C'est pourquoi, ce berger, un vieux berger de Fontanille, je le place inlassablement chaque année au devant de ma crèche sur une hauteur, comme porteur d'espoir pour le monde.
Désolé si ce soir la nostalgie m'égare vers de tels horizons, mais je crois l'avoir déjà dit, les santons, la crèche, c'est pas du pur bonheur, c'est juste une façon d'être mieux malheureux. De mieux supporter les malheurs de l'existence qui nous entourent et de garder quelque part un espoir malgré tout.

le berger lanterne de Fontanille

Mercredi 12 avril 2006

Les bergers, à force de les voir dans la crèche, on finit par les idéaliser, en faire des personnages à part, des êtres de la nature, qui ont trouvé ce que nous cherchons, le secret de la vraie vie, avec cette façon de vivre simple, paisible, harmonieuse. Un bonheur authentique malgré les efforts et la peine qu'exige ce métier. Pourtant, ils vivent dans le même monde que nous, même si leur univers est différent. En témoigne cette photo du berger de Luceram (merci à Alysiane !). C'est lui qui à Noël, défile avec avec d'autres bergers, frappe trois coups à la porte de l'égklise et vient offrir un agneau lors de la messe de minuit. C'est la cérémonie du pastrage, avec des variantes selon les traditions particulières propres à certains endroits de Provence.

Luceram est près de Nice. Les habitants du village réalisent chaque année des crèches devant leur maison, derrière une fenêtre, pourque les visiteurs puissent les voir de la rue. Des milliers de visiteurs se pressent chaque année. (Voir ici des photos.)

Je me souviens, enfant, avoir vu  quelques fois la transhumance traverser le village. Quel bruit ! Il me semble entendre encore le troupeau arriver au loin, un bruit sourd, de plus en plus fort, celui des sonnailles. Les bergers passaient devant nous sans un mot, sans un regard, absorbés par leur tâche, occupant tout l'espace d'un bout à l'autre du village, fiers de voir sortir les gens devant leur porte pour contempler le spectacle de cette marée de moutons chargée de  mystère, porteuse d'une vérité cachée qui venait anoblir cette terre, ces paysages de garrigue. J'éprouvais alors de la fierté, malgré mon jeune âge, je ressentais le lien vivant qui m'attachait à cette terre.

 

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