lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog raconte: des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du
village,  et autres radotages sur le passé et  la vie d'aujourd'hui.
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Lundi 5 novembre 2007
Isoline Fontanille ne se contente pas de réaliser des santons expressifs, pleins de vie. Elle les met en scène et nous fait revivre la vie des paysans d'autrefois dans la campagne provençale. Elle ne se contente pas par exemple de mettre ensemble bergers et moutons, elle leur donne vie sur cette terre faite de rochers, de pierres, de buissons, d'arbres qui peuplent chemins et collines. C'est tout un art de vivre ancestral perdu, disparu il n'y a pas si longtemps, dans les années 50, au milieu du siècle dernier, que nous retrouvons. Nous découvrons les santons, paysans ou bergers dans leur vérité, là où ils habitent, travaillent, souffrent et espèrent. Les scènes d'Isoline évoquent un art de vivre harmonieux entre les gens, les animaux et la nature, un paradis perdu dont a gardé la nostalgie. Au regard du monde actuel devenu fou, des agressions infligées à la nature qui risquent de mettre en péril nos vies, cette sagesse des anciens devient encore plus riche de sens. Certes il ne s'agit pas de la prendre pour modèle, de proner un retour en arrière, les choses et les temps ont changé. Mais sa philosophie, ses principes, gardent toute leur valeur pour inspirer nos conduites d'aujourd'hui, nous encourager à respecter la nature, ne pas gaspiller ses ressources, préserver son équilibre. 

Tout l'art du santonnier consiste à ne pas se contenter de faire de jolies choses mais à créer des oeuvres qui nous parlent. Leur expression artistique doit nous aider à penser les choses d'aujourd'hui. C'est pourquoi les santons d'Isoline ne se contentent pas d'être beaux. Leur beauté n'a rien à voir avec une imagerie saint-sulpicienne. La bonté qu'ils manifestent à travers leurs gestes et que l'on peut deviner au travers des liens étroits qui les rendent proches des animaux de la ferme, n'a rien à voir avec ces sentiments édulcorés tels qu'on les rencontre par exemple dans certains romans populaires à l'eau de rose. Les santons d'Isoline portent dans leur expression artistique une forme de modernité. Au lieu de s'attacher à reproduire fidèlement le moindre détail elle recherche à donner une vision plus brutale pour mieux mettre en valeur un geste, une attitude, un mouvement, un regard, c'est à dire la vérité d'un personnage qui tour à tour peine au travail, se réjouit, s'inquiète ou espère.

Tout cela n'a rien à voir avec la Provence des cartes postales au parfum de lavande que vendent les commerçants et industriels du tourisme. La lavande a été galvaudé à tel point  qu'elle finit par ne plus représenter la Provence mais les bénéfices de l'industrie d'un tourisme de façade, sans lien avec la réalité de ce pays.  A tel point que je me demande si je ne vais pas enlever de ma crèche la scène de la récolte de la lavande. D'autant que la lavande n'est pas cultivée partout en Provence, surtout pas en Camargue. Je crois que dans ma crèche je vais remplacer la lavande par la saladelle ! 


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En attendant la crèche 2007 j'ai réalisé cet ensemble avec des cènes et des santons d'Isoline Fontanille ( avec le berger violoniste, création 2007).

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Troupeaux de moutons à l'atelier d'Isoline Fontanille.

Fichier hébergé par Archive-Host.com Enfant et attelage de bouc, à l'atelier d'Isoline Fontanille.
Samedi 3 novembre 2007


  Etant encore sous le charme de ma dernière visite chez Isoline Fontanille et sa famille je vous invite à jeter un dernier regard nostalgique vers l'été et ses fêtes de village. Allez, avant le grand retour des santons, voici encore quelques taureaux en santons, par amour pour nos vrais traditions et pour notre attachement à la fé di biou !


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Taureau de camargue. Santon d'Isoline Fontanille.

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L'atrapaire. Ce n'est pas un santon mais une Sculpture de Jean marie Fontanille, une pièce unique.

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 Le Marquis de Baroncelli. Un santon d'Isoline Fontanille.

 

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      Taureau de Camargue. Une sculpture de Jean Marie Fontanille, pièce unique.

Jeudi 1 novembre 2007
Aller rendre visite à Isoline Fontanille et à sa famille est chaque fois un pur plaisir.  J'ai déjà présenté ici son atelier et ses réalisations à plusieurs reprises. Installé au coeur du village de Pujaut (dans le Gard près de Tavel, Roquemaure, entre Orange et Avignon) dans une maison provençale de rêve, son atelier est un des plus beaux témoignages de ce qu'est de nos jours le renouveau de la tradition artisanale santonnière. Oui, avec les santons d'Isoline Fontanille on est à la fois dans la tradition et dans le renouveau. Dans la tradition car elle reste fidèle à la conception du santon, à son histoire, à celle de la crèche. Ici on peut chercher, on ne trouvera pas de partie de cartes ni de pétanque. On est aussi dans le renouveau car son style est nouveau, ne ressemble à aucun autre. Il n'est qu'à regarder pour s'en convaincre les étagères de l'atelier qui en ce moment se peuplent chaque jour davantage des santons en cours de réalisation. Certains finissent de sécher avant leur passage au four, d'autres sont à peindre, en cours de finition ou présentent déjà leur nouveau visage. Chaque année isoline crée de nouveaux sujets ou fait évoluer certains modèles, modifie les couleurs. Ainsi les nouveautés ne manquent pas. C'est notamment le cas pour les scènes qui présentent des personnages en situation, en pleine action, ce qui donne encore plus de vie à l'ensemble. Je crois que c'est justement ce terme, la vie, qui qualifie le mieux son art. Voilà, oui, ses créations sont avant tout vivantes. Elles sont en mouvement et si le personnage est figé c'est le geste qui est expressif. Il en va de  même pour ces visages qui ont tous quelque chose à raconter. Le choix subtil des couleurs naturelles, sobres mais lumineuses donne encore plus de vie à ses créatures d'argile. Ses santons on a envie de les caresser, de ressentir leur lien avec la terre, avec le monde auquel ils donnent naissance. Ce n'est pas un hasard si Isoline a créé le personnage de cette provençale âgée, l'aïeule qui porte sur un plateau le pain, le sel, les allumettes, l'oeuf qu'elle va offrir au nouveau-né provençal, afin qu'il soit bon comme le pain, plein de santé comme un oeuf, droit comme une allumette, sage comme le sel. 

A la crèche de St Saturnin les Avignon on peut voir ces offrandes présentes sur un autel, ainsi expliquées : 
"Siegue bon coume lou pan, Plen coume un iou, Saur coume la sau, A dré coume une brouqueto."
"Qu'il soit bon comme le pain, Plein comme un oeuf, Sage comme le sel, Et droit comme une allumette".

Au pays de Grasse, on dit : "Siegués bouan coumo lou pan, sagi coumo la saou, plen coum'un iou, e lou bastoun de vieillesso de tei parens!" (sois bon comme le pain, sage comme le sel, plein de santé comme un oeuf et le bâton de vieillesse de tes parents!).

Frédéric Mistral
 raconte ainsi sa naissance dans ses Mémoires:
"Ma première sortie sur les bras de ma mère, qui me nourrissait de son lait, lorsqu'elle fit ses relevailles, — tout cela vaguement, dans une lointaine brume, il me semble le revoir: elle, ma pauvre mère, dans la beauté, l'éclat de sa pleine jeunesse, présentant avec orgueil son "roi" à ses amies, et, cérémonieuses, les amies et parentes nous accueillant avec les félicitations d'usage et m'offrant une couple d'oeufs, un quignon de pain, un grain de sel et une allumette, avec ces mots sacramentels:
-Mignon, sois plein comme un oeuf, sois bon comme le pain, sois sage comme le sel, sois droit comme une allumette."


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