lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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A la crèche de St Saturnin les Avignon on peut voir ces offrandes présentes sur un autel, ainsi expliquées :
"Siegue bon coume lou pan, Plen coume un iou, Saur coume la sau, A dré coume une brouqueto."
"Qu'il soit bon comme le pain, Plein comme un oeuf, Sage comme le sel, Et droit comme une allumette".
Au pays de Grasse, on dit : "Siegués bouan coumo lou pan, sagi coumo la saou, plen coum'un iou, e lou bastoun de vieillesso de tei parens!" (sois bon comme le pain, sage comme le sel, plein de santé comme un oeuf et le bâton de vieillesse de tes parents!).
Frédéric Mistral raconte ainsi sa naissance dans ses Mémoires:
"Ma première sortie sur les bras de ma mère, qui me nourrissait de son lait, lorsqu'elle fit ses relevailles, — tout cela vaguement, dans une lointaine brume, il me semble le revoir: elle, ma pauvre mère, dans la beauté, l'éclat de sa pleine jeunesse, présentant avec orgueil son "roi" à ses amies, et, cérémonieuses, les amies et parentes nous accueillant avec les félicitations d'usage et m'offrant une couple d'oeufs, un quignon de pain, un grain de sel et une allumette, avec ces mots sacramentels:
-Mignon, sois plein comme un oeuf, sois bon comme le pain, sois sage comme le sel, sois droit comme une allumette."
Cette gitane aux cheveux longs,avec un singe sur son épaule et une chèvre dans la corbeille que porte l'âne forme une scène insolite. Elle a une main posée sur le cou de l'âne qui vient appuyer sa tête contre son corps. Elle donne l'impression d'aimer ses animaux, d' y être attachée. Elle n'est ni jeune ni belle, elle est habillée simplement mais d'une robe de couleur vive. En général les santonniers réservent l'âne et son bât au seul usage du berger. Isoline Fontanille aime cette bête familière qu'elle met volontiers au service d'autres personnages. Cette gitane n'a rien d'une bergère mais comme les bergers elle vit au contact de la nature, proche des animaux, à l'écart de la société.
On comprend mieux encore sa préférence pour les animaux si on considère qu'aujourd'hui encore les préjugés ont la vie dure à l'encontre de cette communauté pudiquement rebaptisée sous le vocable de "gens du voyage" par signe de respect à son égard. En fait on peut se demander s'il ne s'agit pas d'un cache misère plus convenable qui permet de boter en touche, comme si les mots simples et vrais faisaient peur ou suffisaient à changer à eux seuls la réalité des choses. Les mots mentent aussi.
Si j'étais né gitan, je serai fier de porter cette identité, d'autant que beaucoup sont devenus sédentaires, parqués dans des terrains sommaires ou des quartiers mal famés, ils ne voyagent plus. Les gitans, comme dans la chanson, ne sont plus "assis près de la flamme claire". Mais cette flamme claire brille de tous ses feux dans le regard de la gitane d'Isoline.
Toujours chez Isoline, sur une autre étagère de son atelier, des bergers attendent que la santonnière achève de leur donner vie. Voilà le destin de ces formes brutes de terre cuite arrachées à la terre par le travail de modelage sans cesse recommencé dans le mouvement des mains de l'artiste. Ces santons sont de véritables sculptures qui racontent comment la nature peut se plier au travail créateur de l'homme sans être ni asservie ni détruite mais embellie. Ces santons portent en eux toute la beauté de l'harmonie du monde, la complexité des choses. L'argile est la matière du monde qui nous parle plus que toute autre, elle évoque le travail de création de l'univers et nous ouvre la porte vers les espaces et les temps immémoriaux.
Avant hier sur France Culture, Albert Jacquard dans son "regard", un billet quotidien, parlait du big bang comme limite au de là de laquelle on ne peut plus parler d'avant car nous ne sommes plus dans l'espace- temps. J'ai trouvé cette page sur ce site dont j'extrais cette courte citation : "Si je remonte ma généalogie très loin, jusqu'à 15 milliards, juste après le Big Bang, je m'aperçois que j'ai une généalogie qui d'un côté donne moi, et d'un autre la goutte d'eau. Je suis un morceau de l'univers, ou comme le dit joliment Hubert Reeves "je suis une poussière d'étoiles".



