lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.
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Il est interdit de copier photos et textes.
C'était ce dimanche matin. Une vraie journée de printemps. Comme souvent en cette siason, nous allons au marché de Lunel pour acheter quelques potées fleuries, pour remplacer les plantes que l'hiver a détruites. Géraniums, giroflées, jasmins, paquerettes, pensées, créent un spectacle coloré et joyeux qui s'étale tout au long des allées où sont installés les pépiniéristes.
Devant les arènes on trouve de tout, une sorte de grand bazar avec les marchands de vêtements, de chaussures, de chaussettes, chemises, animé par les camelots soldeurs qui inlassablement débitent les mêmes histoires sur la prétendue qualité premier choix grand luxe des parures de lit sacrifiées à... "tenez donnez moi 50 Euros, non pour vous aujourd'hui c'est 30, même pas, tenez, je vous le laisse à 20, en magasin vous ne le touchez pas à moins de 100 !". Mais les badauds sont sceptiques, ils ne se précipitent pas sur la bonne affaire.
Plus loin, un bouquiniste. Je fouille un peu, et à côté des collections de "polar", parmi autres innombrables publications consacrées aux recettes de cuisine ou aux secrets des plantes, quelques romans de Marcel Plagnol et, surprise, un livre de Marie Mauron où elle raconte son enfance, " Les cigales de mon enfance ". Pour 5 euros le vendeur me dit que je fais une bonne affaire, que ce titre est rare. Au milieu de l'ouvrage sont insérées des pages de photos anciennes de sa famille où on peut voir provençaux et provençales en habits d'époque, robes ou jupes longues, fichus croisés à la ceinture, tabliers, coiffes, comme si ces personnages se préparaient à défiler pour faire une sorte de crèche vivante. Plus loin en fouillant dans les rayons d'un autre bouquiniste, autre surprise, je tombe sur " L'iris de Suse " le dernier livre de Jean Giono dans son édition originale, publié en 1970, l'année de sa mort. Je l'achète 5 euros lui aussi.
Le marché aux fleurs, les bouqinistes, les provençaux de Marie Mauron, le dernier livre de Giono, me voilà dans le monde que j'aime, celui où les choses restent simples même si la vie n'est pas plus facile pour autant.
Au marché les gens retrouvent une sorte de savoir vivre ensemble; on se sourit, s'excuse quand on se bouscule, on traine devant les étalages, on blague un peu ici ou là avec. C'est un peu tout cela que l'on retrouve dans les crèches où marché, étalages divers, boutiques, scènes de rue offrent un spectacle vivant et apaisant, avec tout un petit monde de personnages vivant en harmonie, au rythme du village, d'une vie calme et joyeuse malgré les soucis du quotidien.

Liliane Guiomar, salon des santonniers d'Arles 2005. photo Yves.
Nous voilà arrivés chez Robert Canut. Je connais bien son atelier et sa boutique. comme à l'accoutumé, ses étagères sont très peu garnies. Il travaille sur commande et a pas grand chose à proposer aux visiteurs. Parmi quelques rares santons de 16 cm une très belle contadine ( nous sommes à Tulette dans le Comtat venessain) et un gitan avec sa cape rouge et noire, son foulard, son poignard à la main. Je ne résisterai pas longtemps. Chez Canut, il faut prendre sans hésiter ce que l'on trouve.
Je lui fais voir des photos de ma crèche avec ses santons. Cela lui fait plaisir de voir ce que deviennent ses créatures et dans quel monde elles revivent une fois sorties de son atelier. Je lui offre des photos noir et blanc de quelques uns de ses santons que j'ai imprimés sur ordinateur au format A3, notamment la charrette, le laboureur, le maréchal ferrant, la cardeuse, un berger 16 cm avec à côté l'homme à la poule de Carbonel en 16 cm lui aussi. Cette proximité ne lui déplait pas. Il a bien connu Carbonel et a travaillé chez lui avant de se mettre à son compte.
Il aime évoquer son passé, son métier qui est tout pour lui. La retraite il en parle mais il ne l'envisage pas tant qu'il pourra modeler, sculpter, mouler, assembler, peindre, inlassablement malgré les tracas de tout un chacun. Avec ses cheveux gris en broussaille, son éternel brin de romarin à la bouche ou à l'oreille, son grand tablier, son chapeau à larges bords, il est à lui tout seul tous les santons de sa création. Il est pour moi le dernier des grands santonniers du siècle écoulé. Gardien d'une vraie tradition, travaillant tout seul, faisant tout lui-même, ne sous-traitant rien à personne qu'à lui-même...
Chez lui, pas de partie de cartes ni de joueurs de pétanque ni même de de coupeur ou coupeuse de lavande, que des santons traditionnels, des bergers, des offrants, les métiers des villages d'autrefois. Des santons rares qu'on ne voit que chez lui comme la femme allaitant son bébé. Des couleurs qu'il fait lui-même en les broyant au pilon.
Je viens régulièrement chez lui depuis 5 ou 6 années. Cette ancienneté relative me donne suffisamment d'assurance pour m'autoriser à le prendre en photo à sa table de travail sans avoir l'impression fâcheuse de jouer aux intrus voleurs d'images. La photo, si elle est bonne, je la publierai ici, mais il faudra attendre un peu car je me sers encore de mon appareil que l'on qualifie désormais d'argentique, en référence à un passé technologique révolu. Mais rassurez-vous, je sais m'adapter aux choses nouvelles. Je ne les boude pas si elles sont avantageuses et je compte bien passer d'ici peu au numérique.

voir ici de belles photos et là une carte des villages de la Drôme provençale;



