lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.
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Les santons, c'est avant tout Noël et la crèche, les fêtes du solstice d'hiver. Nous voici en ce jour du Jeudi Saint tout près de Pâques. Avec la nouvelle lune de printemps, la nature renaît. Les paysages de Provence ont alors des couleurs éclatantes de pureté et de vie qui tranchent avec les habituels champs de lavande et autres clichés du genre.
Voir ici de belles photos sur la Provence au printemps.
Jeudi Saint, jour de fête. Jadis quand j'étais pensionnaire chez les bons pères, après l'office nous avions droit à un bon repas avec du saucisson en entrée, du vin rosé, un plat de viande amélioré, une crème ou un flan pour dessert. Nous fêtions l'institution de l'eucharastie. Puis après nous allions religieusement nous recueillir devant le reposoir en fleurs, illuminé de quantités de cierges, pour une longue veillée de prière pour accompagner Jésus dans sa Passion, son agonie qui débutait dans la nuit avec la trahison de Judas au jardin de Gethsémani... Le lendemain matin nous allions en ville visiter les reposoirs des églises.
Je me suis éloigné de la foi de mon enfance et ce sentiment résiste mal aux assauts de la raison et du temps, surtout quand la réflexion vient s'attarder en tournoyant sur la question du mal. Ce mal présent partout dans le monde, avec pour seul exemple, le spectacle insupportable du massacre des enfants. Comment croire encore en un Dieu bon disent certains philosophes après l'horreur de la shoah? Vaste débat. Certains expliquent le mal par la liberté que nous avons de choisir entre lui et le bien. Encore faut-il être vraiment libre de son choix. Débat plus vaste encore. Qui dépasse le cadre de ma modeste pensée et nous éloigne du ton de ces chroniques pastorales.
En attendant, le monde a bien besoin de la lumière que le berger tient à bout de bras pour éclairer ses pas et celui de son troupeau. C'est pourquoi, ce berger, un vieux berger de Fontanille, je le place inlassablement chaque année au devant de ma crèche sur une hauteur, comme porteur d'espoir pour le monde.
Désolé si ce soir la nostalgie m'égare vers de tels horizons, mais je crois l'avoir déjà dit, les santons, la crèche, c'est pas du pur bonheur, c'est juste une façon d'être mieux malheureux. De mieux supporter les malheurs de l'existence qui nous entourent et de garder quelque part un espoir malgré tout.

le berger lanterne de Fontanille
Le "Coup de Mistral" est créé en 1952 par Paul Fouque. Ce santon va le rendre célèbre dans le monde entier. Pour la première fois les formes d'un santon épousent le mouvement qui l'anime, lui donne vie. On entend presque le souffle puissant du vent qui soulève la cape du berger, l'empêche d'avancer, tout occupé qu'il est à tenir son chapeau et à résister contre la tempête.
Reproduit à des milliers d'exemplaires dans toutes les tailles, depuis 2cm jusqu'au santon de 50 cm. Il faut d'abord mouler à part 15 pièces différentes puis les assembler pour créer le santon. Cinquante après, en 2002, pour fêter le jubilé une édition nouvelle du santon a été réalisée par mireille Fouque.
Celui qui est sur cette photo date des années 80. C'est le premier santon de Paul Fouque que j'ai acheté à la foire de Garon près de Nîmes, en 13 cm. Naturellement, il est signé Paul Fouque. La Renaude est le pendant féminin de ce santon. Elle est venue vite compléter mon premier achat. Ainsi a commencé ma collection de santons Paul Fouque.
Je suis allé régulièrement pendant des années visiter son atelier à Aix et son étal installé dans une des baraque en bois qui font le charme de la foire aux santons d'Aix. Jusqu'à sa mort Paul Fouque était présent à la foire. J'ai eu la chance de pouvoir parler plusieurs fois avec lui quand j'allais à son atelier. Je n'ai pas connu son épouse qui était aussi santonnière, mais j'ai vu plusieurs fois une personne âgée qui venait parfois à l'atelier. Je crois que c'était sa belle-mère.
J'ai beaucoup regretté que Paul Fouque, l'âge venant, soit obligé de cesser son activité. La nouvelle de sa mort m'a chagriné. Il faisait partie de ces gens si vivants qu'on ne croit pas possible qu'ils puissent mourir un jour. Son style était unique, reconnaissable entre tous. Certes la relève est assurée par de nouveaux talents, mais je garde la nostalgie de ce qui demeure pour moi un peu comme l'âge d'or du santon.

Avec un peu de retard j'ai fait enfin développer les photos argentiques de la crèche 2005 de l'église du village.
Les santons sont en plâtre, mais anciens, fin XIXème ou début XXème, ils font 45 cm de hauteur. leur taille est impressionante. Le décor est fait uniquement avec des éléments naturels : pins, cade, romarin, thym, mousse, feuillages, lichens, cailloux, pierres, branchages. La grotte est faite avec des souches d'oliviers arrachés après la gelée de 1956 et jetés dans un fossé envahi de ronces. Depuis 3 ans, grâce à des amis qui me les ont donnés, ils ont trouvé leur place dans la crèche.
Au second plan au-dessus de la grotte, en terre cuite, le berger coup de Mistral de Paul Fouque, 30 cm, avec quelques moutons en laine. Deux autres santons de Paul Fouque, un de Thérèse Neveu ( tous trouvés aux enchères sur internet à un prix honnête) complètent l'ensemble. Quelques santons habillés de même taille, offerts par des paroissiens trouvent aussi leur place dans le décor.

Au premier plan, à gauche, un berger debout, son chapeau à la main, et un autre à genoux, au fond, toujours à genoux un autre berger entre le boeuf et l'âne, et un autre encore, sur la droite, à genoux, avec un enfant devant lui, un agneau couché et un autre debout.
Ces santons, c'est comme si je les avais toujours connus. Ils sont encore là, figés dans la même attitude. Ils m'émerveillent encore comme aux premiers jours de ma plus tendre enfance. Ils n'ont pas changé, pas vieilli, ils sont comme hors du temps malgré quelques traces d'égratignures qui sont là pour témoigner du passé et rappeler la réalité de leur condition.
Lorsque je les dispose dans le décor de la crèche, je les manipule avec beaucoup de précaution, comme des reliques véritables. Je les considère, au delà de toute croyance religieuse, comme les porteurs du sens profond des choses que nous ressentons parfois sans pouvoir l'exprimer par des mots car cela nous dépasse, comme quelque chose situé devant un horizon lointain et insaisissable.




