lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
...
La page d'acueil présente mes dernières publications par ordre chromologique. Pour voir la suite cliquer sur le numéro
de page en bas.
Pour accéder aux sujets qui vous intéressent, choisir dans la colonne de droite, dans la rubrique
catégorie.
Pour laisser un commentaire, cliquer sur commentaire en bas à droite de l'aricle,
dans la fenêtre qui s'ouvre mettre votre commentaire et ne pas oublier de recopier dans la case en bas à droite les lettres que l'on lit plus ou moins déformées sur le dessin en bas à
gauche.
Cliquer ici pour accéder directement au
Forum "Santons et crèches de Provence".
Pour dialoguer et échanger des messages entre passionnés de santons et crèches.
Interdiction de copier photos ou textes
Voici d'Isoline Fontanille, différentes phases de ce couple de vieux assis se serrant en amoureux l'un contre l'autre sur un banc. La femme a dans la main une pompe, genre de fougasse sucrée, et dans le panier,des nougats. Un chat est venu se poser entre les jambes de l'homme. Selon la légende, St François aurait chassé le chat de la crèche. Je suis heureux qu'Isoline réintègre cet animal si familier, présent dans beaucoup de maisons. Cette scène est tout simplement sublime :

Comme les choses, les santons changent aussi. Fragiles, ils se cassent, la peinture se patine, pâlit, s'estompe. La poussière s'incruste, les salit. Mais ils ont la vie dure même si peu à peu, comme nous ils vieillissent, subissant les outrages du temps. Pourtant même vieux, recollés, ébréchés ils gardent la trace fidèle de celui qui les a créés, de celles et ceux qui ensuite ont eu leur sort entre les mains. Ces traces fonctionnent comme une mémoire qui a fixé dans la terre chacun des moments de leur existence, comme une couche de sédiments. Cela les rend encore plus attachants. Vieux ou tout neufs, anonymes ou portant sur le socle la signature d'un santonnier illustre, les santons racontent une histoire que nous ignorons souvent, celle des évènements qui ont entouré leur naissance, celle de leur vie antérieure à celle que nous leur offrons en les installant chez nous pour de nouvelles aventures.
En Provence et dans nos villages, on raconte que les santons se transmettent de père en fils ou de mère en fille. Ils font partie de l'héritage, ils constituent l'identité du clan familial, sa pérennité. Les anciens ne meurent pas vraiment, ils sont toujours présents dans ces santons qui portent les marques de leur passage, de l'histoire qu'ils ont vécu ensemble. Si les maisons et les terres léguées à leurs enfants sont des biens matériels appréciables, les santons n'en demeurent pas moins le vrai trésor d'une famille.
Dimanche, 10 heures, finie la grisaille, retour du beau temps avec une chaleur douce bien plus agréable, tout comme la lumière, moins violente, plus amicale. Dans la cour, les figues gorgées d'eau que la pluie a écrasées sur le gravier dégagent comme un parfum d'automne. La cloche de l'église a le son clair des jours où l'air est léger dans un ciel haut. Au village d'à côté, à St Christol c'est la journée des vendanges à l'ancienne. Une heure de vendange comme avant, puis visite des caves, dégustation, repas, la fête... Peut-être irai-je y faire un tour, pour faire des photos, voler des images du passé reconstitué le temps d'une fête. Voleur d'images malgré moi. J'ai un peu honte des photos que je prends sur le vif. Je prends, je vole l'image du réel, oui, son image, mais pas lui, le réel, ce réel qu'on voudrait figer tel qu'il est. Le réel ne se fixe pas sur papier pas plus que sur des pixels, il glisse, fuit. A peine né, le présent se charge de le chasser au rayon des souvenirs. On parle à tort de la fuite du temps. Le temps ne passe pas, il est toujours au présent, comme nous. C'est le réel qui passe, coule comme le fleuve. Les berges du fleuve et tous les paysages coulent aussi avec lui. Tout coule disait Héraclite. Dire que tout fout le camp c'est se ranger dans le camp des attardés, des rébousiers sinon des radotaïres, ça fait sourire avec condescendance, c'est de la philo de bazar à quatre sous qu'on entend même plus au café du commerce tant ça fait ringard. Et pourtant, alors que tout change et fout le camp nous vivons la plupart du temps comme si tout devait durer éternellement.
De ma visite chez Isoline, voici sur une étagère de son atelier, cette présentation de bergers bruts qui attendent patiemment les couleurs qui leur donneront vie. Ils se juxtaposent comme autant de tranches de vie :

Robert Canut, le santonnier de Tulette, petite ville de la Drôme provençale, pas loin de Vaison la Romaine, du Ventoux, de Séguret, des dentelles de Montmirail, au pays des grands vignobles célèbres des Côtes du Rhône, a dans une vitrine de son atelier ce santon de grande taille représentant une scène rarement réalisée : un vigneron debout dans un cuvier qui foule les raisins avec ses pieds comme cela se pratiquait avant, quand les pressoirs n'existaient pas. Bel hommage rendu au passé et à une tradition perdue.




