lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog raconte: des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du
village,  et autres radotages sur le passé et  la vie d'aujourd'hui.
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Vendredi 24 mars 2006

Le printemps, on le sait, une hirondelle le fait pas, encore faut-il qu'il y en ait une. Dans ma remise, les nids accrochés aux poutres sont encore vides. Le temps est gris, il pluviote.

Mais à défaut d'hirondelles, un livre a fait mon printemps. J'ai reçu par la Poste le livre que j'avais commandé sur internet, et que je n'attendais pas de sitôt en raison des encombrements de trafic annoncés. Devinez lequel? Un livre sur les santons pardi, celui de Françoise Delesty : "Mémoires des Santons de Provence".

A conseiller si vous voulez voyager au pays merveilleux des santons. Vous y  découvrirez les secrets du monde de la crèche et des santons. Même si les nombreuses photos ne sont pas légendées. Pour savoir qui a fait quoi, il faut aller chaque fois à la dernière page. Dommage aussi que ne soient pas mieux précisées les références de tout ce qui est rapporté concernant les faits et gestes, histoires et légendes de la vie provençale ancienne. Ces détails formels n'enlèvent rien à l'importance majeure de ce livre.

La crèche aujourd'hui perd de plus en plus sa vraie signification religieuse ( pour les croyants) et s'éloigne des valeurs traditionelles de la culture provençale (pour les incroyants) au profit d'une image de la Provence, superficielle pour touristes pressés, limitée au pastis, à la pétanque, à la belotte ou la manille, avec une dose de lavande, miel, huile d'oilve et savon de marseille. Croyants ou non, la crèche révèle la dimension spirituelle et les valeurs des gens de Provence et de leurs voisins du bas Languedoc dont je suis. Les crèches d'aujourd'hui représentent de plus en plus la vie d'un village provençal sans lien véritable avec la crèche, souvent reléguée au rôle de simple figurante en bas à gauche, ou perdue dans un coin du paysage.

Le grand mérite de ce livre est de remettre les pendules à l'heure en révélant le sensprofond de la crèche et des santons dans la culture provençale traditionnelle, la vraie, religieuse et profane, celle inspirée des textes sacrés, celle des Mistral, Daudet, Giono, Dellepiane , pour ne citer que les plus célèbres, avec la foule des félibres et autres mainteneurs des traditions.
(cliquer ici pour en savoir plus sur Dellepiane
)

Au chapitre des santonniers, trois grands santonniers s'en sortent avec les honneurs : Marcel Carbonel, Roger jouve et Paul Fouque. Marius Chave n'est pas oublié. René Pesante suit de près et il y a aussi les santons de Robert Canut, souvent en photos. Et Patrick Volpes occupe une bonne place. La photo de son santon l'aveugle et son fils, partage la vedette avec celui de Thérèse Neveu. Bel hommage ! Bref un palmarès avec lequel je me sens en parfaite harmonie.

Parmi les nombreuses citations présentes dans l'ouvrage, je retiens ce mot de Pierre Graille qui vaut à lui seul son pesant de terre cuite : "Il y a ceux qui vivent du santon et il y a ceux qui le font vivre". Vite, à commander avant épuisement des stocks ! 

J'apprends à l'instant que les hirondelles sont de retour. Elles s'affairent autour des nids de ma remise et semblent en peine forme. Comme on le chante dans je ne sais plus quelle opérette que fredonnait ma mère : "tout le monde est heureux, le printemps est dans l'air."

 

 la crèche 2005 de l'église de mon village.

Vendredi 24 mars 2006

 

Le Ravi de Marcel Carbonel en taille 15 cm. Une gestuelle réaliste en parfaite harmonie avec le personnage.

Dans la pastorale des santons, le Ravi s'émerveille de la beauté du monde et des choses. Tant et si bien qu'il finit par agacer les autres en répétant toujours la même chose.

Moi, depuis quelques jours, je suis un peu comme lui, le printemps n'arrête pas de me ravir. Le spectacle de tous ces arbres en fleurs m'émeut et me réconcilie avec la nature qui sait se rendre si belle à la sortie de l'hiver.

Le ravi est un personnage que l'on croit à tort un peu fada , ou simplet. "Es un paou inoucen" comme on dit par chez nous,  en ajoutant :"inoucen d'Aniano", en faisant allusion à une maison d'accueil pour les fous qu'il y aurait eu jadis à Aniane, dans le pays haut.  

En fait avant on n'enfermait que les fous dangereux. Il y avait au village des gens un peu dérangés. On disait qu'ils avaient le tracassin, que quelque chose les tracasssait, leur donnait du souci au point de monopoliser leur pensée sur quelques idées fixes, avec parfois des manies, des comportements un peu bizarres, des paroles insensées. Ils faisaient rire, on se moquait d'eux, mais on ne leur voulait aucun mal.

Dans ma famille, la soeur de mon grand'père a sombré peu à peu dans une espèce de folie. Elle ne s'est jamais mariée, elle avait la phobie des microbes, elle en voyait partout. Elle ne voulait pas qu'on s'approche d'elle, elle avait peur de nous transmettre je ne sais quelle maladie. Mes grands-parents l'ont gardée longtemps avec eux, elle était un peu particulière mais brave femme. Puis quand son état s'est dégradé, qu'ils n'arrivaient plus à la raisonner, ils ont fini par la placer à "Font d'Aurèle", qui était alors hôpital des fous de Montpellier. Ma mère m'amenait la voir de temps en temps. J'avais un peu peur d'elle. Pourtant quand elle était bien lunée, comme on disait, elle demandait des nouvelles de tout le monde, je veux dire de la famille et des gens du village. Ca fait déjà pas mal de monde... Les psychotropes n'existaient pas encore et c'étaient surtout les riches qui faisaient des dépressions nerveuses . Les gens parlaient, se parlaient et ne s'enfermaient pas dans l'individualisme solitaire actuel. A la campagne, il y avait trop à faire avec les soucis que donnaient les travaux des champs, on n'avait guère le temps de tourner la boule, je veux dire de devenir fou.

Mais, revenons au Ravi. Il ne travaille pas. Non qu'il soit fainéant, mais il n'a pas le temps. Il est trop en admiration des choses, ça l'occuppe toute la journée, et la nuit il rêve des étoiles dont il connaît les secrets à force de les contempler. Le Ravi a tout compris du mystère de la la naissance de l'enfant dans la crèche. Il n'a pas eu besoin d'entendre chanter comme les bergers les anges dans nos campagnes. L'hymne des cieux il l'a dans son coeur.

Mercredi 22 mars 2006

Voici le printemps. Le matin quand je vais à mon travail, à la sortie du village, en prenant la route de St Christol puis celle de Lunel, je vois dans la campagne le spectacle unique des amandiers en fleurs. Les champs d'arbres fruitiers explosent comme un bouquet de feu d'artifice. Mimosas et forsythias  jaunes illuminent la nature. Il y a de la couleur même par temps de grisaille. Pâques approche à grands pas, Noël est un souvenir lointain. Pourtant si la crèche, je veux dire la scène de la nativité n'est plus de saison, les santons le sont plus que jamais.

Bergers et moutons vont retrouver le chemin des alpages. Et la vie du village reprend de plus belle. les gens sont plus nombreux dans la rue, s'arrêtent plus facilement pour parler et sans le vouloir ressemblent aux santons de ma crèche. Les gens santonèjent sans le savoir. Dimanche à Mauguio, malgré l'absence du soleil, le monde de la bouvino se retrouvait aux arènes pour la première course libre de la saison avec une royale de la manade Rouquette comptant pour le trophée des as. C'est un peu tout cela que racontent les santons de Provence.

Les santonniers se remettent au travail et créent de nouvelles figurines. Les fadas de la crèche provençale s'en donnent à coeur joie. Chacun s'affaire qui sur un pont, une capitelle, ou la création de scènes nouvelles. Bref, les santons ne sont pas tous dans leur boîte en carton...

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