lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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Les bergers, comment ne pas se rendre compte qu'il s'agit de personnages hors du commun quand on regarde ce berger à la fontaine de Patick Volpes? On le croirait tout droit sorti d'un tableau de Van Gogh, tellement il est expressif ! Il a posé son bâton contre la fontaine sur laquelle il prend appui d'une main. De l'autre il tient son chapeau. Son chien le regarde, attendant un signe, une parole. La scène se passe entre le berger et son chien. On peut imaginer mille choses, que le berger a soif mais qu'il invite son chien à venir boire avant lui, mais peu importe l'histoire que raconte cette scène. Comme l'eau de la fontaine, elle puise sa force ailleurs, au plus profond de la terre.

photo coipée sur le site de Patrick Volpes
Du santonnier Patrick Volpes, j'ai déjà dit combien ses créations respiraient son attachement à la tradition, la vraie, celle qui prend racine comme l'argile des santons dans la terre de Provence. Sur son site, il nous présente quelques pièces uniques, parmi lesquelles cette scène de berger et bergère avec leur troupeau.

Le troupeau semble faire corps avec l'herbe du pâturage. Il appartient, comme les personnages, à cette terre où ils vivent. Il est issu de ce terroir aussi vivant que les animaux et les humains.
Dans l'important troupeau de ma crèche est présent un petit ensemble composé de quelques moutons dont Patrick Volpes a le secret pour nous émouvoir par leur allure aussi vivante que naturelle. C'est la seule composition de lui que j'ai. Je regrette de ne pas l'avoir connu plus tôt que l'hiver dernier. Mais je n'ai pas renoncé à aggrandir ma transhumance à renfort de bergers et animaux de sa production.
Je n'ai pas de santons naïfs dans ma crèche et je le regrette car ils sont l'âme de la Provence. Les beaux santons bien faits, réalistes à souhait sont parfaits, ce sont de purs chefs-d'oeuvres, mais il leur manque parfois l'essentiel : une âme, la trace personnelle du souffle créateur de celui qui a modelé l'argile. J'aime les santons de Robert Canut car ils respirent, ils vivent à son image, ils ont un style unique. J'aime aussi les santons de Paul Fouque car leur réalisme a gardé quelque chose de naïf dans leur expression, ils sont naturels, un peu gauches même, et tant mieux, ce ne sont pas de parfaites sculptures façon Saint sulpice. Heureusement les grands santonniers, même les plus perfectionnistes savent pour la plupart créer un style qui leur est propre et unique. Mais pour moi, un santon ne saurait se contenter du rôle de simple sculpture d'art, aussi belle soit-elle. Il n'est pas destiné à meubler une vitrine ou l'étagère du salon, ni même composer un élément de décor pour évoquer la vie provençale de jadis, il est fait avant tout pour vivre dans une crèche. Il doit respirer l'argile, raconter une histoire. C'est cette vie que Patrick Volpes s'ingénie à créer de ses doigts en la faisant sortir de l'argile.
Le métier de berger n'est pas un métier comme les autres. Il est perçu dans notre imaginaire comme un personnage particulier, hors du commun, avec sa part de mystère. Il connaît le chemin, la route qui conduit vers les bons paturâges. Il surveille et protège son troupeau, il vit au rythme des saisons, de la nature. Il a le temps de réfléchir, méditer, d'apprendre des choses sur la vie, le bonheur,la mort, toutes choses que les gens pressés par leurs occupations ne sauront jamais. Il serait un peu sorcier que ça n'étonnerait personne. On suppose qu'il peut soigner quantité de maux avec des plantes sauvages aux vertus connues des seuls initiés.
Pourtant il est comme tout un chacun fait de chair et de sang et Jean Giono dans ses romans ne l'épargne pas toujours. Il lui fait vivre parfois des situations et incarner des personnages qui n'ont rien d'idyllique (comme dans l'iris de suse que je viens de lire). Et quand bien même il serait ce brigand des grands chemins qui a croupi en prison avant de rencontrer sur sa route le troupeau et devenir berger, cela n'empêche pas le charme de jouer. Etre berger, c'est marcher, longtemps, toujours avec la lourde responsabilité de conduire un troupeau. Cela oblige à beaucoup d'attention aux choses, et la moindre erreur ne pardonne pas. C'est vivre à chaque instant l'heure de vérité, celle où le brigand oubliant ce qu'il était, laisse place peu à peu à ce qu'il y a de meilleur en lui-même, car il y a toujours quelque chose de meilleur à révéler dans un individu, même chez la plus sordide des canailles.
J'aime ce berger (de l'atelier Rampal de Marseille) car il a le regard de celui sait ou il va, il marche d'un pas décidé. Sa vie a un sens, il ne se perd pas dans la nature au sein de laquelle il sait trouver sa place au lieu de chercher en vain à la dominer comme la plupart des gens aux quatre coins du monde.




