lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
...
La page d'acueil présente mes dernières publications par ordre chromologique. Pour voir la suite cliquer sur le numéro
de page en bas.
Pour accéder aux sujets qui vous intéressent, choisir dans la colonne de droite, dans la rubrique
catégorie.
Pour laisser un commentaire, cliquer sur commentaire en bas à droite de l'aricle,
dans la fenêtre qui s'ouvre mettre votre commentaire et ne pas oublier de recopier dans la case en bas à droite les lettres que l'on lit plus ou moins déformées sur le dessin en bas à
gauche.
Cliquer ici pour accéder directement au
Forum "Santons et crèches de Provence".
Pour dialoguer et échanger des messages entre passionnés de santons et crèches.
Interdiction de copier photos ou textes
Le 25 mai, les gitans comme chaque année viennent aux Saintes Maries de la Mer fêter Sainte Sarah et les saintes Marie Jacobé et Salomé. Après Lunel, quand je prends tous les jours pour aller au bureau la route de la mer, il n'est pas rare que je croise des caravanes qui vont vers les Saintes en empruntant l'itinéraire qui longe Aigues Mortes, passe par Sylvereal, traverse le petit Rhône, pour rejoindre en Camargue l'axe principal venant d'Arles. Ce qui fait que cette terre perdue au bout du monde entre la mer et le Vaccarés, entourée de digues, malgré son étrangeté est en fait proche de nous, je veux dire, de notre horizon.
Longtemps j'ai vu, abandonnée sur la cuve de la remise une grande gravure encadrée de noir représentant les scènes du débarquement des Saintes sur la côte. Ma grand'mère me racontait l'histoire du pélerinage des gitans qui portaient en procession Sarah, leur Sainte patronne noire, de l'église jusqu'à la mer en n'hésitant pas à se mouiller pieds, jambes, chaussures et vêtements pour accompagner le plus loin possible en mer les porteurs tenant sur leurs épaules le brancard de la statue vénérée. J'ai assisté il y de cela très longtemps au début des années 70 à la cérémonie de descente de la châsse contenant les cendres des saintes, j'ai vu se tendre les mains des gitans assemblés en foule tout autour pour essayer de toucher les reliques ou avoir l'honneur de les porter en procession. Les gitans font partie de la culture camarguaise et de nombreuses familles sillonnent la région ou campent dans des caravanes à l'entrée des villes dans des conditions souvent difficiles car rares sont les municipalités qui aménagent des aires équipées pour leur accueil.
les gitans sont présents dans la crèche, en couple, l'homme un poignard à la main, un foulard rouge autour du cou avec une grande cape, la femme avec un bébé dans les bras ou sur son dos avec un tambourin dans la main, parfois accompagnés d'un singe ou d'un ours. Parfois le campement est représenté avec au centre le feu surmonté d'une marmite où cuit la soupe. Tout autour, la roulotte, le cheval, le rampailleur de chaises, le joueur de guitare, un couple dansant le flamenco. Paul Fouque a réalisé une très belle scène de personnages autour de la roulotte en marche.
Dans la pastorale le gitan a mauvaise réputation, considéré comme voleur de poule, soupçonné d'enlever les enfants, toujours prêt à se servir de son poignard pour faire quelque mauvais coup. Pourtant comme tous les autres santons, il va vers la crèche apporter son offrande au nouveau né. Moi j'aime bien les gitans, leur fierté, leur attachement ancestral à la liberté, à leurs traditions, à leur culture. J'aurai l'occasion d'y revenir et de vous raconter pourquoi je me sens proche d'eux.

couple de gitans de Paul Fouque ( santons de 13 cm)
Pas de quoi pourtant faire chuter la fierté humaine de son piédestal.
Ce qui caractérise l’humain en le distinguant de l’animal résiderait, selon cete même revue, dans la capacité de l’homme à dominer la nature, à exercer sur elle son pouvoir jusqu’à finir par la détruire. L’homme se distingue de l'animal par son pouvoir de détruire la nature qu’il domine. La connaissance des choses va de pair avec la main mise sur elles. La science est la mère de la technique, de toutes les techniques, des meilleures comme des pires. Derrière la découverte du feu planait déjà le spectre de la bombe atomique.
Que nous soyons des animaux évolués voilà qui ne me surprend guère. J’ai trop de complicité avec mon chat pour ne pas éprouver comme évident un lien véritable de parenté avec lui. Pourtant une barrière infranchissable nous sépare. Comme le dit Michel Serres on n’a pas encore vu une vache danser dans un pré, ni à plus forte raison se mettre à mouler de l’argile pour faire un santon. Je crois que la différence en question se situe dans la main plus que dans tout autre organe ou toute autre faculté. La main prolonge la pensée.
Il n’est pas rare de trouver sur l’étagère d’un santonnier une main sculptée dans l’argile. Et ce n’est pas la main du santonnier qui met la planète en danger de survie. Un peu d’argile puisée dans la nature lui suffit et suffit à nous donner un immense bonheur, à faire renaître notre espoir d'un monde un peu meilleur. Rien à voir avec la main mise du savant sur le monde, sorte de main basse sur lui. Certes, internet, le téléphone cellulaire et autres techniques de pointe c'est bien, mais n'oublions pas Oppenheimer, le père de la bombe atomique, qui, réalisant la portée de son travail, aurait dit «Maintenant, je suis devenu un compagnon de la mort, un destructeur de mondes.».
Le chroniqueur de France Inter me donne une raison de plus de m’émerveiller un peu plus encore devant ce berger et ce mouton que le santonnier Agniel a créés avec ses mains, avec son coeur. ( merci à Alysiane pour la photo prise à Ramatuelle)
correctif :
Alysiane me signale que le nom du santonnier est en fait Barbara Clapié, donc une santonnière, installée à Lorgues (et non à
Toulon).
Il y a quelques années, Robert Canut était installé à Cazan. J'ai trouvé au hasard de mes recherches sur la "toile" un santon de 9 cm signé Canut Cazan Bouches du Rhône, représentant une jeune comtadine portant un panier de provisions, vêtue d'un corsage à manches larges avec de la dentelle au cou, un fichu croisé sur la poitrine et noué à la taille, avec un long tablier noir sur une jupe bleue, un bleu dont Canut a le secret et qui me fait penser au bleu du turban de ce jeune nomade touareg qui dédicaçait le récit de son histoire samedi dernier à la comédie du livre à Montpellier. Mais la coiffe de la comtadine est blanche et sa tenue n'est pas celle des jours de fête. Son visage respire la jeunesse, elle est belle comme l'étaient nos grands-mères quand elles avaient vingt ans et qu'elles rêvaient au jeune et charmant amoureux qui les séduirait. De lui ne nous reste souvent dans nos familles que le souvenir de ce grand'père aux traits tirés et à la démarche alourdie par le poids des ans et des soucis. Cette comtadine retrouvée n'a pas vieilli, elle est restée jeune et belle. Tel est le destin des santons, celui d'être figé à jamais dans la réalité que le geste créateur du santonnier leur donne. Ronsard n'aurait pas pu écrire pour elle son célèbre sonnet pour Hélène :
Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »
Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom, de louange immortelle.
Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.



