lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.
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Il est interdit de copier photos et textes.
Le métier de berger n'est pas un métier comme les autres. Il est perçu dans notre imaginaire comme un personnage particulier, hors du commun, avec sa part de mystère. Il connaît le chemin, la route qui conduit vers les bons paturâges. Il surveille et protège son troupeau, il vit au rythme des saisons, de la nature. Il a le temps de réfléchir, méditer, d'apprendre des choses sur la vie, le bonheur,la mort, toutes choses que les gens pressés par leurs occupations ne sauront jamais. Il serait un peu sorcier que ça n'étonnerait personne. On suppose qu'il peut soigner quantité de maux avec des plantes sauvages aux vertus connues des seuls initiés.
Pourtant il est comme tout un chacun fait de chair et de sang et Jean Giono dans ses romans ne l'épargne pas toujours. Il lui fait vivre parfois des situations et incarner des personnages qui n'ont rien d'idyllique (comme dans l'iris de suse que je viens de lire). Et quand bien même il serait ce brigand des grands chemins qui a croupi en prison avant de rencontrer sur sa route le troupeau et devenir berger, cela n'empêche pas le charme de jouer. Etre berger, c'est marcher, longtemps, toujours avec la lourde responsabilité de conduire un troupeau. Cela oblige à beaucoup d'attention aux choses, et la moindre erreur ne pardonne pas. C'est vivre à chaque instant l'heure de vérité, celle où le brigand oubliant ce qu'il était, laisse place peu à peu à ce qu'il y a de meilleur en lui-même, car il y a toujours quelque chose de meilleur à révéler dans un individu, même chez la plus sordide des canailles.
J'aime ce berger (de l'atelier Rampal de Marseille) car il a le regard de celui sait ou il va, il marche d'un pas décidé. Sa vie a un sens, il ne se perd pas dans la nature au sein de laquelle il sait trouver sa place au lieu de chercher en vain à la dominer comme la plupart des gens aux quatre coins du monde.

Je reviens sur ma récente visite chez Robert Canut à Tulette. En fait de photos, je présente toutes mes excuses, mais je n'en ai fait que deux, à peu près les mêmes. Pour deux raisons. D'abord la pellicule de mon appareil photo (je suis encore à l'ère argentique, mais plus pour longtemps) arrivait au bout de son rouleau, ensuite je n'avais guère fait l'effort de m'en procurer une toute neuve malgré mes déclarations répétées à mes amis.
Ca peut paraître bizarre, mais voilà, quand je vais chez un santonnier, surtout chez Robert Canut, je n'y vais pas en touriste, appareil photo en bandouillère. Je n'aime pas ouer au touriste. Quand je visite des monuments, une ville, un pays, j'ai toujours un peu la honte de venir déranger les gens chez eux. La veille, justement, un car de touristes japonais, envoyé par je ne sais quelle organisation de margoulins, avait fait halte chez lui et avait bombardé à coups de clics de photos tout ce qui pouvait l'être. R. Canut, c'est normal, ça lui a fait plaisir de savoir que des japonais s'intéressent à ses santons. Mais en même temps, j'en suis pas si sûr que ça, je me demande même si ça le gêne pas en quelque part de se voir ainsi réduit à un simple objet de curiosité. Son travail mérite bien une autre forme de reconnaissance, comme en témoigne par ailleurs son titre de meilleur ouvrier de France.
Le long et patient travail accompli depuis des années pour produire tous ces chefs d'oeuvre d'argile peinte, ne peut pas être transmis, compris lors d'une rapide visite coincée dans un programme surchargé de choses d'ici à voir et à découvrir. La photo n'est souvent qu'un simple cliché, un souvenir de vacances pour touristes pressés qui n'ont pas le temps de voir comme il faudrait pour se fabriquer de vrais souvenirs. Ceux-là, les vrais souvenirs, ils n'ont pas besoin de photos, ils nous habitent, on les garde en nous et leur force est celle du temps qu'il a fallu pour qu'on se les fabrique à coups de rencontres, de hasards, d'émotions partagées sur ce qui tisse peu à peu l'essentiel d'une vie.
Alors, pourquoi publier sa photo ici? Parce que, sans prétendre y arriver, j'essaie, à ma façon, avec mes recettes, mes souvenirs, de proposer une approche du monde de la crèche et des santons qui soit la plus authentique et le plus vraie possible. Cela fait longtemps que je tourne autour du monde des santonniers. Et en publiant cette photo, c'est un hommage sincère que je veux rendre à tous ces génies, travailleurs infatigables de l'argile, de la terre. La terre, c'est vrai, y a pas photo comme on dit, ça colle aux semelles, ça ne ment pas.
Vendredi-Saint. Comme jadis dans les églises pendant les derniers jours du carême, les santons en ce jour de deuil s'effacent à leur tour derrière le voile violet dont les pieuses âmes recouvraient les statues. L'enfant Jésus de la crèche est mort sur la croix en ce jour où, comme le chante Parsifal dans l'opéra de Wagner, la nature refleurit, fécondée par les larmes du repentir et c'est l'enchantement du Vendredi-Saint....
Je me souviens avoir lu dans je ne sais plus quel livre que dans certaines crèches un chemin serpente dans le paysage rocheux jusqu'au sommet de la colline où domine un petit calvaire avec le Christ en croix.
La crèche de l'église est installée dans la chapelle des fonds baptismaux, surplombée par une statue de St Pierre qui est voilée par un drap couleur muraille devant lequel sont installés des pins coupés dans la garrigue pour créer un fond végétal.
Le Vendredi-Saint, les autels sont dépouillés, comme la crèche la veille de la Chandeleur.

Démontage de la crèche de l'église, la veille de la Chandeleur 2006.



