lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le
santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte: des histoires de
santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village, et autres radotages sur le passé et la vie
d'aujourd'hui. Et merci ami(e)s si vous voulez bien ajouter un commentaire ici ou là
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En 1918, le chanoine Tarbouriech, ancien curé du village, écrit et publie une notice sur l’histoire du village : Petite Patrie et Grande Patrie Française....
Mon ambition personnelle en 2006 est plus modeste, quoique...
L'exode rural, c’est trop tard, il a déjà eu lieu, c’est terminé 28 habitants sont morts pendant la guerre de 14- 18 à suivre...
« Cette notice sur Beaulieu contient deux parties bien distinctes : l’histoire de
Les habitants de Beaulieu aiment d’un grand amour
Notre seule ambition est que ce petit travail fasse aimer davantage la petite Patrie à nos chers anciens paroissiens et, que par conséquent, il contribue le plus possible à enrayer la désertion des campagnes et l’exode si funeste vers les grandes agglomérations. »
Je peux dire qu’aujourd’hui, mon ambition est plus modeste certes, mais elle demeure la même :
" que ce petit travail fasse aimer davantage la petite Patrie…"
Mais pour ce qui est de l’exode rural, voilà, c’est trop tard, il a eu lieu, c’est terminé. Les enfants d’agriculteurs sont allés s’installer ailleurs pour leur travail. Et ceux qui sont venus dans la région pour leur travail se sont installés peu à peu dans le village. Après l’exode, les villas puis les lotissements. Le vieux village résiste tant bien que mal aux assauts de la population nouvelle motorisée, voiturisée, bruyante, polluante.
Dans les années 50, il y avait 400 habitants au village. 28 sont morts pendant la guerre de 14- 18, agés de 20 ans pour la plupart. On a du mal à réaliser cela aujourd’hui. Ma grand’mère maternelle évoquait souvent le souvenir de son frère mort à cette guerre à l’âge de 20 ans. Enfant j’étais insensible à ce drame qui me semblait si loin, si ancien, si peu d’actualité. Aujourd’hui je comprends sa douleur et son chagrin et cet évènement me semble plus proche dans le temps, me concerner davantage. La notion de temps, celle de sa durée évolue selon notre âge. Le temps psychologique, le nôtre, celui que nous ressentons intérieurement, n’est pas le temps physique qu’Einstein décrit comme relatif en fonction de la situation de l’observateur, mais il est lui aussi relatif aux variations de nos états subjectifs.
Je vis dans le village de mon enfance depuis bientôt 60 ans... Un village rural qui dans les années cinquante comptait moins de 400 habitants. La plupart d'entre eux vivaient de la culture de la vigne, les uns comme propriétaires exploitants les autres comme régisseurs ou ouvriers. Mon enfance a été rythmée par la vie de cette communauté organisée autour des travaux des champs: les vendanges, la taille de la vigne, le labourage.
Avec la poignée des anciens habitants du village qui comme moi ont connu la fin de l'âge d'or de la vigne et des moissons j'ai de plus en plus le sentiment de faire partie d'une race en voie de disparition, je me sens devenir chaque jour un peu plus indien au fur et à mesure que disparaissent les traces, les signes et surtout les gens qui ont fait vivre les plus belles heures de ce village. Comme on le dit en Afrique, chaque vieillard qui meurt, emporte avec lui son livre, et le cimetière est une grande bibliothèque à jamais disparue.
C'est un peu pour cela que depuis maintenant 25 ans je suis fidèle à la tradition de la crèche de mon enfance, me souvenant du temps où sur le buffet de ma grand'mère, quelques jours avant Noël, j'installais avec son aide une montagne faite en papier rocher au pied de laquelle j'installais une étable avec les santons de la sainte famille, les rois mages et quelques santons provençaux, dont une arlésienne et un gardian de Camargue dont je me souviens encore. Au fil des ans ma crèche a grandi dans un décor de garrigue avec son village imaginaire qui n'est pas le mien mais qui y ressemble avec ses paysans et se métiers d'autrefois. Nostalgie quand tu nous tiens... oui, mais pas seulement, désir avant tout de faire connaître, de transmettre une part de nos traditions, de façon la plus vraie possible en les préservant de la mode provençale de pacotille, celle qui consiste à vendre dans les boutiques à touristes des sachets de lavande, du miel, du savon de Marseille et autres poudres aux yeux qui n'ont rien à voir avec la culture provençale authentique.
Bienvenue dans ma crèche, il est temps de la voir en photos. Je reviendrai expliquer pourquoi elle est faite ainsi et pas autrement, à quelles règles elle obéit.... à suivre.
J'ai connu la fin d'une époque, d'un art de vivre ancestral où les paysans vivaient le plus possible en autarcie, économisant tout, ne jetant rien à la poubelle qui ne débordait pas alors d'emballages inutiles. J'ai connu l'époque des charrettes attelées à des chevaux de trait qui traversaient lentement la rue principale du village matin, midi et soir. J'ai vu peu à peu les tracteurs remplacer les chevaux et les mules. Les quelques troupeaux de mouton existants ont peu à peu disparu du paysage. J'ai vu partir en fumée une civilisation agraire dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Bergers et paysans avaient des modes de vie presque inchangés depuis des siècles. Un monde s'est écroulé. Un autre a surgi, celui de notre modernité, de notre course à la consommation et au profit... Avoir un tracteur était un symbole fort de modernisme et de prospérité, de confiance en l'avenir. Puis il y eut la terrible gelée de la fin de l'hiver de 1956, et la crise viticole aidant, peu à peu les tracteurs sont devenus plus rares, les enfants ont grandi et sont allés étudier puis travailler à la ville. Le village s'est dépeuplé, puis la mode des résidences secondaires aidant, vieilles maisons et terrains boisés ont attiré de nouveaux habitants.
Aujourd'hui, seuls 3 ou 4 tracteurs circulent encore dans les rues du village tels des fantômes errants surgis d'un passé révolu. Lotissements et autres constructions ont amené avec les nouveaux résidents un flot quasi-ininterrompu de voitures bruyantes et polluantes. Le village compte désormais 1300 habitants. certains l'affublent même du nom pompeux de ville. Il est vrai que les nouveaux habitants ont des airs de citadin. Ils ont amené leurs habitudes. Certains font même en sorte de parler sans accent, comme si l'accent du Midi devait être rangé au rayon des traditions disparues. Cet accent je le revendique haut et fort comme celui de ma terre, celle où mes ancêtres sont nés et reposent. pour moi elle est comme sacrée et on ne peut pas y faire n'importe quoi au prétexte de modernité. Je rêve pour mon village d'un urbanisme pensé, modéré, en harmonie avec le paysage. La réalité est différente et nos villas et lotissement sont aussi laids ici que partout ailleurs. Pauvre terre livrée aux margoulins de toute sorte.
ma crèche 2003



